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Zoonoses


Ce sont les maladies transmises à l'être humain par les animaux . Ces maladies sont le plus souvent contractées par des professionnels au contact direct des animaux mais aussi parfois des propriétaires d'animaux ou des consommateurs de produits d'origine animale, comme la viande ou le lait.
Cependant, il faut dire que ces maladies sont généralement bénignes, les risques étant bien souvent rapidemment maîtrisés par les professionnels de la santé et du monde animal.

 

La toxoplasmose   La rage   L'ascaridiose
L'echinococcose

                                







       
LA TOXOPLASMOSE.

Parmi les zoonoses, la toxoplasmose est le plus souvent anodine. Elle peut cependant constituer un danger particulier pour les femmes enceintes et pour les enfants.
Une bonne connaissance des modes de transmission et quelques mesures d'hygiène permettent bien souvent d'éviter cette maladie.

Généralités  


La toxoplasmose est une maladie fréquente en France. En région parisienne;
- 10% des des enfants de deux ans en sont porteurs,
- 50%  des enfants de cinq ans
en sont porteurs
-  près de 90 % des adultes de 30 ans en sont porteurs

En 1909, Charles Nicolle donne le nom de  toxoplasme ( toxoplasma gondii) à un protozoaire trouvé chez de petits rongeurs .
En 1940 le pouvoir pathogène pour l'homme de ce toxoplasme est mit en évidence.

La toxoplasmose reste souvent asymptomatique, la toxoplasmose déclarée étant souvent rare et se résumant à un syndrome grippal: une fièvre modérée, un malaise général, quelques courbatures, des réactions ganglionnaires.
L'infection est le plus souvent bénigne et inapparente. Il n'y a pas de traitement et la guérison spontanée est de règle.
C'est par l'examen du sang ( séro-diagnostic) qu'il est possible de confirmer la toxoplasmose et de préciser si elle est ancienne ou récente.



La contamination par l'animal

C'est donc un protozoaire (toxoplasma gondii) qui est responsable de la toxoplasmose. Ce parasite atteint les animaux sauvages et domestiques, notamment les chats, les moutons, les chèvres, les porcs, le bétail et la volaille. Ce sont les chats qui transmettent l'agent de la toxoplasmose aux humains et aux autre animaux.

Le chat s'infeste en mangeant des souris ou des oiseaux dans les tissus desquels les parasites forment des kystes bien tolérés contenat ces toxoplasmes. Au cours de la digestion, ils vont pénétrer dans les cellules de son intestin grêle et s'y multiplier. Dans ses selles, le chat élimine de nombreux ookystes pendnat deux semaines...Ces ookystes sont très résistants et mûrissent dans le milieu extérieur. Devenus infectants, s'ils sont ingérés par un autre animal à sang chaud, ils se multiplient et disséminent dans l'organisme pour y former des kystes contenant les bradyzoïtes. Les herbivores (moutons, porcs, bovins) qui broutent l'herbe souillée par des crottes de chat sont les animaux les plus atteints.

La contamination se fait de deux façons:
- soit par l'intermédiaire des selles de chats parasités ( en mangeant des crudités souillées, en portant ses doigts en bouche après avoir changé la litière du chat)
- soit par l'ingestion de kystes contenus dans la viande crue ou mal cuite ( mouton en particulier).
Les enfants jouant dansl des bacs à sable fréquentés par les chats qui viennet yu faire leurs besoins, peuvent s'y souiller les mains et ainsi se contaminer.

La contamination la plus fréquente se fait en mangeant de la viande de mouton, de porc ou de boeuf qui n'est pas assez cuite ou en buvant du lait non pasteurisé qui renferme le parasite. Ce dernier peut toutefois être détruit dans la viande si la températue interne de celle-ci est portée à 70 ° ou abaisséee par congélation à -18 °.

En France, avant l'utilisation de la viande congelée, plus de 80% des femmes étaient immunisées avant leur grossesse et seules 5% des femmes non immunisées contractaient la maladie pendant leur grossesse.
Actuellement, du fait des nouvelles méthodes de conservation de la viande, le taux d'infestation de la population diminue. Les femmes enceintes non immunisées sont de fait de plus en plus nombreuses.


                                                                       

     
La toxoplasmose chez la femme enceinte.

Le toxoplasme n'est dangereux chez la femme enceinte que lorsqu'il l'infecte la première fois et qu'elle n'a pas encore fabriqué d'anticorps. En cas de grossesse, les protozoaires traversent le placenta et infestent le foetus, avec des risques de malformations cardiaque, neurologique et oculaire et , dans certains cas, une mort in utero. La période la plus dangereuse pour l'enfant se situe entre la dixième et la vinft-quatrième semaine de grossesse.
0n estime cependant que la moitié des infections de la mère, les foetus échappent à l'infection. Parmi ceux atteints 80% naïtront normaux. Ils doivent alors faire l'objet d'un suivi jusqu'à leur premier anniversaire. Chaque année, environ 2500 enafants naîtraient avec une toxoplasmose congénitale.

       
Surveillance de la femme enceinte.

Le sérodiagnostic de toxoplasmose fait partie des examens obligatoires avant le mariage et au début de la grossesse.
Si une femme enceinte est immunisée avant sa grossesse, le serodiagnostic est positif et il n'y a aucun danger.
Par contre si la sérologie pratiquée en début de grossesse est négative, il faut contrôler toutes les 4 à 6 semaines en se soumettant à un examen sérologique en vue de dépister une contamination.
Le plus souvent, la sérologie reste négative et il n'y a aucun problème. Si elle se positive en cours de grossesse, la contamination de la mère est alors certaine. Le medecin juge alors du risque d'atteinte foetale et en informe sa patiente.

                                 
                                                               
         
Conseils de prevention chez la femme enceinte a serologie negative.

En l'absence d'immunisation avant la grossesse, la femme enceinte devra prendre un certain nombre de précautions pour éviter une infection.

1 .  Suivre un régime hygiéno-diététique .


> Bien laver les fruits et les légumes avant de les consommer.
> Manger la viande bien cuite . Attention le four à micro-ondes n'assurent pas une destruction totale du parasite de la toxoplasmose.
> Eviter la charcuterie artisanale.
> Ne pas consommer  d'oeufs crus.

2 .   Porter des gants ou se laver méticuleusement les mains  .


> Après avoir manipulé de la viande crue.
> Après avoir manipulé des crudités.
> Après avoir fait du jardinage.

3.    Avec un chat  .


> Ne pas l'alimenter avec de la viande crue.
> N'utiliser que des aliments préparés du commerce.
> Vider les bacs à chat et changer la litière tous les jours ( en portant des gants)
> Désinfecter les objets souillés par de l'eau bouillante.



       Conclusion


Le premier facteur de risque de la toxoplasmose est la consommation de viande crue ou mal cuite ( mouton, porc et boeuf en particulier). Viennent ensuite les travaux de jardinage et l'ingestion de fruits et légumes non lavés et contaminés par des excréments de chats. Le dernier facteur de risque est représenté par la présence d'un chat au domicile avec l'entretien de sa litière. Si des mesures doivent être prises en compte pour réduire le risque lié au chat, il ne faut pas focaliser sur votre animal mais prendre toutes les mesures hygiéno-diététiques de prévention.











.                             LA RAGE                              .

1) Définition

2) Un peu d'histoire.

3) Virologie.

        I- Morphologie, propirétés physiques et chimiques
          II- Culture.
         III- Pouvoir pathogène
         IV- Pouvoir antigène et immunogène.

4) Pathogénie.
       
I- Devenir du virus dans l'organisme.
      II- Expression clinique et issue de l'infection.

5) Signe cliniques
      I- Généralités
     II- Chez le chien
     III- Chez le chat
     IV- Chez l'homme
     V- Chez le cheval
     VI- Chez les ruminants
    VII- Chez les animaux sauvages

6) Lésions


7) Epidémiologie de la rage des mammifères terrestres
       
       A. ÉPIDÉMIOLOGIE DESCRIPTIVE

     B. ÉPIDÉMIOLOGIE ANALYTIQUE
    C. ÉPIDÉMIOLOGIE SYNTHÉTIQUE

8) Epidémiologie de la rage des chiroptères


9) Diagnostic

      I - DIAGNOSTIC SUR LE TERRAIN
    II - DIAGNOSTIC EXPÉRIMENTAL

10) Traitement

11) Prophylaxie

    I-PROPHYLAXIE SANITAIRE
    II- Prophylaxie médicale

12) La rage, une zoonose d'actualité

    I- La rage chez l'homme
    II- Vaccination préventive des personnes ayant un risque élevé d'exposition.
  III- Traitement de l'homme après exposition.



1) Définition .


          La rage est une maladie infectieuse inoculable en général par morsure. Cette maladie est commune à l'homme et à la plupart des mammifères, elle due à un rhabdovirus neurotrope: le virus rabique. Le terme rage dérive du latin rabere: être fou.
Sur le plan clinique, elle est caractérisée par une longue période d'incubation, par une encéphalomyélite très rapidement  mortelle, accompagnée, le plus souvent, de signes d'excitation, d'agressivité ou de paralysies.
         La rage est l'une des zoonoses majeures les plus graves et les plus redoutées dans le monde. Aucun traitement  n'est efficace après l'apparition des premiers symptômes. Cette maladie tue plus de 30000 personnes par an dans le monde. Elle conduit à la mise en place de plus de un million de traitements après morsure dans le monde.
Actuellement, la France n'est pas à l'abri du risque rabique.  L'importation illicite d'un animal enragé ou en incubation de rage sur le territoire français est un risque permanent comme l'attestent ces quatre derniers cas:
- mai 2001 ; chiot importé à Langon (33)
- août 2002; chiot importé en seine saint denis (93)
- janvier 2004 ; chien sloughi importé à Lorient (56)
- juin 2004 ; chiot importé à Pineuilh (33)


2) Un peu d'histoire .


                       -  a) Haute antiquité. Premiers écrits sur la rage.


             La rage est une maladie connue depuis la plus haute antiquité. En effet on retrouve la trace de cette maladie en Mésopotamie au XXIII siècle av J-C: " Si un chien  est fou et si les autorités ont porté ce fait à la  connaissance de son propriétaire, si ce dernier ne le garde pas chez lui, s'il mord un homme et provoque sa mort, il devra payer 40 shekels d'argent. S'il mord un esclave et provoque sa mort, il devra payer 15 shekels d'argent" . (  le shekel étant la monnaie assyro-babylonienne).
             Ensuite, les Egyptiens et les Grecs la mentionnent dans leurs écrits: Homère (IX siècle av J-C.) dans l'illiade, Xénophon dans l' anabase et Démocrite parle d'un "incendie des nerfs" cinq siècles avant J-C.
Hippocrate reste muet sur le sujet tandis qu'Aristote, 60 ans plus tard, affirme que "tous les animaux mordus à l'exception de l'homme deviennent enragés".
              Les auteurs romains comme Celse évoquent le passage de la maladie du chien à l'Homme, Coelius Aurelianus en dcrit les symptômes et Galien s'intéresse à son traitement.


                      -  b) Du Moyen Age au XVII siècle. Croyances et superstitions.

               
De nombreux ouvrages traitent de la rage.
               Les progrès dans la connaissance de la maladie sont faibles! On prône des poudres, remèdes, cataplasmes et pélérinages contre la rage. De nombreuses théories empiriques, croyances et superstitions voient le jour. La peur s'empare des populations et la rage devient bientôt un facteur déterminant de l'extermination des loups.
               Le premier ouvrage traitant sérieusement de la rage est écrit par Mead en 1767: " Tentamen de cane rabioso". Dès leurs origines, les Ecoles Vétérinaires s' intéressent à l'affection rabique. Dans les "instructions Vétérinaires" Bourgelat parle d'un remède efficace à base de la plante Anagallis tenella.

Deux grandes théories s'affrontent :

       -  Selon la première théorie , celle du milieu médical, les carnivores tels les loups, les chiens et les renards tombent spontanément enragés. On pense qu'il y a un lien avec la chaleur (canicule) ou au contraire avec les grands froids. Le manque d'eau fait enragé les animaux. Les aliments souillés ou putréfiés sont également mis en cause.
       - La deuxième théorie, est celle des "vers" ou des "lysses". La rage serait dans ce cas causée par un ver qui se trouverait sous la langue ou dans la queue du chien. Columelle préconise donc de couper la queue des jeunes chiens. Les Grecs appellent "Lytta" un petit ver logé au niveau du frein de la langue. De là, celui-ci gagnerait tout le corps de l'animal et provoquerait la rage. Ils enlèvent donc ce ver pour prévenir de la maldie: c'est
 l' "éverration".

A l'autopsie, un corps étranger ou des vers dans l'estomac sont considérés comme pathognomoniques de la rage .
Certaines expériences étaient proposées:
     - Récolter de la salive d'un chien suspect, puis imbiber de salive un morceau de viande ou un morceau de pain, le présenter à un chien sain qui ne le mangera pas si l'animal suspect est en ragé.
     -  Frotter  la blessure avec un morceau de pain ou des noix écrasées, donner le pain ou les noix à une poule, elle refusera ou mourra si l'animal était enragé.
     - Les blessures faites par un animal enragé sont plus douloureuses que celles  faites par un animal sain.
     - La personne mordue qui se regarde dans un miroir est perdue si elle voit, à la place de son reflet, le chien qui l'a mordue. Sinon elle est sauvée!!!!

De nombreux ingrédients sont proposés dans le traitement contre la rage;

Tissus de chiens enragés: cendre de poils, os, chair, foie.
Lepidium campestre ( Passerage), Anagallis tenella (Mouron), Rosa canina ( Eglantier), écrevisse, coquilles d'huître, pince de crabe, os de seiche, os d'hippocampe le tout réduit en poudre. Cantharides.
Recettes à base de poudre à canon dans du vin, omelette dont le patient mange une moitié, l'autre étant posée sur la plaie.
Le mercure utilisé per os ou en friction ce qui entraînait des salivations intenses et une émission importante de selles de la part des patients. Le but étant d'évacuer le poison.

Des bains d'eau douces ou salées pour contrecarrer l'hydrophobie sont proposés depuis l'antiquité

Les saints sont également évoqués; Saint Hubert étant le plu connu et le plus évoqué.
La clef de Saint Tug, en Bretagne, Guyot Duchene rend toute eau potable apte à préserver de la rage.

En conclusion, on ne sait pas combien de personnes sont mortes, malgré l'utilisation de remèdes ou malgré un dur pélérinage. Mais il ne faut pas mettre en doute la bonne foi des témoignages d'efficacité de l'un ou l'autre traitement car tout homme ou animal mordu ne développe pas forcément la rage et ne meurt donc pas obligatoirement....

            -  Au XIX siècle. Premières avancées scientifiques

On observe un tournant. Les mentalités ont changé, de nombreux auteurs tentent de détruire des préjugés.  A partie de 1850, paraissent des recherches expérimentales, des statistiques et des études cliniques assez importantes. Berndt conclut que la bave de chien et de tout aniaml enragé peut transmettre la rage, qu'il n'y a ni hydrophobie, ni rage spontanée chez le chien. Il distingue une rage furieuse, une rage tranquille et une rage foudroyante. A cette époque, seul le chien est utilisé pour l'étude de la rage. Cette espèce difficile et dangereuse à manipuler présente une longue période d'incubation de la rage, allant de 20à 60 jours, ce qui retarde les progrès de la recherche.


             - De 1879 à 1885... Découverte de la vaccination anti-rabique par Galtier et Pasteur.


                     En 1879, Pierre-Victor Galtier utilise pour la première fois le lapin pour étudier la rage.

Ce professeur de l'école vétérinaire de Lyon commence par s'intéresser à la clinique, l'étiologie et à l'anatomie pathologique de la rage chez le lapin. Il prouve de façon définitive que la rage du chien est transmissible au lapin. Bien vite il se rend compte que le lapin est un animal de laboratoire bien plus pratique que le chien; peu couteux, demandant peu de place, inoffensif et surtout ayant une période d'incubation de la maladie bien plus courte que chez le chien; entre 4 et 30 jours.

                    Galtier découvre la vaccination préventive anti-rabique sur des moutons.

Le 25 janvier 1881, Galtier écrit; " j'ai inoculé sept fois la salive rabique dans la jugulaire du mouton  sans jamais obtenir la rage; un de mes sujets d'expérience a été depuis inoculé avec de la bave de chien enragé et après plus de 4 mois que cette inoculation a été faite l'animal se porte toujours bien. Il semble avoir acquis l'immunité. Je l'ai inoculé à nouveau il y a quinze jours en lui injectant 8 cc de salive rabique dans le péritoine; il se porte toujours bien, je l'inoculerai prochainement".
Galtier dans cette expérience met à profit le pouvoir atténuant du milieu sanguin. Cette expérience ainsi que d'autres réalisées par la suite montre que Galtier est bien le premier à avoir trouvé un moyen de combattre la rage par vaccination préventive afin de conférer une immunité antirabique aux animaux ainsi vaccinés.

                   Pasteur démontre que le cerveau contient du virus rabique.

Le 30 mai 1881, Pasteur communique à l'Académie des Sciences et le lendemain à l'Académie de médecine les résultats de ces expérimentations avec Roux, Chamberland et Thuillier. Ils mettent au point une technique d'inoculation  intra-crânienne fiable par trépanation chez le chien (et le lapin) ce qui leur permet d'affirmer que le "cerveau contient le virus rabique et on l'y trouve revêtu d'une virulence au moins égale à celle qu'il possède dans la salive d'un enragé".

                  Galtier  étudie l'efficacité de la vaccination avant et après exposition chez les ruminants.

Le  1 août 1881, lors de sa communication à l' Académie des Sciences, Galtier expose que des inoculations  intraveineuses peuvent être employées chez le mouton, la chèvre et les grands ruminants, avant ou au moment où ils ont étés mordus par des chiens enragés, afin des les préserver de la maladie.

                 Pasteur montre que l'inoculation intraveineuse ne provoque pas d'immunité chez le chien.

L e 11 décembre 1882 à l'Académie des Sciences et le 12 à l'Académie de médecine, Pasteur et ses collaborateurs montrent que l'inoculation intraveineuse ne permet pas de conférer l'immunité chez le chien ( ce qui ne remet pas en cause les travaux de Galtier qui sont réalisés sur des ruminants et non des chiens.)

                 Pasteur  expose sa méthode de vaccination antirabique du chien.

Le 20 mai 1884, Pasteur expose  sa méthode de vaccination antirabique à l'Académie de médecine: " Si l'on passe du chien au singe et ultérieusement de singe à singe, la virulence du virus rabique s'affaiblit à chaque passage. Lorsque la virulence a été diminuée par ces passages de singe à singe, si le virus est ensuite reporté sur le chien, sur le lapin, sur le cobaye, il reste atténué (...). L'atténuation dans ces conditions peut être amenée facilement par un petit nombre de passages de singe à singe, jusqu'au point de ne jamais donner la rage au chien par des inoculation hypodermiques (...). Une application raisonnée des résultats (...) pernet d'arriver aisément à rendre les chiens réfractaires à la rage.
Le 27 octobre 1885, Pasteur  affine sa méthode: " l'inoculation au lapin, par la trépanation, sous la dure-mère, d'une moelle rabique de chien à rage des rues, donne toujours la rage à ces animaux après une durée moyenne d'incubation de quinze jours environ. Passons du virus de ce premier lapin à un second, de celui-ci à un troisième, et ainsi de suite, par le mode d'inoculation précédent, il se manifeste bientôt une tendance de plus en plus accusée dans la diminution de la durée d'incubation de la rage chez les lapins successivement inoculés....)
" Après 20 à 25  passages de lapin à lapin, on rencontre des durées d'incubation de huit jours, qui se maintiennent pendant une période nouvelle de 20 à 25 passages. Puis on atteint une durée d'incubation de sept jours, que l'on retrouve avec une régularité frappante pendant une série nouvelle de passages allant jusqu'au quatre-vingt-dixième. Rien de plus facile, en conséquence, d'avoir constamment à sa disposition, pendant des intervalles de temps considérables, un virus rabique d'une pureté parfaite, toujours identique à lui-même ou à très peu près (...). Si l'on détache de ces moelles de lapin des longueurs de quelques centimètres avec des précautions de pureté aussi grande qu'il est possible de les réaliser, et qu'on les suspende dans un air sec, la virulence disparaît lentement dans ces moelles jusqu'à s'éteindre tout à fait. (...) Chaque jour on inocule sous la peau d'un chien une pleine seringue Pravaz de bouillon stérilisé, dans lequel on a délayé un petit fragment d'une de ces moelles en dessication, en commençant par une moelle d'un numéro d'ordre assez éloigné du jour où l'on opère, pour être sûr que cette mase n'est pas du tout virulente. (..) Les jours suivants, on opère de même avec des moelles plus récentes, séparées par un intervalle de deux jours, jusqu'à ce qu'on arrive à une dernière moelle très virulente, placée depuis un ou deux jours seulement en flacon. Le chien est alors rendu réfractaire à la rage.

               Pasteur rapporte son premier cas de vaccination humaine.

Le 27 octobre 1885, Pasteur présente son premier essai de vaccination humaine.
" Joseph Meister, âgé de neuf ans, mordu le 4 juillet, à huit heures du matin par un chien. Cet enfant terrassé par le chien, portait de nombreuses morsures, à la main, aux jambes, aux cuisses, quelques unes profondes qui rendaient même sa marche difficile. Les principales de ces morsures avaient été cautérisées, douze heures seulement après l'accident, à l'acide phénique, le 4 juillet, à huit heures au soir, par le docteur Weber, de Villé."
Pasteur demande aux docteurs Grancher et Vulpian d'entreprendre le 6 juillet 1885, un protocole de traitement semblable à celui exposé pour les chiens. le traitement dura dix jours. " Joseph Meister a donc échappé, non seulement à la rage que ses morsures auraient pu développer, mais à celle que je lui ai inoculée pour développer son immunité, rage plus virulente que celle du chien des rues."

Le 14 novembre 1888 est inauguré l'institut Pasteur. Il est créé grâce au succès d'une souscription internationale, pour permettre à Louis Pasteur d'étendre la vaccination contre la rage, de développer l'étude des maladies infectieuses et de diffuser les connaissances.


                                -  20 ième siècle. Actualité scientifique


En 1903, le caractère ultra-filtrant du microbe de la rage est démontré par Remlinger: Negri découvre ses inclusions cellulaires caractéristiques.

En 1936, la taille du virus est déterminée par ultra filtration.

En 1958, la réaction d'immunofluorescence pour le diagnostic de la rage est mise au point .

En 1963, la morphologie du virus est découverte grâce à la microscopie électronique.

En 1964, la production du vaccin en lignée de cellules diploïdes humaines à partie de la souche Pitman-Moore est décrite pour la première fois.

En 1971, Baer et ses collaborateurs démontrent que la vaccination des animaux contre la rage est posible par administration orale d'un virus vivant.

En 1978, des anticorps monoclonaux du virus rabique sont produits pour la première fois par Wiktor et Koproswki. L'équipe de Steck tente la première vaccination orale du renard en Suisse.

En 1981, le vaccin SAG1 ( obtenu par mutation de la souche SAD) efficace par voie orale est mis au point par Flamand au cnrs de Gif- Sur-Yvette.

En 1989, des cas de rage sont identifiés pour la première fois sur des chauves-souris en France.

En  avril 2002, 34 ans après l'arrivée de la rage vulpine en France, l'épizootie est finalement éradiquée grâce à une campagne généralisée de vaccination des renards par voie orale.



   3) Virologie.



I - MORPHOLOGIE, PROPRIÉTES PHYSIQUES ET CHIMIQUES

Le virus rabique est un rhabdovirus

II - CULTURE

Applications pratiques :
Production de virus pour la préparation de vaccins à virus vivant ou inactivé ;
Modification de souches de virus (ERA) ;
Titrage des anticorps des sérums ;
Etude de la structure du virus, de ses composants, de sa cinétique de multiplication... ;
Diagnostic de la rage.

III - POUVOIR PATHOGÈNE

Au laboratoire, on utilise essentiellement la souris, beaucoup plus rarement le cobaye, le hamster, le rat... Les animaux à sang froid se montrent réfractaires, même après inoculation intracérébrale.
Le virus rabique possède un neurotropisme marqué ; on le trouve plus particulièrement dans certaines zones du système nerveux (corne d’Ammon).
Le pouvoir pathogène du virus rabique peut se mesurer par inoculation intra-cérébrale de dilutions croissantes de suspension virulente à des animaux, et détermination de la DL50. Ce titrage peut être utilisé pour contrôler le pouvoir immunogène des vaccins antirabiques (test NIH : National Institutes of Health, test de la pharmacopée européenne).
Pour connaître la réceptivité de différentes espèces animales à une souche donnée de virus rabique, on utilise, par contre, la voie intramusculaire.
La virulence du virus rabique est conditionnée par la présence d’arginine en position 333 sur la glycoprotéine G.
L’étude du pouvoir pathogène montre l’existence de variations.

a.Variations dans les conditions naturelles

 - Variations quantitatives

La virulence d’une souche, quelle qu’elle soit, est directement liée au nombre de virions inoculés. L’hypervirulence ou l’hypovirulence ainsi entraînée peut, par ailleurs, dépendre de l’espèce animale sur laquelle elle est appréciée (variation qualitative, voir infra).

 - Variations qualitatives

Elles concernent le tropisme d’une souche virale pour une espèce animale particulière, tropisme lui-même créé, entretenu ou modifié par passages successifs sur une même espèce animale. Ceci entraîne la sélection génétique de « clones » ou « biotypes » de pouvoir pathogène spécifique : les souches vulpines européennes sont relativement peu pathogènes pour le chien et le chat, et les souches canines nord-africaines peu pathogènes pour le renard.
Ce pouvoir d’adaptation naturel du virus rabique à une espèce a pour conséquences la diversité épidémiologique du « réservoir » et la nécessité pour l’Homme de ne pas favoriser une nouvelle adaptation (micro-mammifères par exemple).

b.Variations dans les conditions expérimentales

Par passages en série (sur animal, ou in ovo, ou en culture cellulaire), il a été possible de modifier le pouvoir pathogène de souches de virus rabique.
Sur animal
Les souches sauvages de virus rabique ou « virus des rues » fournissent des résultats variables après inoculation à l’animal (ex. : durées variables de l’incubation), essentiellement dus au nombre variable de virions qu’elles contiennent.
Pour disposer d’une souche de référence, Pasteur a essayé de « fixer » la virulence d’une souche en l’inoculant en série au lapin, par voie intracérébrale. Après plusieurs dizaines de passages, cette souche s’est adaptée au lapin et a perdu une partie de son pouvoir pathogène pour les autres espèces, lors d’inoculation parentérale. Une telle souche a vu certains de ses caractères se stabiliser, se fixer, d’où le terme de souche « fixe », par opposition aux souches sauvages de « virus des rues ». Les quatre caractères de la souche fixe Louis Pasteur sont :
La constance de la période d’incubation raccourcie à 6 jours pour le lapin la recevant par voie intra-cérébrale (16 à 30 jours pour le virus des rues),
La constance du titre viral cérébral,
La constance du caractère paralytique pur des symptômes,
L’absence de formation de corps de Negri.
Il existe d’autres souches de virus fixe dérivées de la souche Pasteur : souche CVS (Challenge Virus Standard), souche Pitman Moore (adaptée au cerveau de souris)...
Les vaccins à virus inactivé sont produits à partir de souches de virus fixe.

In ovo

      Deux souches ont été modifiées par passages en série sur embryon de poulet.

Souche Flury

     Elle a été isolée en 1939 à partir de l’encéphale de miss Flury, morte de rage après avoir été contaminée par un chien. Elle a subi 136 passages sur poussin d’un jour puis a été adaptée à l’œuf embryonné. Au 45ème passage sur œuf embryonné, elle a reçu l’appellation LEP (Low Egg Passage) ; elle se montre encore virulente pour des animaux de laboratoire (souris, hamster, cobaye), pour le chat, les bovins, le chiot de moins de 3 mois et l’Homme. Elle est utilisée pour vacciner le chien de plus de 3 mois. Au 200ème passage en œuf embryonné, la virulence de la souche a diminué et le niveau HEP (High Egg Passage) est utilisé pour la vaccination du chien, du chat et des bovins.

Souche Kelev

     100 passages sur œuf embryonné ; vaccination du chien et des bovins.

En culture cellulaire

     Une souche d’origine canine isolée au Canada est devenue la souche SAD (Street Alabama Dufferin) de virus fixe, par passages sur la souris ; elle a ensuite été adaptée aux cellules rénales de porc : elle est devenue la souche ERA (E. Gaynor, Roktiniki, Abelseth) qui est utilisée comme vaccin pour le chien, le chat, les bovins et le cheval et d’où dérive aussi la souche « Vnukovo 32 » (nom de l’aéroport moscovite) adoptée dans les pays d’Europe de l’Est.


V - POUVOIR ANTIGÈNE ET IMMUNOGÈNE

a.Antigènes et induction d’anticorps

     Il faut noter l’unicité antigénique du virus rabique, ce qui signifie que toutes les souches de virus rabique possèdent la même spécificité antigénique. Par des techniques très fines (anticorps monoclonaux produits en culture cellulaire, carte génomique), on arrive à mettre en évidence des différences entre les souches de virus rabique. Ces différences permettent de reconnaître diverses souches (origine géographique en particulier, ou caractère sauvage).
On connaît deux antigènes majeurs du virus rabique :
     La protéine (Poids moléculaire: 62.000 daltons) de la nucléocapside : cet antigène interne entraîne la formation d’anticorps révélables par les techniques de précipitation, de fixation du complément et d’immunofluorescence et, dans une faible mesure, d’anticorps neutralisants. La spécificité antigénique de cette protéine est commune à toutes les souches de virus de la rage et également à d’autres rhabdovirus que le virus de la rage. Les différentes espèces de rhabdovirus possédant ce même antigène interne ont été rassemblées pour former le genre Lyssavirus (ou « groupe » rabique) au sein des Rhabdoviridae.
      La glycoprotéine (Poids moléculaire 80.000 daltons) d’enveloppe entraîne  la synthèse d’anticorps neutralisants. Tous les virus de la rage possèdent la même spécificité antigénique de cette glycoprotéine (réactions croisées complètes en séroneutralisation). En revanche, la spécificité de la glycoprotéine des autres espèces virales du genre Lyssavirus est différente, et la réaction de neutralisation permet de distinguer quatre sérotypes au sein du genre Lyssavirus.


b.Classification sérologique du genre Lyssavirus (« groupe » rabique)

     Famille des Rhabdoviridae - Genre Lyssavirus

Selon les études sérologiques et les profils antigéniques obtenus avec des anticorps monoclonaux, le genre Lyssavirus a été subdivisé en quatre sérotypes. Plus récemment, sur la base de la comparaison des séquences des nucléoprotéines, sept génotypes ont pu être définis

     Pour chaque sérotype ou génotype, on distingue un virus prototype : le virus de la rage (séro/génotype 1), le virus Lagos bat (séro/génotype 2), le virus Mokola (séro/génotype 3) et le virus Duvenhage (séro/génotype 4), le virus EBL1 (pour European bat lyssavirus subtype 1) (génotype 5), le virus EBL2 (génotype 6) et le virus ABL (pour Australian bat lyssavirus (génotype 7). Les génotypes 2 à 7 constituent ce qu’on appelle les virus apparentés à la rage.

c.Immunité antirabique

     Unicité immunogénique du virus rabique, avec de petites différences entre les souches, pouvant entraîner un défaut de protection croisée chez la souris, partiel entre les sérotypes 1, 2 et 4, ou total entre les sérotypes 1 et 3

L’immunité est à la fois humorale et cellulaire :

Immunité humorale : l’élément immunogène majeur est la glycoprotéine d’enveloppe qui induit la synthèse d’anticorps neutralisants. Cette glycoprotéine peut être isolée, purifiée, et permet d’obtenir à elle seule, à titre expérimental, une bonne protection contre la rage. La nucléocapside peut également, dans certains cas, induire une réaction immunitaire protectrice.
Applications pratiques : utilisation de sérum antirabique riche en anticorps neutralisants, dans la prophylaxie de la rage humaine ; estimation du degré d’immunité chez les individus vaccinés, par titrage de leurs anticorps neutralisants.

Immunité cellulaire : elle est mesurable expérimentalement par des tests in vivo (hypersensibilité de type retardé) ou in vitro (TTL, TML, ...) dont l’application pratique n’est pas apparue, à ce jour, supérieure à celle de la mesure des taux d’anticorps. Elle joue cependant certainement un rôle complémentaire de l’immunité humorale dans les mécanismes de protection et dans les phénomènes immunopathologiques.

Interféron : le virus rabique vivant ou inactivé entraîne la production d’interféron ; par ailleurs, le virus rabique est sensible à l’action de l’interféron : il est possible de protéger des animaux contre le virus rabique par injection de substances inductrices d’interféron ou d’interféron homologue ; la protection conférée par la vaccination antirabique de l’Homme après contamination doit, en partie, reposer sur l’induction d’interféron.



        4) Pathogénie.



I- Devenir du virus dans l'organisme.

La voie d'entrée du virus est le plus souvent une morsure ou tout autre lésion traumatique. De façon exceptionnelle, la voie aérienne peut constituer une voie d'entrée.
Le virus peut se multiplier à son point d'inoculation dans les cellules du muscle favorisant ainsi l'infection ultérieure des terminaisons nerveuses. Le neurone est la cellule de l'organisme la plus sensible au virus de la rage. Le virus va ainsi se multiplier principalement dans les neurones du cerveau. L'infection rabique a une caractéristique très particulière, la diffusion du virus dans l'organisme ne se produit pas par voie sanguine. C'est en empruntant les voies nerveuses que le virus va être transporté, dans  un premier temps à partie du point d'inoculation périphérique  vers le cerveau.  Dans une seconde étape, le virus va se multiplier très activement dans le cerveau. Dans une troisième étape le virus sera transporté du cerveau vers la périphérie, envahissant  tout le système nerveux périphérique ainsi que certains organes. Dans cette étape de multiplication virale en périphérie, il faut noter l'infection du muscle cardiaque qui est souvent le siège de lésions de myocardite, ainsi que la présence du virus dans les terminaisons nerveuses de l'oeil, de la peau. Il faut signaler le cas des glandes salivaires où l'on observe une réplication virale très importante. La production de particules virales dans les glandes salivaires permettra à l'animal infecté de transmettre la rage par morsure. Suivant les espèces, on observe des variations importantes dans le degré d'envahissement des différentes structures du cerveau.

II- Expression clinique et issue de l'infection.

Les symptômes  sont variables suivant l'espèce animale. Globalement les carnivores développent une rage dite "furieuse" ou agressive suivie d'une phase paralytique, alors que les herbivores et les rongeurs font d'emblée une rage paralytique. Les modifications comportementales sont très importantes au cours de la rage; des phases d'hyperactivité et de prostration peuvent alterner, ponctuées de périodes épileptiques pouvant conduire à une mort au cours d'une crise convulsive ou le plus souvent à la suite d'un coma.
L'atteinte du cerveau se caractérise parfois par des lésions minimes ou inapparentes, parfois par des lésions inflammatoires. La majorité des neurones montre que le virus rabique provoque des modifications des fonctions nerveuses ( métabolisme des neurotransmetteurs, activité électrique cérébrale). L'expérimentation suggère que le virus rabique serait capable d'altérer le fonctionnement cérébral et donc des fonctions "nobles" du cerveau sans nécessairement tuer les neurones.
L'altération des fonctions nerveuses permet de comprendre l'origine de l'expression clinique de la rage. Ainsi les comportements d'agressivité, d'hyperactivité, d'apathie peuvent êtres liés à des altérations du métabolisme des neurotransmetteurs impliqués dans la régulation de ces fonctions.
Dans la très grande majorité des cas, la rage se conclut par la mort après une période de maladie se situant généralement entre 5 et 10 jours. Plus rarement, une rage cliniquement exprimée peut se conclure par une guérison avec des séquelles de paralysie ou même sans aucune séquelle.
La période d'incubation est variable et dépend de facteurs multiples. Il est aujourd'hui avéré que de façon tout à fait exceptionnelle, la rage peut se développer plusieurs années après la contamination à la suite d'une agression.


     5) Signe cliniques


I- Généralités

La symptomatologie de la rage est dominée par les faits suivants:

-  La longueur et l'incertitude de la durée d'incubation de la maladie. Pour chaque espèce, des chiffres moyens peuvent êtres cités, mais on constate des variations considérables, notamment vers des durées atteignant parfois plusieurs années. L'incubation varie en fonction de facteurs déterminants comme la quantité de virions ou de facteurs d'importance relative ( type de souche, âge des individus contaminés, lieu anatomique de la contamination...: en règle générale, l'incubation est un peu plus longue lorsque la plaie d'inoculation est éloignée de la tête).

- Le polymorphisme des signes cliniques. Le virus rabique, virus neurotrope, déclenche un ensemble de troubles parmi lesquels dominent des troubles nerveux ( psychiques, moteurs et organo-végétatifs).
Il est classique de distinguer une "forme furieuse" et une "forme paralytique". Cette distinction artificielle n'est commode que dans un but didactique. En fait entre ces deux extrêmes qui  peuvent se retrouver chez les différentes espèces réceptives, il existe toutes les variantes et les combinaisons possibles.
La rage déclarée est, en général, inexorablement mortelle. Dans certains cas exceptionnels, on peut observer des formes frustes, silencieuses ou avortées auxquelles peuvent survivre certains rongeurs européens ou africains ( Mastomys natalensis) ou certains chiens d'Asie ou d'Afrique
(Ethiopie) . Cette guérison peut être accompagnée d'excrétion du virus dans la salive.


II- Chez le chien


L'incubation est en moyenne de 15 à 60 jours. On a pu constater des incubations de plusieurs mois à plusieurs années.
" La rage prend chez le chien les types les plus divers. Les accès de fureur peuvent manquer tout à fait ou ne se montrer qu'à certains moments" ( Nocard et Leclainche).
On distingue classiquement une forme furieuse et une forme paralytique. Cependant, les deux formes se succèdent chez un même animal et la paralysie est la terminaison constante de toutes les formes.

a) Forme furieuse

Les premiers signes de la rage consistent en de simples modifications dans les habitudes de l'animal.
" Le chien devient triste, sombre, inquiet, taciturne; en proie à une agitation continuelle, il va et vient constamment; de temps à autre, il se repose un instant et s'étend sur le sol, puis il se relève brusquement, comme frappé par une incitation vive, pour reprendre des mouvements interrompus. L'animal ne cherche nullement à mordre; il est encore docile, mais il obéit moins vite, distrait par quelque préocupation dominante. Ces modifications s'accentuent d'heures en heures; le chien cesse d'aboyer, recherche la solitude, se cache sous les meubles, s'enfouit sous la paille de sa niche. A de courtes périodes de calme ou de somnolence, succèdent des phases d'excitation; le bruit, les attouchements, les émotions de toute espèce provoquent des réactions exagérées. Selon son caractère habituel, le chien répond aux appels et aux caresses par de vives démonstrations d'affection ou, au contraire, par des grognements et des révoltes.
Dès ce moment, la rage peut être soupçonnée et, dès ce moment aussi, les animaux sont dangereux par les caresses  mêmes qu'ils prodiguent: le lèchement des mains et du visage peut être une cause d'inoculation. parfois le chien, irrité par des personnes étrangères, par des enfnats, ou surpris par un attouchement imprévu, répond par une morsure aux provocations.
Un peu plus tard, l'agitation se traduit par des signes évidents. L'animal enfermé dans une cage est toujours en mouvement; il gratte le sol, retourne la paille et l'accumule en un tas qu'il éparpille bientôt; laissé dans un appartement, il se promène en tous sens, déchire les tapis, la literie.
A certains moments, le chien semble avoir des hallucinations; il tombe en arrêt devant un corps imaginaire, happe dans l'espace ou se précipite, menaçant comme s'il poursuivait un ennemi. On observe encore à ce moment des rémittences pendant lesquelles le malade reste soumis et caressant, toutefois son attention ne peut être longtemps retenue et, subitement, il échappe à la domination du maître pour céder à de nouvelles visions.
La voix, modifiée dans son timbre, devient cassée, enrouée; au lieu du jappement habituel, court et répété, on aperçoit un hurlement prolongé, terminé par une note aigue, analogue à la voix que donne le chien courant fatigué. Ce symptôme peut cependnat manquer.
A cette période apparaissent les troubles de la sensibilité générale, des frissons, des démangeaisons. Dans quelques cas, il existe du prurit au point d'inoculation; le chien se lèche la cicatrice, puis il mord et arrache les tissus. L'analgésie est complète en d'autres régions; les piqûres, les brulûres, le pincement de la peau sont à peine perçus; des animaux s'arrachent les muscles par lambeaux, mordant leurs chairs sans manifester d'autres impressions que la sensation de bien être qui résulte de la satisfaction du prurit. Le sens génital est excité; le mâle entre en érection, et simule les mouvements du coït ou se lèche à chaque instant ses parties génitales. Les aliments sont encore acceptés s'ils peuvent être déglutis sans mastication préalable; ils sont rejetés après un court séjour dans la bouche si la mastication est nécessaire. La déglutition devient de plus en plus pénible; le chien semble avoir un os dans la gorge, mais il n'est nullement hydrophobe et il ne cessera de boire que lorsque les liquides ne pourront plus franchir le pharynx.
L'animal devient réellement furieux; laissé libre, il déchire les objets et déglutit les corps les plus divers: de l'herbe, de la paille, des chiffons, des cailloux...
Il fuit l'habitation de son maître, trottant à une allure rapide, la queue basse, l'oeil hagard, indifférent à ce qui l'entoure. Il se jette sur les chiens et sur les personnes, sans les rechercher cependant et sans s'acharner sur ses victimes. Les chiens mordus sont presque toujours venus d'eux-mêmes flairer l'animal enragé; de même les personnes ont attiré son attention par quelque mouvement.
Laissé dans le calme, le malade s'agite, flaire les objets qui l'entourent, hurle de temps à autre, puis tombe dans une torpeur de plus en plus profonde. S'il est excité, il se précipite sur les objets qu'on lui présente et sur les barreaux de sa cage qu'il mord avec fureur.
Dans une dernière période, l'animal peut à peine se tenir debout; il chancelle au moindre mouvement; les flancs sont levrettés à l'excès; les yeux, ternes et enfoncés dans l'orbite, donnet à la physionomie une expression de douleur et d'angoisse. La voix est voilée; mais le hurlement ébauché conserve sa forme particulière. A la parésie générale succède une paralysie qui débute par le train postérieur ou par les mâchoires, pour envahir rapidement les autres régions; la station n'est plus possible; l'animal reste étendu sur le côté; s'il est excité violemment, il soulève encore la tête et les membres antérieurs pour retomber aussitôt. La respiration est pénible, courte et précipitée; il se produit des contractions de certains groupes musculaires, des mouvements choréiques des membres et du tronc, de la tétanisation, et la mort survient dans une prostration complète.
L'évolution est toujours rapide; sa durée varie de 2 à 10 jours; une période de 4 à 5 jours est le temps le plus ordinaire.

b) Rage paralytique.

On peut grouper sous ce titre toutes les formes dans lesquelles la paralysie survient d'emblée ou dès les premières périodes.
Dans le premier cas, les symptômes du début diffèrent de ceux de la rage furieuse en ce que les troubles sensoriels sont peu marqués ou font défaut. Il existe seulement de la tristesse, de l'inquiétude, une tendance à flairer et à lécher les objets. Les paralysies débutent par les régions les plus diverses; on observe de la paraplégie, de l'hémiplégie ou encore des monoplégies limitées à un membre et plus souvent aux masséters. C'est à cette localisation dernière qu'est appliquée la qualification de "rage mue" ou "muette".
Chacune de ces localisations donne au malade une physionomie particulière. Dans la rage "mue", la mâchoire inférieure est pendante, la langue sort de la bouche, une bave abondante s' écoule. Ces signes et l'expression égarée du regard donnent à l'animal un aspect particulier. La préhension des aliments est impossible; la muqueuse bucale déssèchée se couvre de poussière et revêt une teinte sombre. L'animal reste calme, il ne répond pas aux provocations; il semble qu'il ait conscience de son impuissance.  
Impuissance physique de mordre et involonté de le faire, voilà les deux caractères qui différencient l'une et l'autre les  deux formes de la rage canine.
Alors même que l'impotence fonnctionnelle est localisée ailleurs qu'aux mâchoires, la tendance à mordre est peu marquée; après des menaces ou des coups, l'animal consent bien à saisir l'objet présenté; mais toujours avec une certaine prudence et rarement avec cette violence qui est observée dans l'autre forme de la rage. Si la rage mue succède à une phase primitive de rage furieuse, la tendance à mordre pourra persister au contraire jusqu'à ce que la paralysie soit complète. L'évolution est rapide. La paralysie 'étend à tous les nerfs d'origine bulbaire, la mort arrive en 2 à 3 jours, le plus souvent.


De nombreuses formes atypiques ont été décrites; formes gastrointestinales, consomptive, prurigineuse, etc.. Il faut accorder une place particulière aux formes "non mortelles". Cette éventualité signalée dès 1883 par Pasteur, a été très bien étudiée en Ethiopie par Andral et Sérié qui ont pu, d'une part, isoler un authentique virus rabique de la salive d'un chien atteint d'une paralysie de la mâchoire inférieure, chien qui a guérit, et, d'autre part, montrer que sur 100 chiens errants capturés à Addis-Abeba, 14 chiens maintenus pendant très longtemps en observation, ne présentant aucun signe d'infection rabique, possédaient des anticorps rabiques dans leur sérum. Ces formes non mortelles ne sont pas observées en europe à l'heure actuelle.



III- Chez le chat.


L'évolution est analogue à celle de la rage du chien, mais les symptômes sont peu évidents du fait des habitudes solitaires de l'animal.
Dès le spremières périodes, le chat se cache, souvent il ne sort pas de sa retraite et meurt sans que la maldie ait pu être soupçonnée.
Dans ces conditions, ils sont dangereux déjà; ils infligent des morsures, si on cherche à les sortir de leur retraite; les personnes qui ignorent leur présence sont menacées d'une attaque si elles touchent le malade ou si elles passent à sa portée.

En d'autres cas, l'animal peut être observé et des symptômes assez nets sont observés. Le chat est triste, inquiet, agité; il sommeille pendant quelques instants, puis se relève brusquement, le regard fulgurant; il flaire les objets et fait entendre des miaulements plaintifs. Le goût est perverti et l'appétit disparaît. La déglutition devient difficile; la voix est faible, voilée; le chat est irritable; il répond par des morsures aux caresses ou aux tentatives d'exploration. Il est rare qu'il poursuive et attaque les personnes ou les animaux, mais il se précipite avec fureur  s'il se croit menacé. Réfugié sous un meuble, dans un fossé, blotti derrière une haie, le chat  se jette sur les individus qui passent à proximité. Il s'attache par ses griffes à la victime et il mord avec une violence extrême, indifférent aux menances et aux coups, restant parfois suspendu par les dents implantées profondément.

Dan une dernière période, la paralysie s'établit; le train postérieur vacille; la déglutition est impossible; une bave abondante s'écoule de la bouche. La mort arrive trois à six jours après la constation des premiers symptômes. La rage "mue" est exceptionnelle. Elle est exprimée, comme chez le chien, par l'écartement de la mâchoire inférieure et par l'impossiblité de la déglutition. Des signes de paralysie générale sont bientôt constatés et la mort survient après 2 à 4 jours en moyenne.


IV- Chez l'homme.


La rage de l'homme se présente comme une méningoencéphalite aiguë.
L'incubation: sa durée est fonction du siège de la morsure. Elle est de 35 à 90 jours dans 85% des cas. La limite inférieure est d'une dizaine de jours; à l'inverse, elle dépasse parfois un an ( deux pour cent des cas de rage).
Les prodromes de la maladie s'étalent sur 2 à 4 jours. Les troubles sont essentiellement d'ordre sensoriel: douleur dans la région mordue, fourmillements, profonde tristesse, crises de larmes sans raison, recherche de l'isolement. La température peut passagèrement s'élever de 1 à 3 degrés.
Au cours de la période d'état, les troubles du caractère s'accentuent. Le malade, extrêmement angoissé, est en proie à des hallucinations, à des douleurs, à des douleurs irradiées. La température peut rapidement atteindre 41-42 °C.
On distingue:

   - la forme spastique

caractérisée par de violentes contractures, des tremblements. Les excitations sensorielles lumineuses, auditives ou tactiles déclenchent des spasmes très douloureux, en particulier du larynx, modifiant la voie et rendant la déglutition douloureuse. L'hyperexcitabilité nerveuse et l'angoisse s'intensifient au point que le bruit de l'eau qui coule ou la vue d'un verre d'eau provoquent des spasmes oro-pharyngés avec réactions hydrophobes aboutissant à des convulsions et même de véritables crises tétaniformes. L'hydrophobie est un symptôme très caractéristique de la rage chez l'homme. Vers la fin, apparaissent des troubles bulbaires. Le malade conserve son intelligence intacte jusqu'au coma terminal. La mort survient en 2 à 10 jours.

   - la forme paralytique

peut débuter par une paraplégie ou revêtir l'aspect d'une paralysie ascendante. Dans cette forme, le diagnostic est rendu difficile lorsque la notion de morsure fait défaut, et dans les régions où n'existe que peu ou pas de rage. Dans la forme paralytique, la mort survient tardivement par paralysie respiratoire lorsque la région bulbaire est atteinte.


On a également décrit une forme démentielle caractérisée par une agressivité exacerbée avec des crises de folie furieuse, qui évolue rapidement vers la mort.


V- Chez le cheval


La rage débute par de la tristesse, de l'inquiétude et de l'agitation. La sensibilité générale et les sensibilités spéciales sont exaltées; les attouchements, la lumière, le bruit provoquent des défenses et des mouvements désordonnés. On observe de l'excitation génésique; l'étalon hennit d'une voix rauque; il a des érections fréquentes; la jument se campe et prend des attitudes de bête nymphomane. Des tremblements, des grincements de dents, des contractions spasmodiques des muscles abdominaux, des coliques, des claudications passagères peuvent êtres observées. Il existe souvent du prurit au niveau de la morsure; si l'animal peut atteindre la cicatrice avec ses dents, il la mord et cherche à arracher la peau de la région. L' appétit est capricieux et le goût perverti; le malade laisse l'avoine ou les fourrages pour ingérer la litière et le fumier; il lèche les murs et déglutit de la terre et des corps étrangers. La déglutition est gênée dès le début; parfois ce symptôme précède d'un ou deux jours les autres manifestations; plus tard les aliments, et surtout les boissons, ne peuvent plus franchir le pharynx et sont rejetés par les nasaux. La gorge est douloureuse; la salive s'échappe en filets par la commissure des lèvres.
Des accès de fureur sont provoqués par une excitation quelconque: les coups, les menaces, la vue d'une personne étrangère, l'impression brusque de la lumière, le bruit.
Ultérieurement, la faiblesse devient extrême; la démarche est titubante; des sueurs inondent le corps. des paralysies apparaissent, localisées au niveau de la région inoculée ou étendue d'emblée à tout le train postérieur; elles progressent très vite; le cheval tombe pendant une crise, fait de vains efforts pour se relever et meurt par asphyxie.
la durée totale est de 3 à 6 jours en moyenne.
A côté de ces formes dramatiques, existent des formes beaucoup plus discrètes évoquant une intoxication, une indigestion, un traumatisme ou des crises de coliques.


VI- Chez les ruminants


L'incubation est un peu plus longue que chez les carnivores, souvent de 1 à 3 mois, parfois davantage. Les symptômes sont analogues à ceux des autres espèces.
Le bovin apparaît l'air anxieux, inquiet, la tête légèrement relevée par rapport à celle des autres. Au parc, il est en excitation perpétuelle et manifeste un éréthisme sexuel constant.
Tout au début de la maladie, la défécation est normale, mais assez tôt, le bovin émet des crottins qui font place à une sérieuse constipation.
L'inappétence est totale: c'est, à l'étable, ce qui surprend d'abord le propriétaire, et presque aussitôt le flanc se creuse, l'animal se levrette.
Un tout premier symptôme est le bâillement, le bovin se met à ouvrir la gueule, à bailler, à s'écarter les mâchoires, remuant l'inférieure comme s'il voulait dégager un corps étranger se trouvant dans son arrière-bouche. Ceci est dû à la paralysie du pharynx, ce qui entraîne de la dysphagie, d'où l'écoulement de la salive. Cette salivation au début faible devient de plus en plus abondante, la salive hyaline devient épaisse et mousseuse.
En même temps, des beuglements rauques se font entendre, de jour comme de nuit, ayant une tonalité différente des beuglements normaux, rappelant l'âne qui brait. La vache beugle comme si elle était en chaleur, une excitation la fait beugler, un coup de bâton, l'apparition d'un chien ( ce qui n'est pas toujours le cas).
A ce moment, l'attitude est particulière; prenant davantage appui sur ses antérieurs, étendant son encolure horizontalement mais relevant la tête, l'animal fait entendre sa voix. Et souvent avec ce tollé apparaissent des efforts expulsifs violents, sans évacuation fécale, la constipation étant opiniâtre, l'animal manifestant simultanément des beuglements et du ténesme rectal, il pousse en beuglant, ce qui fait que sa queue est toujours légèrement relevée.
On s'aperçoit que le malade, en terminant son beuglement, montre des accès de paralysies flasques, paralysie du train antérieur, il fléchit les antérieurs ( les boulets, les genoux), tombe sur les genoux, le sternum, et à ce moment, l'encolure et la tête rasent le sol, puis l'animal se laisse aller en décubitus latéral. Le relever devient de plus en plus difficile pour devenir impossible quelque temps avant la mort.
La mort survient en général en 4 à 5 jours. Parfois, elle arrive plus tard, vers le 5ième ou 6ième jour; un animal a survécu 11 jours.


VII- Chez les animaux sauvages.

a) le renard.

Le signe essentiel est un changement d'habitude ou de comportement; les sujets enragés perdent leur prudence naturelle et, de jour, se rapprochent des habitations. On les rencontre en plein jour, errant dans la campagne, ne cherchant pas à fuir. Ils peuvent attaquer les animaux ( bovin au pré, chiens dans les fermes..) très rarement l'homme (ou les véhicules).
On note souvent une procidence du corps clignotant. La maladie se termine fréquemment par une paralysie totale. L'évolution moyenne est de 3 à 4 jours.

b) le loup.

Les symptômes sont semblables à ceux du chien. Les loups atteints de forme furieuse sont très dangereux en raison de leur force musculaire et de leur taille.

c) Les autres carnivores sauvages et les rongeurs sauvages.

Il présentent en général des symptômes mal connus, l'animal se dissimulant lorsqu'il est atteint, mais se rapprochent de ceux déjà évoqués, associant changement de comportement, anorexie, excitabilité ou paralysie. Leur infection rabique se signale à l'attention de l'homme essentiellement par des morsures.

d) chiroptères

Les chauves-souris insectivores enragées peuvent voler en plein jour. Elles sont le plus souvent recueillies alors qu'elles sont à terre et présentent des difficultés pour prendre leur vol.



               6) Lésions

I - MACROSCOPIQUES

     Aucune lésion macroscopique n’a de valeur spécifique. On note souvent des corps étrangers divers dans l’estomac et l’absence de matières dans les segments postérieurs du tube digestif. Chez le chevreuil, on observe parfois une plaie frontale due aux chocs que s’est infligé l’animal contre les obstacles.


II - MICROSCOPIQUES

On peut décrire des lésions non spécifiques et des lésions spécifiques du système nerveux.

a.Lésions non spécifiques

    Lésions d’encéphalomyélite virale et lésions ganglionnaires. Lésions vasculaires, périvasculaires (manchons histio-lymphocytaires périvasculaires) et cellulaires (accumulation de cellules de la névroglie en foyers : gliose, ou autour des neurones : satellitose ; neuronophagie : destruction des neurones par des macrophages).
Ces lésions non spécifiques peuvent manquer ou être dues à d’autres virus : virus de la maladie de Carré, de la maladie d’Aujeszky, de la maladie de Borna, etc.


b.Lésions spécifiques : Corps de Negri

Inclusions éosinophiles intracytoplasmiques.
Siège : Les zones d’élection sont : la corne d’Ammon (assise interne des cellules pyramidales), les cellules pyramidales de l’écorce cérébrale, le cervelet (cellules de Purkinje)...
Forme et nombre : Ils ont une forme ovalaire ou arrondie, de 0,25 à 30 microns, en moyenne 4-5 microns ; ils sont situés dans le cytoplasme à raison d’un ou de quelques uns par cellule.
Structure : La substance fondamentale du corps de Negri, acidophile, est colorée en rouge par la technique de Mann (bleu de méthylène ; éosine) ; la structure du corps de Negri est hétérogène.
Nature : Les corps de Negri correspondent à des lieux de réplication intracytoplasmique du virus rabique ; au microscope électronique, on voit qu’ils sont formés d’une masse englobant des agrégats de virions rabiques.
Intérêt : Les corps de Negri sont spécifiques de la rage. Leur présence, leur taille, leur nombre sont en relation directe avec la durée de la maladie clinique.
    
     Pendant longtemps, le diagnostic de laboratoire de la rage a reposé sur la recherche des corps de Negri.
Cependant, dans plusieurs pays, le diagnostic histologique n’est plus utilisé. On lui préfère la recherche des antigènes viraux par immunofluorescence et l’isolement du virus en culture cellulaire.


  7) Epidémiologie de la rage des mammifères terrestres  


A. ÉPIDÉMIOLOGIE DESCRIPTIVE


Nous décrirons séparément la rage des animaux domestiques et celle des animaux sauvages.

1. Rage « citadine » ou canine ou des rues

- Espèces animales

L’espèce animale le plus souvent atteinte est le chien, en particulier le chien errant ; plus rarement, le chat et les autres espèces domestiques.
Dans les régions où le virus rabique est surtout transmis entre animaux domestiques, la rage peut être rare ou absente chez les animaux sauvages.

- Régions atteintes

La rage canine est la forme épidémiologique essentielle en Afrique et en Asie. On la rencontre également en Amérique du Sud et dans un très petit nombre de pays d’Europe (Turquie).

- Caractères épidémiologiques

La rage canine sévit de façon enzootique. Au cours de l’année, on constate des variations saisonnières de l’incidence mensuelle de la maladie. Sur plusieurs années, l’incidence annuelle varie de manière irrégulière. La densité des cas de rage (nombre par unité de surface) est faible, en général ; la maladie est disséminée dans un pays et les cas peuvent apparaître à de grandes distances les unes des autres. Ce type épidémiologique est en régression dans les pays possédant un système sanitaire bien développé, alors qu’il y était très courant il y a cent ans. Il reste stationnaire ou connaît une recrudescence, dans la plupart des pays d’Afrique et d’Asie.


2. Rage des animaux sauvages

De nombreuses espèces sauvages peuvent être infectées par le virus rabique et assurer sa transmission, en particulier des carnivores.
En fonction des pays, l’espèce animale qui joue le rôle prépondérant varie:

- Renard roux (Vulpes vulpes) : Europe occidentale et centrale, Ontario...
- Renard polaire (Alopex lagopus) : Groënland
- Mouffette : Etats-Unis (47 p. cent des animaux enragés), Canada
- Loup : quelques régions d’Iran
- Mangoustes : Caraïbes, Afrique australe
- Etc.
Les particularités épidémiologiques sont liées à l’espèce animale la plus souvent atteinte.
En France, la rage vulpine, en provenance d’Europe centrale, a sévi de 1968 à 1998.

a. Espèces atteintes

La fréquence d’atteinte du renard (près de 80 p. cent des cas de rage animale), encore que ces données soient minimales puisque de nombreux cas de rage du renard ne sont pas décelés ou enregistrés. Parmi les animaux domestiques, les bovins arrivent en tête (près de 8 p. cent), suivis des petits ruminants, des chats puis des chiens. Dans les autres pays d’Europe, les pourcentages enregistrés sont voisins, avec quelques variations.

b. Évolution dans le temps


- Fluctuations saisonnières

L’incidence mensuelle de la rage du renard connaît une augmentation pendant le premier trimestre, suivie d’une diminution au cours du deuxième trimestre, puis d’une augmentation pendant le second semestre.
Pour l’incidence mensuelle de la rage bovine, l’augmentation enregistrée pendant le dernier trimestre est beaucoup plus forte.


- Évolution de l’incidence annuelle

On constate des fluctuations pluriennales de l’incidence annuelle.


c. Évolution dans l’espace

- Progression

En Europe, et en particulier en France, la rage a progressé lentement, régulièrement, d’environ 30 à 60 km par an vers l’ouest, le sud-ouest et le sud (vers l’est en Europe de l’Est). En France, cette progression lente, régulière, a cessé vers 1988 (cf. figure 1) et a été remplacée par des oscillations autour d’une position moyenne. Ultérieurement, un recul a été constaté, grâce à la vaccination antirabique du renard, et a abouti à l’éradication de la maladie.


 Ainsi, l’étude de l’épidémiologie descriptive de la rage vulpine en Europe nous a permis de constater l’existence :
- de fluctuations saisonnières,
- de fluctuations pluriennales,
- d’une progression lente, régulière,
- de l’existence de vagues d’enzootie rabique.



B. ÉPIDÉMIOLOGIE ANALYTIQUE

1. Sources virulentes

a. Les organismes vivants

a1. Différentes catégories

- Animaux malades : Ils constituent la source essentielle du virus, pendant la phase clinique de la maladie ;
- Animaux excréteurs présymptomatiques : L’excrétion du virus est possible dans la salive avant les premiers signes cliniques de rage : source très insidieuse, à l’origine de la conduite à tenir en présence d’un animal mordeur (cf. plus loin, virulence de la salive) ;
- Animaux porteurs chroniques guéris : Cette éventualité est tellement exceptionnelle qu’elle a une portée épidémiologique nulle ;
- Animaux porteurs sains paradoxaux (cf. pathogénie) : rôle épidémiologique quasi nul en Europe, malgré la confirmation de la transmission verticale de la rage chez certains muridés (Allemagne).

Donc, en résumé, ce sont essentiellement les animaux enragés, dans les jours précédant les symptômes et pendant la phase clinique, qui représentent la source du virus rabique.

a2. Matières virulentes

On peut distinguer, en fonction de leur importance épidémiologique, une virulence « interne », correspondant aux tissus qui renferment du virus restant dans l’organisme, et une virulence « externe », responsable de l’excrétion du virus.

- Virulence « interne »

* Système nerveux
On trouve du virus rabique dans le système nerveux central et périphérique : tout le névraxe est virulent, à des degrés variables.
Les zones d’élection sont : la corne d’Ammon, le cervelet, le bulbe, la moelle épinière, les ganglions des nerfs crâniens... La connaissance de ces zones d’élection conditionne la nature des prélèvements en vue du diagnostic expérimental de la rage.

* Sang
Une virémie précoce survient parfois, mais dans les conditions naturelles, cette virémie semble très rare et de titre très faible ; elle ne permet pas la contamination des arthropodes hématophages. Toutefois, les souches de virus rabique vulpin isolées depuis quelques années en France semblent avoir acquis une capacité plus importante à se retrouver dans le sang des renards infectés.

* Autres organes
Leur virulence dépend de la richesse en filets nerveux et de la capacité de multiplication du virus dans les cellules non nerveuses. En pratique, on peut trouver du virus dans tout l’organisme, mais certains organes sont plus virulents : glandes salivaires, surrénales, graisse brune interscapulaire (rongeurs)...
L’importance épidémiologique de cette virulence interne est très faible (« l’animal ne mord pas avec son cerveau »), mis à part des cas particuliers : transmission du virus in utero, risques liés à la manipulation de carcasses d’animaux abattus au cours de la phase clinique de la maladie, cannibalisme. Celle de la virulence externe est beaucoup plus grande.

- Virulence « externe »

* Salive
La virulence de la salive est une notion capitale, qui conditionne toute l’épidémiologie de la rage.
Cette virulence est connue depuis longtemps et a été démontrée expérimentalement par Galtier [1879] ; le virus parvient aux glandes salivaires par les nerfs, s’y multiplie ainsi que dans certaines parties de la cavité buccale (épithélium lingual). Le titre du virus dans les glandes salivaires est d’autant plus élevé que l’animal a été infecté avec une faible dose de virus.


Chez l’animal enragé, la concentration du virus rabique dans la salive augmente au cours du temps ; l’excrétion du virus rabique dans la salive peut commencer avant les premiers symptômes de la maladie. La probabilité de trouver du virus rabique dans la salive d’un animal en fin d’incubation, ainsi que le titre du virus dans la salive augmentent au fur et à mesure que l’on se rapproche du moment de l’apparition des symptômes.
Des études ont permis de déterminer la probabilité de présence du virus rabique dans la salive des chiens, en fin d’incubation rabique.

On estime que, chez le chien, le virus apparaît dans la salive :
- dans 80 p. cent des cas, de quelques heures à 3 jours avant les premiers symptômes,
- dans 15 p. cent des cas, 4 à 5 jours avant les premiers symptômes,
- dans 5 p. cent des cas, de 5 à 8 jours avant les premiers symptômes.
De manière exceptionnelle, on a pu mettre en évidence le virus rabique dans la salive de chiens, encore plus tôt avant les premiers symptômes : ainsi en 1916, Konradi a montré que ce délai avait atteint 13 jours, chez un chien contaminé par une souche européenne et Fekadu a retrouvé ce même délai en 1982 avec des chiens infectés par une souche éthiopienne.
Chez le renard, le délai peut être encore plus grand, jusqu’à 29 jours [Aubert et coll., 1990].
Cette notion capitale de la virulence présymptomatique de la salive est illustrée par les figures 4, 5 et  voir l'animation Excrétion salivaire pré-clinique
La raison de cette mise en observation est l’appréciation du risque de contamination de la personne mordue ; le destinataire des conclusions de cette observation est donc, avant tout, le médecin chargé de la décision thérapeutique (commencer un traitement, ou arrêter un traitement déjà commencé).
Par ailleurs, pour la phase d’expression clinique de la maladie, l’AFSSA de Nancy a pu montrer la corrélation existant entre la durée de la maladie, le titre du virus dans la corne d’Ammon et dans les glandes salivaires chez les bovins enragés.

* Lait
Virulence très inconstante. Chez les mammifères terrestres, l’importance pratique de la virulence du lait est très faible, car la sécrétion lactée est rapidement tarie lorsque la rage se déclare.

* Autres substances
Urine, fèces, sueur, larmes : rôle minime ou nul dans la transmission de la rage.

b. Le milieu extérieur
La salive d’un animal enragé souillant différents substrats reste-t-elle longtemps virulente ? : le virus rabique est un virus fragile, sensible à la lumière, la chaleur, l’oxygène de l’air... Par suite, les contaminations indirectes par objet souillé sont très rares, puisque le virus est rapidement inactivé.
En revanche, en milieu protéique, le virus résiste bien (cadavre d’un animal mort de rage) et la transmission peut se faire par consommation des organes du cadavre d’un animal mort de rage.

 


Un chien (ou un autre animal) peut donc transmettre, par morsure, le virus rabique qu’il excrète dans sa salive, de quelques heures à plusieurs jours avant de montrer les premiers signes de la rage : un animal apparemment en bonne santé (mais en incubation de rage) peut donc contaminer un autre animal, ou une personne, alors qu’il paraît tout à fait normal. Le seul moyen de savoir (a posteriori) si un animal mordeur pouvait être excréteur de virus rabique dans sa salive, au moment de la morsure, est donc de le mettre en observation et de vérifier s’il reste sain dans les jours suivants.
Compte tenu de la probabilité d’excrétion présymptomatique du virus rabique dans la salive, on peut estimer les risques de contamination, ou les chances de non contamination d’une personne, au cours des jours qui suivent la morsure par un animal, en fonction de l’apparition ou non de symptômes de rage. Plus le temps écoulé entre la morsure et l’apparition de symptômes chez l’animal mordeur est grand, plus faibles sont les risques pour la personne mordue.
De même, plus le temps séparant la morsure, d’un examen clinique montrant le maintien en bonne santé de l’animal mordeur, est élevé, plus les chances de non contamination sont grandes (figure 6) : ainsi, si 3 jours après la morsure, l’animal mordeur demeure normal, la personne mordue a 80 p. cent de chances de ne pas avoir été contaminée ; après 5 jours, elle a 95 p. cent de chances (80 + 15), et après 8 jours, presque 100 p. cent. La mise sous surveillance de l’animal mordeur et la vérification du maintien de son état de santé permettent donc de parvenir à des conclusions dont l’importance est fondamentale pour la décision que doit prendre le médecin, de commencer ou non le « traitement » antirabique. La règle retenue par l’O.M.S. est la mise sous surveillance de l’animal mordeur pendant 10 jours. En France, un délai un peu plus important a été retenu : 15 jours. Règle fondamentale, conditionnée par ce qui vient d’être expliqué : en France, tout animal domestique mordeur, apparemment sain, vacciné ou non, doit être mis sous surveillance pendant 15 jours et, au cours de cette surveillance, son état de santé doit être contrôlé trois fois : le plus tôt possible après la morsure, le 7ème jour après la morsure (au moment où, s’il est resté sain, on peut affirmer qu’il y a entre 95 et 100 p. cent de chances pour que l’animal n’ait pas été excréteur de virus rabique, le jour de la morsure) et le 15ème jour après la morsure.
Pour les animaux sauvages, apprivoisés ou tenus en captivité, ce délai est de 30 jours (arrêté du 21 avril 1997), compte tenu du plus grand délai de portage présymptomatique parfois observé.


2. La réceptivité

Nous avons déjà vu que tous les mammifères étaient sensibles. Cependant, leur réceptivité au virus rabique varie en fonction de divers facteurs.


a. Facteurs intrinsèques

- Espèce

La réceptivité varie avec les espèces animales mais également avec la souche de virus. Ainsi, le renard est plus sensible que le chien à une souche vulpine et moins sensible à une souche canine.
Pour le virus vulpin isolé en France, l’AFSSA de Nancy a établi la liste de réceptivité décroissante de diverses espèces animales en fonction du nombre de doses létales 50 % par voie intracérébrale pour la souris nécessaires pour tuer les animaux par voie musculaire (tableau IV).

- Age

Les animaux jeunes sont plus sensibles : ainsi, le souriceau nouveau-né se révèle très sensible et cette sensibilité décroît avec l’âge jusqu’à 3 ou 4 mois ; de même, la souche Flury LEP est pathogène pour le chiot de moins de 3 mois, alors qu’elle ne l’est pas pour les chiens de plus de 3 mois.
M. natalensis, rongeur d’Afrique du sud, est sensible jusqu’à l’âge de 21 jours ; au delà, il résiste à l’inoculation de virus rabique. Les diverses « souches » de rongeurs présentent des différences de réceptivité génétiquement déterminées. Chez l’Homme, dans certains pays, la mortalité par rage est élevée chez les sujets jeunes : ainsi, en Inde, 50 p. cent des décès par rage surviennent chez des sujets de 4 à 15 ans. Il s’agit sans doute là, davantage d’un risque d’exposition que d’une différence de réceptivité.

- Sexe

Influence indirecte par l’intermédiaire de la gestation ou de la lactation (elles-mêmes dépendant de sécrétions hormonales) qui peuvent jouer un rôle sur le déclenchement des symptômes.

- Individu

Au sein d’une espèce sensible (chien, lapin...), de rares individus peuvent résister à une inoculation virulente qui tue la très grande majorité des sujets de la même espèce.


b. Facteurs extrinsèques

Différents facteurs d’agression semblent agir pour favoriser ou pour déclencher l’expression clinique des symptômes : ainsi, on constate un nombre plus important de cas de rage chez des souris inoculées et que l’on oblige à être en mouvement, par rapport à un lot de souris inoculées et laissées au repos. Chez l’Homme, on a constaté que certains cas à incubation longue (plus d’un an) se sont déclenchés après exposition à un facteur d’agression : bain froid, pluie glacée...


 3. Modalités de la contagion

a. Morsure, griffade, lèchement

- Morsure

La morsure est le mode habituel (selon l’expression de Charles Nicolle) de transmission de la rage.
Toute morsure d’un animal enragé ne provoque pas, à coup sûr, une contamination rabique. Ainsi, entre 1881 et 1885, c’est-à-dire en l’absence de vaccin antirabique, environ 1500 personnes étaient mordues à Paris chaque année, à une époque où le nombre annuel de chiens enragés à Paris était de 200 à 600. Or, le nombre annuel de cas de rage humaine était compris entre 4 et 20.
L’ »efficacité » de la morsure (ou le degré du danger de transmission) est fonction :
 - D’une protection locale : les vêtements chez l’Homme (une morsure à travers une veste ou un pantalon est moins rabigène qu’une morsure sur peau nue), les phanères chez les animaux (laine du mouton...) ;
 - De la région mordue : les morsures faites en région fortement innervée (mains, organes génitaux) ou en région proche des centres nerveux (face, cou) sont plus dangereuses ;
 - De l’animal mordeur : morsures graves infligées par certaines espèces de carnivores : le chat qui « tient » la morsure, le  loup qui provoque des plaies anfractueuses  profondes, souvent à la tête ; par ailleurs, la salive des carnivore contient de la hyaluronidase qui favorise la diffusion du virus.
 - Contact avec la peau
En principe, la peau saine est une barrière infranchissable pour le virus rabique ; cependant, des microérosions, de simples excoriations suffisent pour assurer la pénétration du virus. L’appréciation de la réalité du risque est difficile pour les personnes dont les mains ont été en contact avec la salive d’un bovin enragé : elle est du ressort exclusif du médecin. Le risque de contamination par contact avec une peau portant de petites érosions doit conduire à prendre des précautions lors de l’examen d’un animal suspect de rage (examen à distance ; en cas de nécessité de manipulations, port de gants), ou de l’autopsie et de la réalisation des prélèvements.
 - Contact avec une muqueuse
Le danger est plus important que lors d’un simple contact cutané car, bien que, en principe, les muqueuses saines ne laissent pas passer le virus, en fait, la moindre lésion peut servir de porte d’entrée et il est difficile d’apprécier avec justesse l’état d’une muqueuse ; pour cette raison, le léchage des muqueuses est considéré comme un risque élevé de transmission du virus rabique (cf. le tableau des recommandations de l’O.M.S., dans le chapitre « Vaccination de l’Homme »).


b. Blessure par objet souillé

Comme nous l’avons vu précédemment, en raison de la fragilité du virus rabique dans le milieu extérieur, ce type de contamination est rare ; il peut survenir cependant, notamment lorsque la salive a été déposée depuis peu de temps. Exemples : contamination d’un paysan par blessure avec la fourche venant de servir à tuer un chien enragé ; contamination d’une personne par morsure ou griffade effectuée par un animal qui vient d’être lui-même roulé et mordu par un animal enragé...


c. Inhalation

Cette modalité de contamination, reconnue depuis longtemps par Remlinger (transmission par l’haleine de loups enragés), a connu un regain d’intérêt après la mort de l’entomologiste G. Menzies ayant contracté la rage, en l’absence de toute morsure, au cours d’un séjour dans la grotte du Frio Cave (Texas) peuplée de milliers de chauves-souris. Au laboratoire, différentes expériences [Atanasiu] ont permis de confirmer la réalité de la transmission par voie aérienne. De même, on a rapporté en 1973, la mort d’un vétérinaire américain qui s’était contaminé par voie aérienne, dans un laboratoire, après avoir broyé une suspension de cerveau virulent (souche C.V.S.) à l’aide d’un appareil entraînant la formation d’un aérosol. Quelques années plus tard, le même accident survenait, toujours aux Etats-Unis, chez un vétérinaire travaillant dans un aérosol de virus rabique (souche E.R.A.) destiné à préparer des vaccins antirabiques utilisables par voie orale.


d. Ingestion

Ce mode de transmission du virus rabique peut être reproduit au laboratoire. Dans les conditions naturelles, il survient parfois chez l’animal (cannibalisme), et très rarement chez l’Homme, même en cas d’ingestion de viande d’animal enragé car la cuisson détruit facilement le virus (au cours de ces dernières années, en France, au moins une cervelle de bovin enragé et deux renards enragés ont été consommés sans répercussion fâcheuse ; on cite cependant classiquement le cas de ce postier africain gourmand, goûtant le liquide sirupeux sucré, pris pour du miel, s’écoulant d’un paquet, et qui est mort de rage car le liquide en question était de la glycérine diluée au demi, d’un prélèvement destiné au diagnostic de la rage et s’écoulant à la suite du bris du flacon. Le renard est une des espèces qui se contamine le plus facilement par voie orale : cette particularité est mise à profit pour le vacciner en lui offrant des appâts contenant un virus rabique modifié.


e. Transmission in utero

Elle a été constatée, dans les conditions naturelles, chez le chien, le lapin, le cobaye et la souris.
La transmission est d’autant plus fréquente que le temps qui sépare la mise-bas, des premiers symptômes, chez la femelle, est plus court ; l’incubation chez le jeune peut être très longue. Cette transmission survient cependant rarement dans les conditions naturelles (sauf peut-être chez M. natalensis, mais ceci demande des recherches complémentaires).


f. Transmission par arthropodes

Il est vraisemblable que dans la nature les arthropodes hématophages piquant des animaux enragés ne jouent aucun rôle dans la transmission de la maladie.
En résumé, la clef de voûte de la transmission de la rage est représentée par la morsure. Cette notion fondamentale nous permettra de comprendre, grâce à l’étude de l’épidémiologie synthétique, plusieurs phénomènes rencontrés au cours de l’étude de l’épidémiologie descriptive.




C. ÉPIDÉMIOLOGIE SYNTHÉTIQUE

La rage est donc une maladie à transmission directe par morsure : tous les facteurs favorisant les rencontres entre animaux et les morsures contribueront à augmenter la fréquence de la maladie. C’est pourquoi, la biologie de l’espèce vectrice principale conditionne les aspects épidémiologiques de la maladie.

1. Rage citadine

Elle est due, le plus souvent, dans beaucoup de pays, aux chiens « errants ». L’existence de tels animaux dans toutes les régions d’un pays lui confère un caractère très dispersé. Par ailleurs, les fugues des chiens enragés sont à l’origine de la contamination d’animaux à plusieurs dizaines de kilomètres du point d’origine du chien enragé.
Enfin, les chaleurs des femelles sont responsables de l’augmentation des rencontres entre mâles et femelles, de combats entre mâles et, par suite, des pics saisonniers de l’incidence de la rage.



2. Rage des animaux sauvages

L’espèce animale vectrice essentielle de la rage dans un pays est, en général, celle qui est la plus sensible et la plus abondante.
Nous garderons comme modèle d’étude la rage vulpine européenne.
Le renard est très sensible au virus rabique vulpin : il faut 40 000 fois moins de virus vulpin pour transmettre la maladie par voie intra musculaire au renard qu’à la souris.
Par ailleurs, parmi les carnivores sauvages en Europe, il constitue l’espèce la plus abondante, s’adaptant à de nombreux biotopes. Compte tenu de sa très haute sensibilité au virus rabique et de sa forte densité de population, le renard joue un rôle fondamental dans la transmission du virus rabique en Europe : pour que la transmission du virus s’effectue, il faut qu’un renard excrétant du virus dans sa salive rencontre un renard sain (ou un autre animal) et le morde : tous les facteurs, biologiques ou autres, qui influent sur le comportement du renard (pour favoriser les rencontres, les batailles...), sur ses déplacements, sur la densité de population vulpine, sont donc responsables de la distribution spatio-temporelle des cas de rage vulpine.
La contamination des autres espèces : autres carnivores sauvages, herbivores sauvages, animaux domestiques, est « secondaire », accessoire, et pourrait être supprimée sans modifier l’évolution de la rage vulpine.

L’épidémiologie de la rage vulpine peut alors être schématisée (figure 7) par un cycle fondamental de circulation du virus au sein de l’espèce vulpine et par un « épiphénomène », d’importance nulle pour le maintien de l’enzootie vulpine (mais très grande pour la santé humaine car près de 95 p. cent des contaminations humaines sont assurées par le relais des animaux domestiques enragés), à savoir la contamination des autres espèces animales.



 
 a. Évolution dans le temps

- Fluctuations saisonnières

* Renard

Les fluctuations saisonnières de l’incidence de la rage du renard, constatées chaque année dans les divers pays atteints, sont directement conditionnées par le cycle de reproduction du renard. En effet, deux périodes dans l’année correspondent à une augmentation de l’activité des animaux, de leurs déplacements, de leurs rencontres et de batailles, donc sont favorables pour la transmission du virus rabique ; il s’agit :
- De la période du rut, qui a lieu de décembre à février, et, dans les semaines suivantes (mars), on enregistre l’incidence mensuelle maximale de l’année.
- Vers l’âge de 4 mois (juillet, août), les jeunes renards prennent leur indépendance et quittent le domaine vital des parents. Au cours des semaines et des mois suivants, les jeunes renards se déplacent à la recherche d’un domaine vital, ce qui conduit à des rencontres avec des adultes « territorialisés », à des combats et, par suite, à cette augmentation progressive de l’incidence mensuelle de la rage, constatée au cours du second semestre.

* Bovins

Pour ces animaux, l’alternance, dans l’année, des périodes de stabulation et de mise à l’herbe, règle les fluctuations saisonnières observées.


- Fluctuations pluriennales

Lorsque la rage atteint une région, le nombre de renards touchés et qui meurent, augmente progressivement pour atteindre un pourcentage de l’ordre de 50 à 75 ; cette période correspond au passage du front de la première vague. La raréfaction des renards dans la région entraîne une chute importante de l’incidence de la rage, voire sa disparition dans la région. Etant donné le rythme de la reproduction dans cette espèce (une mise bas par an avec 4-5 renardeaux en moyenne par portée), les animaux non touchés par la rage vont entraîner en 2, 3 ou 4 ans (en fonction du degré de réduction initiale de la population vulpine), une reconstitution de la densité de population précédant la première vague et les conditions se trouvent alors réunies pour qu’une deuxième vague d’enzootie vulpine se développe.


b. Évolution dans l’espace

- Progression de l’enzootie

La lenteur et la régularité de la progression en tache d’huile de l’enzootie de rage vulpine dépendent de la sédentarité du renard. La majorité de ces animaux possèdent en effet un domaine vital d’une superficie d’environ 400 ha, sur lequel ils se déplacent et vivent. Les domaines vitaux de différents renards peuvent se recouper.
Lorsqu’un renard est contaminé par un autre renard enragé, il va continuer à vivre « normalement » pendant environ 2-3 semaines. A l’issue de ce temps moyen, il commencera à excréter du virus rabique dans sa salive puis, très vite, à exprimer des signes cliniques de rage. Il sera donc capable, pendant un petit nombre de jours, de transmettre le virus rabique aux animaux qu’il rencontrera, en particulier, à un ou plusieurs renards vivant à 2, 3 ou 4 kilomètres de là.
Tout se passe donc comme si, tous les mois environ, le virus était transmis à faible distance (2-4 kms). A la fin de l’année, le virus a progressé, de cette façon, d’environ 25 à 50 kms (environ 12 fois 2 à 4 kms).

- Densité de population vulpine

En région d’enzootie, la densité rabique est proportionnelle à la densité de population vulpine (et dépend aussi de facteurs d’ordre social chez le renard).



8) Epidémiologie de la rage des chiroptères


L’étude sera plus brève. Elle mettra l’accent sur les points originaux de la rage chez ces espèces, par rapport à ce qui a été décrit chez les mammifères terrestres.

A.ÉPIDÉMIOLOGIE DESCRIPTIVE

1.Rage des vampires

Distribution géographique : L’Amérique Centrale, l’Amérique du Sud sauf le Chili.
Espèces infectées : Le plus souvent, Desmodus rotundus (qui vit dans des grottes, des arbres creux, s’alimente la nuit sur les bovins qu’il mord au cou ou d’autres espèces, et qui se déplace sur une vingtaine de kilomètres), mais également d’autres espèces.
Évolution de la maladie : Dans les foyers de rage des vampires, la maladie apparaît chez les bovins sous forme de paralysie ; des vampires sont observés en plein jour ; on trouve des vampires agonisants. La maladie sévit pendant quelques semaines, la taille des foyers étant de l’ordre de quelques kilomètres. On enregistre une progression de la maladie dans l’espace et des fluctuations de l’incidence : la maladie apparaît peu après le début de la saison des pluies et suit, en général, un cycle triennal.

2.Rage des chiroptères non hématophages

Distribution géographique : On la trouve en Amérique du Nord : Etats-Unis (tous les Etats sont touchés : en 1976, 23 p. cent des cas de rage animale ont été enregistrés chez des chauves-souris qui constituent, après la mouffette, le deuxième groupe de vecteurs de la rage), Canada ainsi qu’en Amérique du Sud. De rares cas ont été signalés en Asie. Elle vient d’être identifiée en Australie, où elle a tué deux personnes.
Avant 1985, l’incidence de la rage chez les chauves-souris en Europe était très limitée, 14 cas ayant été recensés en 31 ans (1954-1984). Depuis, on assiste à une explosion du nombre des isolements : de 16 cas en 1985 à 122 en 1986 puis 142 en 1987.
Cette enzootie rabique atteint de nombreux pays (Espagne, France, Royaume-Uni, Pays-Bas, Danemark, Allemagne, Suisse, République Tchèque, Fédération Yougoslave, Turquie, Slovaquie, Pologne, Ukraine et Russie). On peut donc suspecter que tous les pays européens soient atteints. La plupart des cas ont été identifiés entre les mois de juin et d’octobre (92,6 %). Ces mois correspondent à la période d’activité des chauves-souris pendant laquelle les contacts inter- et intra- espèces sont favorisés.
Espèces infectées : De nombreuses espèces, en particulier Tadarida brasiliensis, espèce migratrice. Sur les 39 espèces de chauves-souris qui vivent aux Etats-Unis, 30 ont été trouvées infectées. En Europe du Nord, l’espèce la plus touchée est Eptesicus serotinus.
Évolution de la maladie : L’incidence maximale est observée pendant la belle saison ; la distribution de l’incidence mensuelle est unimodale chez les espèces sédentaires et bimodale chez les espèces migratrices.

B.ÉPIDÉMIOLOGIE ANALYTIQUE

Par rapport à ce qui a déjà été décrit, les particularités essentielles sont :

1.Matières virulentes

Salive : Chez les vampires infectés, le virus rabique peut être présent pendant plusieurs mois dans la salive.
Par ailleurs, il semble qu’il existe des porteurs sains de virus rabique.
Chez les chiroptères non hématophages, l’excrétion virulente salivaire commence, le plus souvent, 2 ou 3 jours avant les premiers symptômes, parfois jusqu’à 12 jours ou plus, avant. Il semble qu’il n’y ait pas de porteurs sains chez les chiroptères non hématophages.
Urines, mucus nasal, graisse brune interscapulaire : Le virus rabique peut être isolé de ces différentes substances.

2.Réceptivité

Vampires : Chez ces animaux peut évoluer une maladie mortelle classique, ou une maladie curable, ou enfin une infection inapparente avec excrétion salivaire de virus.
Chiroptères non hématophages : On peut signaler, chez les chiroptères hibernants, une latence du virus pendant l’hibernation et sa multiplication lors de la reprise d’activité de l’hôte, au printemps.

3.Modes de transmission

Morsure : La morsure demeure le mode essentiel de transmission de la rage pour les vampires, entre eux, aux autres animaux et à l’Homme ; elle intervient également chez les chauves-souris non hématophages, mais à un bien moindre degré (espèces insectivores).
Voie aérienne : Elle semble fréquente dans les grottes peuplées de colonies très importantes (plusieurs millions d’individus) qui produisent un aérosol infectieux à partir du virus excrété dans la salive, le mucus nasal, les urines... L’expérience d’un auteur américain (Constantine), après la mort de G. Menzies, le montre : les 10 coyotes et 12 renards qui avaient été placés pendant un mois dans la grotte du Frio Cave, dans des cages ne permettant que les échanges gazeux, sont morts de rage.
Ingestion : Contamination des jeunes allaités.
In utero : Existe.

C. ÉPIDÉMIOLOGIE SYNTHÉTIQUE

Rage des vampires

La saison des pluies correspond à la période de reproduction au cours de laquelle les mâles se battent, ce qui entraîne une augmentation de l’incidence. Par ailleurs, comme pour le renard, la dynamique de population est responsable du retour triennal du maximum de l’incidence rabique.
Chiroptères non hématophages
L’augmentation de l’incidence pendant la belle saison est due à la reprise de l’activité après l’hibernation, qui est fonction de la température, et à l’augmentation de la population par les jeunes de l’année.
Pour les espèces migratrices, les deux pics de l’incidence sont liés à la fatigue de chaque déplacement, de la recherche du gîte et de nourriture.
Enfin, la diffusion à longue distance est due à l’infection des espèces migratrices.
En résumé, pour ce qui concerne la France, les notions rencontrées au cours de l’étude épidémiologique de la rage vulpine conditionnent la compréhension de la conduite à tenir en présence d’un animal mordeur et des mesures de prophylaxie.


Un rapport sur la rage des chiroptères est consultable sur le site de l’AFSSA : .

Problèmes de santé publique posés par la rage des chiroptères
[Epidémiologie et prophylaxie de la rage humaine en France, Institut Pasteur, 2000]

1. LES CHIROPTERES SAUVAGES

Les chauves-souris sauvages sont des animaux protégés en Europe. Il est interdit de les capturer, les acheter, les détruire, les transporter. Les seules chauves-souris présentes naturellement en France sont des chauves-souris insectivores.
L’épizootie chez les chiroptères apparaît largement distribuée et dispersée géographiquement en France et en Europe. Le cycle de la rage des chauves-souris est indépendant du cycle de la rage des carnivores terrestres. Il n’y a donc pas pour les chauves-souris de zones déclarées infectées ou libres de rage. Toutes les régions sont potentiellement infectées.
Le passage aux mammifères terrestres est possible. En Europe, à ce jour, outre trois cas humains, trois moutons sont morts d’une rage due à EBL1 au Danemark et une fouine en Allemagne.
L’infection par les Lyssavirus des chauves-souris semble pouvoir rester cliniquement silencieuse chez leur hôte habituel pendant longtemps. A cette caractéristique connue pour les chauves-souris, s’ajoute la possibilité, dans l’espèce humaine, d’incubation de longue durée, 27 mois, mise en évidence récemment en Australie.
Reconnaître l’exposition au virus des chauves-souris est parfois difficile. Certaines études américaines ont fait état de la possibilité d’un passage transcutané des variants du virus de la rage circulant chez les chauves-souris. En fait, actuellement, il semble qu’il s’agit le plus souvent de morsures passées inaperçues car de petite taille, indolores et situées dans des régions anatomiques comme le cuir chevelu ou les orteils.
Les vaccins antirabiques à usage humain actuellement disponibles protègent contre le virus de la rage (génotype 1) et ABL (génotype 7), alors qu’ils ne confèrent qu’une protection partielle contre EBL1 et EBL2 et ne protègent que peu ou pas du tout contre les virus Lagos Bat, Duvenhage et Mokola.
L’exposition aux Lyssavirus des chauves-souris augmente lors d’activités qui rapprochent l’Homme des chiroptères : soins, spéléologie…
Les circonstances de la morsure peuvent dans certains cas suggérer la maladie chez la chauve-souris mordeuse. Un changement de comportement avec agression diurne et morsure tenace a été rapporté dans trois des sept cas de chauves-souris positives trouvées en France.

LES CHIROPTÈRES EN CAPTIVITÉ

Les chiroptères en captivité posent également des problèmes de santé publique. Deux exemples récents en France et en Europe en sont l’illustration.
Le premier exemple est fourni par la mise en évidence du virus de la rage chez des chauves-souris dans une colonie de Roussettes Egyptiennes d’un zoo danois. Ces chauves-souris provenaient d’un zoo néerlandais. L’analyse des chauves-souris de la colonie initiale aux Pays-Bas a montré un diagnostic positif en immunofluorescence chez 13 % des animaux sans mortalité particulière. Il apparaît donc nécessaire de prendre des mesures de quarantaine lors de l’introduction de colonies de chauves-souris dans les zoos. De plus, des mesures strictes sont à mettre en place de façon à limiter les possibilités de contact entre les chauves-souris et le public lorsque les animaux sont installés dans le zoo. Il n’existe pas actuellement de diagnostic de l’infection chez les chauves-souris cliniquement saines. La seule indication est la présence d’individus sérologiquement positifs pour EBL1 dans la colonie.
Le deuxième exemple est celui d’une Roussette Egyptienne importée d’Afrique par un grossiste de Bruxelles et vendue par un détaillant de Bordeaux à un particulier demeurant dans le Gard. Cet animal est mort dans un tableau d’encéphalite évoquant la rage. Le diagnostic était positif en immunofluorescence et le séquençage du virus a montré qu’il s’agissait d’un virus Lagos bat. Cent vingt traitements après exposition ont été pratiqués chez des sujets en contact avec cette chauve-souris. Il faut souligner que depuis, six autres chauves-souris de la même espèce et de même provenance ont été trouvées dans un magasin parisien. Le diagnostic de la rage pratiqué chez quatre d’entre elles s’est révélé négatif. Les deux autres animaux sont décédés rapidement après leur arrivée en France et leur cadavre n’a pas été disponible pour le diagnostic. Les chauves-souris en provenance de pays hors de l’Europe font manifestement partie des « nouveaux animaux de compagnie » (NAC). Il faut savoir que ces NAC sont les hôtes de nombreux virus qui peuvent passer dans l’espèce humaine à l’occasion de contacts parfois très proches dans les foyers. La législation française et européenne doit prendre en compte cette évolution du comportement vis-à-vis d’animaux sauvages de façon à limiter le risque de transmission de zoonoses dans l’espèce humaine.



9) Diagnostic

 Il est d’une importance capitale et entraîne une lourde responsabilité du vétérinaire, car de la conclusion dépend l’indication ou non du traitement des personnes contaminées : le vétérinaire doit donc parfaitement savoir ce qu’il doit faire et surtout... ce qu’il ne doit pas faire.
Les éléments cliniques et épidémiologiques du diagnostic sur le terrain peuvent conduire à une suspicion de rage qui devra être vérifiée par le laboratoire, en cas de mort de l’animal.

I - DIAGNOSTIC SUR LE TERRAIN


A.ÉLÉMENTS CLINIQUES


Le diagnostic de la rage sur le terrain est très difficile, étant donné le polymorphisme clinique de la maladie.

D’une façon générale, en région d’enzootie rabique :
Toute modification du comportement habituel d’un animal (agressivité inhabituelle, abattement excessif...), toute gêne de la mastication ou de la déglutition, doivent être considérées comme des éléments de suspicion. Ces éléments doivent être étudiés à la lumière d’informations épidémiologiques recueillies avec soin, dans un contexte clinique plus large permettant d’aboutir à un diagnostic différentiel, au cours de l’observation de l’évolution de la maladie.

Chez l’animal, il n’existe pratiquement pas d’élément clinique critère de rage :
« tout est rage et rien n’est rage ». Seule, l’évolution rapidement mortelle, avec paralysie progressive, possède une très grande valeur diagnostique : c’est pourquoi, il importe de suivre l’évolution de la maladie en entier et de ne pas sacrifier un animal suspect de rage (sauf dans une circonstance, à savoir lorsque son maintien en vie entraîne des risques incontrôlables de contamination de personnes). En effet, sacrifier un animal cliniquement suspect de rage (ou tout simplement mordeur) équivaut à supprimer le meilleur moyen diagnostique d’infirmer la suspicion (par constatation de la guérison ou de la survie de l’animal) ou le meilleur moyen d’affirmer qu’il n’était pas excréteur salivaire de virus (par constatation de son maintien en bonne santé au cours des 15 jours suivant la morsure).
La position des scientifiques vis-à-vis de la possibilité du sacrifice d’un animal suspect de rage a changé au cours du temps, en fonction de l’amélioration de la fiabilité des techniques de diagnostic expérimental de la rage. Initialement proscrit, le sacrifice d’un animal suspect cliniquement de rage est maintenant accepté (voire recommandé par l’Institut Pasteur quand des personnes ont été mordues par un tel animal). Il faut, bien sûr, dans ce cas, soumettre l’encéphale de l’animal sacrifié au laboratoire de diagnostic.

B.ÉLÉMENTS ÉPIDÉMIOLOGIQUES

Parmi ces éléments, il faut retenir le caractère sporadique de la maladie et la très grande rareté d’apparition simultanée de cas cliniques de rage (sauf exposition de plusieurs bovins à un même renard enragé, et encore, dans ce cas, les symptômes apparaissent, le plus souvent, à des dates différentes chez les animaux enragés).
Parmi les informations épidémiologiques à recueillir systématiquement, citons :
L’animal vit-il en région d’enzootie rabique ?
L’animal a-t-il séjourné en région d’enzootie rabique au cours des 12 derniers mois (animaux importés en France, animaux examinés en région indemne de rage mais transportés...) ?
Les conditions de vie de l’animal lui permettent-elles d’avoir été en contact connu (bataille d’un chien avec un renard il y a un mois...) ou inconnu (chien de chasse, bovins au pré...) avec un animal enragé ?
L’animal est-il vacciné contre la rage, comment, depuis quand et avec quelle preuve (certificat) ?
Les éléments d’ordre épidémiologique n’ont qu’une valeur relative (à cause des risques de dissimulation, d’oubli de la part du propriétaire, des échecs de vaccination...) et doivent être retenus surtout dans leurs aspects positifs de renforcement d’une suspicion clinique de rage.

C.DIAGNOSTIC DIFFERENTIEL PAR ESPECE ANIMALE

1.Chien

Rage furieuse

Rage : Changement de comportement, agressivité, crises démentielles, fugues, modification de la voix, impossibilité de la déglutition, paralysies... Evolution mortelle en 3 à 5 jours.
Maladie de Carré : Evolution plus lente, agressivité beaucoup plus faible, signes pulmonaires ou intestinaux préalables...
Toxoplasmose
Maladie d’Aujeszky : Facile, en cas de prurit démentiel à la tête chez un chien qui, sans avoir séjourné en région d’enzootie de rage, a consommé, quelques jours auparavant, de la viande ou des viscères de porc ; plus difficile, en l’absence de prurit ; évolution clinique plus rapide en général dans la maladie d’Aujeszky ; pas d’agressivité, éléments épidémiologiques...
Tétanos : Contractures, crises paroxystiques, pas d’agressivité...
Corps étranger dans l’estomac ou l’intestin : On peut constater des accès de fureur, mais il existe, en plus, des troubles fonctionnels : vomissements, constipation opiniâtre, et l’évolution est différente.
Eventuellement, bien d’autres étiologies (piroplasmose cérébrale, épilepsie, intoxication...) peuvent provoquer des tableaux pouvant prêter à confusion avec une rage furieuse. Par ailleurs, deux maladies peuvent coexister ou se succéder.

Rage paralytique

Maladie de Carré en fin d’évolution : Evolution plus longue en général.
Affections immobilisant la mâchoire inférieure :
Corps étranger dans la gorge : précautions pour l’examen ; radiographie...
Luxation du maxillaire inférieur : mobilisation difficile de la région.
Paralysie de la mâchoire inférieure : absence d’extension de la paralysie aux autres appareils.
Intoxication par métaldéhyde : Paralysie, coma, salivation abondante, mort en 24 heures ou guérison.
Botulisme : Paralysie générale.
Cause traumatique : Compression médullaire (tumeur, accident...) : évolution différente.
Etc.

2.Chat

Rage : Changement de caractère et d’habitudes ; agressivité, paralysies...
Maladie d’Aujeszky : En cas de prurit mutilant à la tête (moins de 50 p. cent des cas), la distinction est facile ; en plus, peu ou pas d’agressivité, évolution clinique plus rapide, éléments épidémiologiques... ; en l’absence de prurit, la distinction est plus délicate.
Corps étranger : Renseignements fournis par un examen clinique très prudent, radiographie...
Angine : Evolution différente, guérison.
Intoxication par métaldéhyde : Cf. chien.
Intoxication par les organo-chlorés : Crises d’excitation avec phases de dépression, trémulations, convulsions...
Etc.

3.Bovins

Rage : Cf. symptômes 
Fièvre vitulaire
Tétanie d’herbage
Corps étranger dans la gorge
Listériose
Intoxication par sels de plomb
Paralysie du pharynx
Etc.

4.Cheval

Encéphalomyélites : Distinction difficile
Coliques : Pas d’agressivité
Tétanos : Contractures

5.Ovins et caprins

Listériose

6.Porc

Maladie d’Aujeszky : Atteint plusieurs animaux ; guérison chez les porcs à l’engrais ou adultes.
Maladie de Talfan, maladie de Teschen : Atteinte de plusieurs animaux ; guérison fréquente pour la maladie de Talfan.
Peste porcine classique sous forme nerveuse : Atteinte de plusieurs animaux.

En résumé :

Le diagnostic clinique et épidémiologique de la rage est difficile ;
La mise en observation d’un animal suspect de rage (ou simplement mordeur) est capitale ;
Les plus grandes précautions sont nécessaires lors de l’examen clinique d’un animal suspect de rage ;
Deux maladies peuvent coexister, une maladie banale et la rage ;
Du vivant de l’animal, il n’existe pas de diagnostic expérimental qui permette rapidement d’avoir une réponse ; celui-ci prend toute sa valeur sur un animal mort.


II - DIAGNOSTIC EXPÉRIMENTAL


A.PRÉLÈVEMENTS

Ils sont effectués sur le cadavre ; en cas de sacrifice par arme à feu, épargner la tête.
Cadavre entier
Pour un animal de petite taille (jusqu’à la fouine), le cadavre entier peut être envoyé au laboratoire de diagnostic.
Tête entière
Ce prélèvement, le plus simple, est à retenir pour les animaux de taille moyenne. La tête sera sectionnée à la base du cou afin de laisser le bulbe rachidien disponible pour le laboratoire.

attention : En France, les conditions d’envoi au laboratoire des prélèvements pour diagnostic de rage ainsi que la nature des laboratoires agréés sont fixées par la réglementation (cf. législation sanitaire).

Encéphale
Dans des cas particuliers (grandes espèces, éloignement du laboratoire...), il est préférable de prélever les centres nerveux, encéphale et bulbe en totalité.
Ces prélèvements doivent être faits avec de grandes précautions pour éviter les contaminations pendant la décérébration.
Dans certains cas particuliers (diagnostics épidémiologiques en série, nécessité de conserver le crâne intact, souci des contaminations humaines, prélèvements effectués sur le terrain loin du laboratoire d’analyse), il est possible de prélever les différentes portions de l’encéphale à l’aide d’un simple chalumeau (« paille ») introduit par le trou occipital, sans décérébration.
Les prélèvements doivent être accompagnés de commémoratifs détaillés et expédiés sous protection du froid.
Au laboratoire, les examens porteront sur la Corne d’Ammon, le cervelet, le bulbe et le cortex (lorsque la tête entière a été envoyée et dans des cas particuliers, la recherche du virus peut porter sur les glandes salivaires).
Différentes techniques peuvent être utilisées. En France, actuellement, les deux seules employées en routine sont l’immunofluorescence et l’inoculation aux cultures cellulaires. Les autres techniques citées ont été antérieurement employées ou sont encore utilisées dans d’autres pays.

B.IMMUNOFLUORESCENCE DIRECTE

Des calques de corne d’Ammon sont soumis à l’action d’un conjugué fluorescent antinucléocapside du virus rabique (les témoins nécessaires sont réalisés pour vérifier le bon fonctionnement de la technique et la spécificité de la réponse).
Les amas d’antigène du virus rabique sont ensuite cherchés au microscope à fluorescence et ils apparaissent sous forme de points plus ou moins gros, colorés en vert brillant sur fond noir, avec un liseré plus lumineux.
Cette réaction possède plusieurs avantages : elle est rapide (la réponse peut être fournie dans la journée), moins onéreuse que les autres techniques et elle fournit d’excellents résultats. A l’AFSSA de Nancy, elle s’est révélée faussement négative dans 2 p. cent des cas de rage en moyenne (sur 13.233 cas de rage).
Chez l’Homme, cette technique peut être appliquée du vivant de la personne suspecte, par coloration d’un calque de cornée, mais elle est difficile à interpréter (fluorescences non spécifiques). Elle est moins sensible que l’immunofluorescence réalisée sur système nerveux.

C.INOCULATION AUX CULTURES CELLULAIRES

L’inoculation à des cultures cellulaires de neuroblastomes a remplacé l’emploi des souris dans la plupart des laboratoires assurant le diagnostic de la rage en Europe de l’Ouest et Amérique du Nord. La réponse est plus rapide mais l’entretien de la lignée cellulaire est relativement délicat.

D.COLORATION DE SELLERS

Le principe est d’appliquer le colorant de Sellers sur un calque encore humide de Corne d’Ammon ; on recherche ensuite, au microscope, les corps de Negri qui apparaissent en rouge violacé. Ce procédé permet une réponse très rapide (dans la demi-heure suivant la réception du prélèvement), mais ne donne pas de bons résultats sur des encéphales qui ne sont pas en excellent état de conservation. Pour cette raison, il a cédé la place à l’immunofluorescence et n’est plus utilisé en France.

E.TEST IMMUNOENZYMATIQUE

Au lieu d’être couplé à un fluorochrome, le sérum antirabique peut être couplé à une enzyme (peroxydase) qui sera révélée par addition de son substrat spécifique. Le matériel suspect (ex. : Corne d’Ammon) est alors déposé dans une cupule plastique dans laquelle est ajouté le sérum marqué. La réaction antigène-anticorps est alors révélée (après lavages successifs) par addition du substrat de l’enzyme. La réaction peut être lue au spectrophotomètre ou même à l’oeil nu.
Cette technique est objective (mesure d’une densité optique) et possède une sensibilité très voisine de l’immunofluorescence sans nécessiter le même entraînement régulier.

F.HISTOPATHOLOGIE

Les coupes d’encéphale sont colorées par une technique (hémalum-éosine, ou technique de Mann...) puis examinées au microscope optique en vue de la recherche des lésions non spécifiques et des lésions spécifiques.
Le délai nécessaire pour la réponse (environ 1 semaine) est plus long qu’avec les techniques précédentes.
Les corps de Negri peuvent manquer, notamment si l’animal a été sacrifié, ou l’examen peut être impossible lorsque le prélèvement a été fixé après un trop long délai.
A l’inverse, il faut distinguer les corps de Negri de formations ou d’inclusions rencontrées chez des animaux sains ou infectés par d’autres virus.
La sensibilité des techniques histologiques est fortement dépendante de l’état de conservation du prélèvement à son arrivée au laboratoire. Sur des prélèvements de routine reçus à l’AFSSA de Nancy., la coloration de Mann sur coupe incluse en paraffine détecte 60 à 95 % des cas de rage. Sur 50 prélèvements de renards enragés en bon état, la même technique détecte 100 % des cas après 5 jours en formol à 20°C et en détecte encore 98 après 20 jours.
Cette technique vient donc en dernière position par ordre décroissant d’intérêt, derrière l’immunofluorescence, l’inoculation aux cultures cellulaires et l’inoculation aux souris.

G.INOCULATION AUX SOURIS

Après broyage, le prélèvement est inoculé par voie intra-cérébrale à des souris de 3 à 4 semaines observées ultérieurement pendant 28 jours au moins.
Pour accélérer l’obtention du résultat, on peut sacrifier deux souris aux jours 6, 12 et 18 et on soumet un calque de leur cerveau à l’immunofluorescence (cette technique peut révéler la présence d’antigène rabique dans le cerveau de souris avant l’apparition des premiers signes de rage).
Elle fournit de très bons résultats mais comporte des inconvénients, en particulier la lenteur de la réponse et le prix de revient.
Ses défaillances chez les animaux enragés sont du même ordre de grandeur que celles de l’immunofluorescence mais ne portent pas sur les mêmes cas : à l’AFSSA de Nancy, une réponse négative a été enregistrée dans 2 p. cent des cas de rage (13 233 cas de rage).

H.AUTRES TECHNIQUES

Des techniques de détection de l’ARN viral (par sondes nucléiques et par amplification de la réaction de polymérisation en chaîne ou P.C.R.) ont été étudiées dans certains laboratoires de recherche. Elles pourraient être proposées aux laboratoires de diagnostic si leur coût, leur délai d’obtention de réponse ou leur spécificité s’avéraient plus intéressants que ceux des techniques actuelles.

En résumé, les techniques utilisées habituellement en France pour le diagnostic de la rage au laboratoire sont l’immunofluorescence et l’inoculation aux cultures cellulaires. Compte tenu des défaillances de chacune de ces techniques, il n’est pas possible de conclure à l’absence de rage au vu des résultats d’une seule technique. Le laboratoire met donc en oeuvre systématiquement ces deux techniques.
Les spécialistes de l’Institut Pasteur de Paris considèrent qu’un animal qui a fourni une réponse négative à ces deux techniques n’hébergeait pas de virus dans ses glandes salivaires et, par conséquent, ne risquait pas d’avoir contaminé une personne mordue.

I.SÉROLOGIE

Différentes techniques sérologiques sont disponibles pour la recherche des anticorps antirabiques : séroneutralisation sur souris ou en culture cellulaire, immunofluorescence indirecte, ELISA...
Ces techniques ne sont guère utilisées pour le diagnostic (uniquement chez l’Homme pour chercher les anticorps antirabiques dans le sang et dans le liquide céphalo-rachidien) mais servent pour contrôler l’immunité post-vaccinale (contrôle obligatoire pour les carnivores domestiques importés en Grande-Bretagne) ou pour des études épidémiologiques. Toutefois, les anticorps monoclonaux sont utilisés chaque fois qu’il est important de reconnaître le type de virus en cause, par exemple lors de cas de rage erratiques (origine géographique de la souche) ou en cas de suspicion de rage vaccinale après utilisation de vaccin à virus vivant.



10) Traitement


chez les animaux


aucun  traitement efficace



chez les humains

traitement après exposition: voir le chapitre  zoonose d'actualité



11) Prophylaxie



A) PROPHYLAXIE SANITAIRE


Les mesures rationnelles de prophylaxie sanitaire découlent des notions d’épidémiologie antérieurement décrites.

I - PAYS INDEMNES


A).RAGE CANINE


    Le principe est d’empêcher l’importation d’un animal en incubation de rage.

Les mesures défensives peuvent consister, selon le niveau de protection désiré :
En une interdiction pure et simple d’importation (ex. : Australie, Nouvelle-Zélande...),
En une mise en quarantaine prolongée (ex. : Grande-Bretagne : 6 mois pour les carnivores domestiques provenant de pays d’enzootie rabique),
En un certificat sanitaire attestant que l’animal est en bonne santé et qu’il provient d’un pays indemne de rage.
     Ces mesures peuvent être efficaces mais certaines connaissent des défaillances (ainsi, quelques cas de rage ont été observés en Grande-Bretagne au cours des dernières décennies sur des animaux importés et soumis à 6 mois de quarantaine) et par ailleurs, sont d’application difficile. C’est pourquoi certains pays ont recours à la prophylaxie médicale, associée ou non aux mesures évoquées ci-dessus (ex. : Grande-Bretagne pour les carnivores domestiques provenant de pays d’enzootie rabique : quarantaine de 6 mois, avec vaccination obligatoire au début de la quarantaine ; actuellement, vaccination avec contrôle sérologique).
En France, les contrôles à l’introduction devraient être renforcés.

B).RAGE DES ANIMAUX SAUVAGES

    Le principe consiste à diminuer fortement la densité de population de l’espèce animale vectrice potentielle dans une bande de terrain assez large le long de la frontière avec le pays où la maladie sévit.
   En fait, l’expérience prouve (progression de la rage vulpine en Europe par exemple) que, sauf cas particuliers de disposition géographique favorable (ex. : le Danemark), les mesures mises en œuvre sont d’une efficacité insuffisante et que l’on ne peut pas protéger un pays indemne contre l’extension d’une rage véhiculée par des animaux sauvages sauf s’il s’agit d’une île ou d’une presqu’île.


II - PAYS INFECTÉS

A.RAGE CANINE

Plan général

     Pour empêcher la transmission du virus rabique par le chien, il importe de limiter les possibilités de rencontre entre animaux de cette espèce, ainsi qu’avec le chat ; par conséquent :
Capture et destruction des chiens et chats errants
Contrôle strict de la circulation des chiens et chats ; en particulier, circulation des chiens tenus en laisse, éventuellement avec muselière,
Par ailleurs, mêmes mesures qu’en pays sain vis-à-vis des animaux importés.

Plan individuel

     Mesures vis-à-vis des différentes catégories d’animaux :
Animal sûrement enragé (l’attention est attirée sur la difficulté d’être sûr qu’un animal est enragé) : Sacrifice immédiat.
Animal suspect de rage : Mise en observation pour suivre l’évolution clinique ; si celle-ci risquait d’être la cause de contaminations humaines (animal très dangereux, échappé...) : sacrifice.
Animal contaminé (c’est-à-dire ayant été mordu par, ou ayant eu un contact étroit avec un animal enragé) : Sacrifice ; si l’animal contaminé était en état d’immunité antirabique au moment de la morsure et si l’on peut contrôler correctement ses mouvements au cours des mois suivants, on peut envisager un rappel de vaccination et une conservation de l’animal.
Animal mordeur : Tout animal mordeur doit être mis en observation afin de vérifier l’évolution de son état de santé (possibilité ou non d’excrétion virulente salivaire au moment de la morsure) ; l’O.M.S. prévoit une surveillance pendant 10 jours ; En France, : 15 jours (cf. législation sanitaire).
     La mise en œuvre de l’ensemble de ces mesures fournit d’excellents résultats dans tous les pays possédant un système sanitaire bien structuré. Elles ont permis de faire disparaître la rage canine de la quasi totalité des pays d’Europe, des Etats-Unis, du Canada...  
En revanche, leur application se heurte à de très grandes difficultés techniques et
financières dans différents pays d’Afrique et d’Asie et au nombre très élevé de chiens errants.

B.RAGE DES ANIMAUX SAUVAGES TERRESTRES

     Le principe fondamental est de limiter la densité de population de l’espèce sauvage responsable de la transmission du virus et, si possible, de la faire descendre au-dessous du seuil de densité permettant la transmission du virus. Nous prendrons comme exemple la rage vulpine.
Pour la rage vulpine, le seuil de densité n’est pas connu exactement ; il a été estimé par certains aux environs de 0,2 renard par km?, soit un renard pour 500 hectares.

Techniques de réduction de la population vulpine

   L’emploi de certaines de ces techniques (piégeage, gazage des terriers, tir, toxiques), diversement combinées, conduit à un indéniable résultat favorable : la diminution du nombre de cas de rage du renard et des animaux domestiques ainsi que, en corollaire, la diminution du nombre des contaminations de l’Homme.
      Cependant, elles connaissent des limites : plus le pourcentage d’animaux éliminés augmente, plus il devient difficile et onéreux de supprimer d’autres animaux. Or, en zone favorable à la transmission de la rage, il faudrait éliminer au moins 75 p. cent des renards pour se rapprocher d’une densité de population vulpine ne permettant plus à l’enzootie de se maintenir ; un tel pourcentage ne peut pas être obtenu par les seules mesures de contrôle des populations du renard sans mise en œuvre de moyens très onéreux ; il peut l’être sous l’action combinée du passage du front de l’enzootie et des mesures de contrôle. Mais, ensuite, la population se reconstitue et il serait nécessaire d’appliquer chaque année une pression de limitation de population très soutenue, donc très onéreuse. Aussi, dans la plupart des régions où la densité initiale de population vulpine est élevée, les mesures de réduction de celle-ci, financièrement supportables, sont insuffisantes pour arrêter la transmission du virus et, par suite, arrêter la progression de l’enzootie. Cette impossibilité pratique d’arrêter la marche de l’enzootie est une limite de la prophylaxie sanitaire appliquée aux animaux sauvages qu’il faut connaître.

     Enfin, ces méthodes comportent des inconvénients, dont certains déjà évoqués : prix de revient élevé, parfois faible spécificité, danger éventuel pour l’Homme, etc. Un de leurs inconvénients est le déclenchement d’un réflexe de rejet qu’elles provoquent (ou du moins certaines) chez beaucoup de « défenseurs de la nature » qui vont jusqu’à contrecarrer sur le terrain leur application. Différents arguments sont présentés : augmentation des déplacements des renards dans les zones traitées ; menace de disparition de certaines espèces, en particulier le blaireau ; nécessité d’un abord plus écologique de la lutte contre la rage vulpine, etc.
Pour cette raison, la réduction des populations vulpines a été délaissée au profit de la vaccination du renard.
Aspect écologique
La limitation des populations de renard peut être obtenue par d’autres techniques que celles envisagées ci-dessus. Exemple : le contrôle des décharges publiques et des ordures qui constituent des sources alimentaires importantes pour le renard.

Information

Par les différents moyens disponibles: radio, presse...fournir périodiquement des informations sans passion sur :
Les zones d’enzootie rabique,
Les grandes lignes de la maladie, de sa transmission, des précautions à prendre,
La conduite à tenir vis-à-vis des animaux sauvages rencontrés en zone d’enzootie, d’une morsure...

Contrôle des animaux domestiques

Etant donné l’existence de cas de rage des carnivores domestiques lors de rage vulpine et le risque de voir s’instaurer un cycle indépendant de rage canine, il est nécessaire d’appliquer également les mesures décrites dans le paragraphe concernant la rage canine en pays infecté.

     En résumé, force est de reconnaître les difficultés majeures rencontrées pour tenter de contrôler d’une manière durable l’espèce vulpine qui possède :
Une capacité d’adaptation à une variété étonnante d’habitats (des déserts aux banlieues des grandes villes),
Un taux de reproduction très élevé pour une espèce de ce type : maturité sexuelle à 10 mois, 4,5 embryons par femelle et par an, stérilité quasi nulle, etc.
    C’est pourquoi, les efforts se sont orientés en Europe, vers la vaccination du renard par voie orale, accompagnée de mesures modérées de limitation des populations vulpines.

C.RAGE DES VAMPIRES

Indépendamment des méthodes classiques (fumigations toxiques, piégeage au filet...), on a proposé plus récemment le recours aux anticoagulants pour limiter les populations de vampires. Deux produits ont été étudiés:
      La diphénadione : Cet anticoagulant est injecté aux bovins (qui y sont peu sensibles) et se trouve absorbé par les vampires au cours de leur repas de sang. La quantité de sang prélevée par un vampire (15 ml) est largement suffisante pour que la dose absorbée soit létale pour lui.
      La chlorophacinone : Cet anticoagulant rémanent, mélangé avec de la vaseline, est déposé sur la peau de vampires capturés ; ceux-ci, après leur libération, vont polluer d’autres vampires par contact corporel ou toilette collective et tous ces animaux meurent.

Ces techniques ont fait la preuve de leur efficacité, mais elles exigent beaucoup de manipulations (injections aux bovins ou captures de vampires) et doivent être répétées tous les 2 ou 3 ans, car, comme pour les renards, les populations de vampires se reconstituent à partir des individus épargnés.


B)PROPHYLAXIE MÉDICALE


I - LES VACCINS

     De nombreux types de vaccins ont été préparés depuis les premiers travaux de Pasteur.
Ces vaccins peuvent être classés en fonction du substrat servant à la production du virus (animaux, œuf embryonné, culture cellulaire) et distingués en vaccins à virus vivant ou à virus inactivé.
Pour mémoire, on peut citer les vaccins préparés à partir d’encéphale d’animaux adultes (vaccin de type Fermi ou de type Semple) ou d’animaux nouveau-nés, encore utilisés dans certains pays.
Certains pays utilisent des souches vivantes modifiées par passages sur œuf embryonné.
Exemple : Vaccins Flury
L.E.P. : 40-50 passages en œuf embryonné ; lyophilisé ; destiné à la vaccination du chien de plus de 3 mois.
H.E.P. : 180 passages en œuf embryonné ; lyophilisé ; destiné à la vaccination du chien, des bovins et du chat (accidents possibles chez ce dernier).
     En France, à l’heure actuelle, les vaccins utilisés chez les animaux domestiques sont à base de virus rabique produit en culture cellulaire, puis inactivé, et adjuvé ou non.
Pour la vaccination des animaux sauvages, et en particulier du renard, on utilise des vaccins à virus vivant, atténué, ou des vaccins préparés par génie génétique.
Vaccin S.A.D. B19 utilisé pour la vaccination orale des renards (fabriqué en Allemagne).
Vaccin S.A.G.2 (mutant obtenu au C.N.R.S. à Gif-sur-Yvette), utilisé pour la vaccination orale du renard (Laboratoire Virbac).
    Plusieurs vaccins antirabiques ont été obtenus par les techniques du génie génétique. Le seul dont l’efficacité ait été prouvée sur un grand nombre d’animaux est, à ce jour, celui incorporant le gène de la glycoprotéine de la souche rabique « ERA » dans le génome d’un virus de la vaccine (souche Copenhague, thymidine kinase-). Le virus de la vaccine est, lui-même, multiplié ensuite sur cellules VERO. Ce vaccin est aussi efficace par voie orale, pour le renard, que la souche « SAD » et ne semble présenter aucun danger pour les espèces « non cibles » de la vaccination (vaccin recombinant vaccine-rage, Laboratoire Mérial).

COMPARAISON GÉNÉRALE DES DIFFÉ-RENTS TYPES DE VACCINS

D’une façon générale,

Les vaccins à virus inactivé :

sont dépourvus de virulence résiduelle,
sont plus stables,
ont un pouvoir immunogène plus limité s’ils ne contiennent pas d’adjuvant

Les vaccins à virus vivant :

possèdent une virulence résiduelle qui peut s’exprimer pour certaines espèces ou pour certains individus à l’intérieur d’une espèce en principe non sensible,
se révèlent plus fragiles à la chaleur,
possèdent un bon pouvoir immunogène malgré un titre viral beaucoup plus faible que celui des vaccins à virus inactivé (prix de revient inférieur).

Les vaccins produits sur encéphale d’animaux adultes :

renferment des facteurs encéphalitogènes,
risquent d’être d’un pouvoir immunogène limité,
et par conséquent sont abandonnés dans tous les pays disposant d’une technologie suffisante.

Les vaccins produits sur encéphale d’animaux nouveau-nés :

renferment peu (ou pas) de facteurs encéphalitogènes,
ont un bon pouvoir immunogène.

Les vaccins produits sur culture cellulaire :

ne renferment pas de facteur encéphalitogène (faible titre en protéines étrangères...) et ont un bon pouvoir immunogène.

Les vaccins produits par génie génétique :

sont dépourvus de toute virulence rabique résiduelle. Mais leur innocuité doit être également évaluée en ce qui concerne le microorganisme porteur (ex. : le virus de la vaccine dans le modèle actuel mais aussi d’autres poxvirus, des adénovirus, etc.).

CONTRÔLE DES VACCINS

Tous les vaccins antirabiques doivent être contrôlés.
Le contrôle des vaccins à virus vivant est, en pratique, réduit à la seule vérification du titre viral. Celui des vaccins à virus inactivé est soit direct (mesure du pouvoir protecteur pour la souris)
soit indirect (mesure du titre en anticorps dans l’espèce cible).
Techniques de contrôle direct sur souris
Test N.I.H. (National Institutes of Health) : encore le plus utilisé actuellement. Un lot de souris reçoit 2 fois à 7 jours d’intervalle différentes dilutions de vaccin à contrôler ; un autre lot de souris reçoit de la même façon du vaccin de référence. Toutes les souris sont éprouvées 7 jours après la 2ème injection, par la même quantité de virus rabique en intra-cérébrale. Pour chaque vaccin, on détermine et on compare ensuite le pouvoir protecteur du vaccin à contrôler à celui du vaccin de référence.
Test de la Pharmacopée Européenne : utilisé par tous les pays du Conseil de l’Europe. Il est basé exactement sur les mêmes principes que le test N.I.H., mais le lot de souris ne reçoit qu’une injection des différentes dilutions de vaccin (au lieu de 2 à 7 jours d’intervalle). Ce test discrimine mieux les vaccins de faible valeur antigénique que ne le fait le test de N.I.H. Il utilise le même vaccin de référence que le N.I.H. et la valeur de ses U.I. est équivalente.
Pour les vaccins à usage vétérinaire, la puissance relative minimale requise par l’O.M.S. est de 0,3 par rapport au vaccin de référence et de 1 par la Pharmacopée Européenne.
 > 0,3 Pour les vaccins à usage humain,
la puissance relative minimale requise est différente selon le protocole de traitement.
Contrôle indirect pour l’espèce cible (sérologique)
Le test consiste à vacciner des animaux de l’espèce à laquelle est destiné le vaccin et à rechercher les anticorps neutralisant le virus dans le sérum, avant et après vaccination, pour constater une conversion sérologique.
Cette conversion doit être au minimum de 0,1 U.I./ml de sérum et par individu d’après les
recommandations du Ministère de l’Agriculture Français.

II - LA VACCINATION DES ANIMAUX DOMESTIQUES

A.EMPLOI DES VACCINS NON AGRÉÉS EN FRANCE (Vaccins à virus vivant)

Ces vaccins sont utilisés dans différents pays étrangers et des animaux importés en France peuvent avoir été vaccinés avec eux.

1.Flury

L.E.P. : Réservé au chien de plus de 3 mois. Une meilleure immunité est obtenue après injection intramusculaire. Après un premier rappel annuel, l’immunité dure 3 ans.
H.E.P. : Chien, chat, bovins ; injection intra-musculaire ; immunité d’un an. De façon exceptionnelle, l’injection de virus L.E.P. au chien et H.E.P. au chat peut entraîner l’évolution d’une rage mortelle.

2.KELEV

Chien de plus de 3 mois et bovins (vaccin très rarement utilisé).

3.ERA
Chien, chat, bovins, cheval et petits ruminants. Injection intramusculaire. Immunité assez longue : 2 ans chez le chat, 3 ans chez le chien, 4 ans chez les bovins. De façon exceptionnelle, l’injection du virus ERA peut entraîner l’évolution de rage mortelle chez le chat, et très exceptionnellement chez les bovins.

B.EMPLOI DES VACCINS AGRÉÉS EN FRANCE


Uniquement des vaccins à virus inactivé.

    Indications :
Tous les animaux sensibles à la rage, vivant en région d’enzootie ou en région menacée, ainsi que ceux devant voyager en zone d’enzootie.

Contre-indications :
Animaux trop jeunes (moins de 3 mois) ou soumis à une thérapeutique immunodépressive.

   Modalités :
La vaccination antirabique des différentes espèces animales est soumise à une réglementation sanitaire en France (cf. ce chapitre). D’une manière générale :

-  Pour les carnivores domestiques  -

Primo-vaccination :

Elle se fait à l’aide d’une seule injection pour les vaccins adjuvés et à l’aide de deux injections (15 à 30 jours d’intervalle) pour les vaccins non adjuvés.
Rappels :

Un premier rappel doit se faire un an après la primovaccination. Le calendrier des rappels ultérieurs est fixé par l’A.M.M. en fonction du dossier du producteur.

-  Pour les herbivores  -

La primovaccination se fait en général à l’aide d’une injection. Un rappel au bout d’un an est recommandé. Le rythme de rappels ultérieurs est fonction du vaccin (rappel biennal pour certains vaccins).
Suites : Elles sont en général bénignes.
    Résultats : L’immunité est maximale 21 jours après la primovaccination ; elle décroît ensuite progressivement mais reste satisfaisante pendant environ un an. L’immunité est plus solide après rappel.

-  Echecs  -

La vaccination antirabique, comme toutes les vaccinations, connaît des échecs ; ceux-ci peuvent cependant avoir des conséquences plus graves que ceux des autres vaccinations. On peut analyser les causes de ces échecs :

Mauvais lot de vaccin :
Cette cause devrait être relativement rare, dans la mesure où chaque lot est contrôlé par le fabricant et, en France, par un laboratoire d’Etat.

Mauvaise conservation d’un bon lot :
Aux Etats-Unis, une enquête chez des praticiens a montré que 20 p. cent des vaccins ayant donné satisfaction lors du contrôle initial, avaient été mal conservés et se révélaient insuffisamment immunogènes.

Mauvaise utilisation d’un vaccin bien préparé, bien conservé :
Emploi sur des animaux trop jeunes, issus de mère vaccinée ou sur des animaux sous corticothérapie,
Une seule injection au lieu de deux pour les vaccins à virus inactivé non adjuvés,
Deux injections mais à quelques jours d’intervalle seulement.
Déficit immunitaire de certains animaux ; on peut rapporter à cette cause l’apparition de la rage chez un chien qui était vacciné annuellement depuis 4 ans et demi [Blancou et coll.].

Faux-échec :
il s’agit de la vaccination d’animaux qui sont déjà en incubation de rage.


C.PROBLÈMES POSÉS PAR LA VACCINATION DES ANIMAUX DOMESTIQUES


Elimination salivaire de virus rabique par des animaux vaccinés, puis contaminés et exprimant une rage clinique mortelle
De tels animaux éliminent plus rarement que les sujets non vaccinés du virus dans leur salive mais certains d’entre eux hébergent néanmoins du virus dans leurs glandes salivaires : la prudence conduit donc à considérer les animaux enragés malgré la vaccination, exactement comme des animaux enragés non vaccinés.
Elimination salivaire du virus rabique par des animaux vaccinés, puis contaminés mais demeurant cliniquement normaux
Le risque d’excrétion salivaire chez de tels animaux est certainement très faible. Des expériences de Bindrich et Schmidt avaient démontré une telle excrétion salivaire, mais elles sont critiquables car les conditions expérimentales s’éloignaient beaucoup de ce que l’on rencontre en pratique (en particulier, l’épreuve était réalisée avec une quantité massive de virus contenue dans deux grammes de cerveau d’animal enragé). Cependant, certaines observations dans les conditions naturelles (en particulier, Durand, 1930, mais également d’autres auteurs), font état de la transmission de la rage à l’Homme par des animaux vaccinés et demeurant cliniquement sains.
Conduite à tenir devant un animal vacciné, puis contaminé
Nous venons de voir qu’un animal vacciné puis contaminé pouvait, dans des circonstances exceptionnelles, développer la rage en cas de rupture de l’immunité (toutes causes tenant à la qualité du vaccin, à sa conservation ou aux modalités de son utilisation étant exclues).
Pour être sûr de ne pas courir ce risque éventuel, avec ses conséquences pour l’Homme, on peut envisager le sacrifice de l’animal.
Une autre solution consiste à effectuer une injection vaccinale de rappel le plus tôt possible et à surveiller l’animal au cours des mois suivants ; dans ce cas, et notamment si la contamination a été très sévère, tous les risques ne sont pas supprimés. Cependant, il a été démontré en pratique, en France,
que sur plus de 1 000 chiens vaccinés, sûrement contaminés de rage vulpine,
aucun n’avait présenté de rage après ces mesures conservatoires.

Conduite à tenir devant un animal contaminé, non vacciné
Chez l’animal, il ne faut en aucun cas commencer une vaccination après la contamination. La vaccination risquerait (comme parfois chez l’Homme), de ne pas être efficace et de ne pas empêcher l’apparition de la maladie (d’où le danger pour l’Homme) ; lorsqu’un troupeau a été en contact avec un animal enragé (ex. : troupeau de moutons), on peut vacciner les animaux ne portant pas de traces de morsures.
Estimation de l’ordre de priorité de vaccination des diverses espèces domestiques
La vaccination antirabique se justifie d’autant plus que les mesures de protection sanitaire sont insuffisantes pour empêcher la contamination des animaux ; par suite, on trouve en priorité les bovins que l’on ne peut pas protéger, autrement, des contaminations au pré, par les renards enragés ; puis le chat, dont les déplacements sont plus difficiles à contrôler que ceux du chien en milieu rural ; enfin les chiens, et parmi eux ceux qui sont fortement exposés à des rencontres avec les animaux sauvages : chiens de chasse, chiens de berger, chiens de ferme...
Efficacité de la vaccination antirabique des animaux domestiques au plan d’un pays
La vaccination antirabique largement appliquée aux animaux domestiques est efficace : différents exemples (chien en Belgique, en Pologne...) montrent qu’elle permet de faire nettement diminuer l’incidence rabique dans l’espèce considérée, voire de faire disparaître la rage. En France également, ceci a été flagrant dans les départements où la vaccination antirabique a été largement utilisée pour les bovins.
La vaccination antirabique des animaux domestiques entraîne comme corollaire essentiel la protection de l’Homme puisque la très grande majorité des contaminations de ce dernier dépendent de la rage des animaux domestiques. Cependant, dans un pays d’enzootie de rage vulpine, même si l’on vaccinait la totalité des animaux domestiques, ceci ne changerait strictement rien à l’évolution et à la progression de l’enzootie.

Choix de la nature du vaccin
Quant au support de multiplication du virus : dans la mesure du possible, choisir un vaccin préparé en culture cellulaire.
Vaccin à virus vivant ou inactivé : dans certains pays le choix est décidé par la réglementation (France). Sinon, différents critères doivent être considérés :
La situation épidémiologique du pays,
Le prix de revient des deux types de vaccin,
L’innocuité, la bonne stabilité et le bon pouvoir immunogène des vaccins à virus inactivé, adjuvés,
Le bon pouvoir immunogène des vaccins à virus vivant, lorsqu’ils sont bien conservés.

DES ANIMAUX SAUVAGES
Au cours de ces dernières années, de nombreuses
expériences visant à vacciner le renard contre la rage ont été réalisées avec succès en Europe et en Amérique du Nord. La méthode a également été appliquée en Finlande pour arrêter la rage du chien viverrin. A l’heure actuelle, deux problèmes restent à résoudre : le premier concerne la virulence résiduelle de la souche S.A.D. B19, pour certaines espèces animales en particulier les rongeurs. Il pourrait être résolu par l’emploi de vaccins issus de génie génétique. Le second problème a trait au coût des campagnes (180 F/km?) dont le bénéfice ne peut être assuré que si la rage est éradiquée en quelques années.
En France, à l’heure actuelle, la vaccination par voie orale du renard est utilisée dans les zones frontalières menacées. Elle a entraîné la disparition de la rage vulpine. Deux vaccins sont utilisés : le vaccin recombinant vaccine-rage et la souche SAG2. Ils sont distribués par hélicoptère. Chaque année, la vaccination est effectuée pendant deux périodes : avril-mai et août-octobre. Chaque zone doit être traitée au moins 3 fois.

IV - LA VACCINATION DE L’HOMME

Cf. "Une zoonose d'actualité"


PROPHYLAXIE MÉDICO-SANITAIRE

Dans la rage, il n’existe pas d’incompatibilité entre prophylaxie sanitaire et prophylaxie médicale ; aussi peut-on associer sans difficulté ces deux grandes méthodes de lutte contre la rage.
C’est ce qui est réalisé en France où, à des mesures de prophylaxie sanitaire portant :
Sur les animaux domestiques : capture et sacrifice des chiens et chats errants,
Ou sur les animaux sauvages : contrôle des populations de renard,
sont associées des mesures de vaccination portant sur les animaux sauvages (zone frontalière) et sur les animaux domestiques (vaccination obligatoire des chiens et chats dans certaines situations...,
vaccination recommandée pour les autres espèces).




12) La rage, une zoonose d'actualité.



A) La rage chez l'homme


 
La maladie débute après une période d'incubation d'une trentaine de jours ( variable de 10 jours à plusieurs mois). Quelques prodromes précèdent le tableau clinique; douleurs, fourmillements au siège de la morsure, anxiété....
A la rage humaine s'appliquent les caractères généraux évoqués à propos de la rage animale: expression clinique nerveuse avec excitation psychomotrice; distinction artificielle entre rage spastique ( la plus fréquente), rage furieuse ( ou démentielle) et rage paralytique; polymorphisme clinique; issue régulièrement mortelle. Parmi les symptômes les plus évocateurs ou peut signaler le spasme hydrophobique, propre à l'homme. Les géglutitions de liquides entraînent un spasme pharyngé brutal et très douloureux qui bloque les voies aéro-digestives; cette crise qui se répète à chaque tentative de déglutition d'un liquide, terrorise le malade au point que souvent la seule présentation d'une boisson suffit à la provoquer (hydrophobie). L'hyperesthésie sensoriellepeut être également recherchée en soufflant sur la nuque ou le visage et se traduit par une aérophobie génératrice de frissons, voire de spasmes pharyngés.
Les signes généraux s'aggravent au cours de l'évolution qui est brève ( mort en 3 à 6 jours). La rage peut prendre, en fait, les aspects les plus variés et parfois montrer un tableau tout à fait atypique où l'hyperexcitabilité, l'hydrophobie, les paralysies peuvent manquer, ce qui explique qu'elle peut ne pas être reconnue.


B) Vaccination préventive des personnes ayant un risque élevé d'exposition.



Il est préférable d'utiliser des vaccins préparés sur culture cellulaire pour la vaccination humaine avant exposition car ils présentent moins de risques et sont plus efficaces que les vaccins préparés sur tissus nerveux. La vaccination avant exposition doit être proposée aux sujets ayant un risque élevé d'exposition comme le personnel de laboratoire qui travaille sur le virus rabique, les vétérinaires, les personnes manipulant des animaux ou celles qui sont chargées de surveiller la faune sauvage, ainsi que les autres personnes qui vivent ou qui voyagent dans des secteurs où la rage est endémique.

Cette vaccination doit de préférence se composer de trois doses complètes intramusculaires de vaccin antirabique préparé sur culture de tissus ayant une activité d'au moins 2,5 UI par dose, administrée aux jours 0, 7 et 28 ( à quelques jours près). La présence d'anticorps neutralisants chez les vacinés doit être contrôlée si possible sur des échantillons de sérum prélevés 1 à 3 semaines après la dernière dose. Chez l'adulte, le vaccin doit toujours être administré dans le deltoïde. Chez le jeune enfant, la face antérolatérale de la cuisse est également acceptable. La région fessière ne sera jamais utilisée pour injecter les vaccins, l'administration dans cette zone donnant lieu à des titres en anticorps neutralisants faibles. On a montré que les vaccins préparés sur culture de tissus ou les vaccins purifiés préparés sur embryon de canard ayant une activité d'au moins 2,5 UI par dose provoquent l'apparition d'un titre anticorps satisfaisant si l'administration intradermique de 0,1 ml de vaccins aux jours 0,7 et 28 est bien conduite. Le vaccin reconstitué doit être utilisé en totalité le plus tôt possible.
Chaque dose sera administrée avec une seringue et une aiguille différentes. L'utilisation par voie intradermique est particulièrement intéressante quand les contraintes économiques limitent la disponibilité du vaccin. La vaccination avant exposition au moyen de vaccin préparé sur cellule diploïdes humaines (HDC) administré par voie intradermique sera si possible pratiquée avant le début d'une prophyllaxie antipalustre; en effet, on a montré que le titre anticorps neutralisant est plus faible si le patient est traité par le phosphate de chlorquine. En cas d'impossiblité, le vaccin HDC sera administré par voie intramusculaire.

En cas de risque permanent d'exposition à la rage, il est conseillé de pratiquer régulièrement des injections de rappel. Les rappels seront administrés en fonction des critères suivants:

- toute personne qui travaille sur du virus rabique vivant dans un laboratoire de diagnostic, de recherche ou de production de vaccin, doit tous les 6 mois avoir une sérologie pour déterminer le titre anticorps neutralisants dirigés contre le virus rabique et le rappel administré quand le titre tombe en-dessous de 0,5 UI/ml. Les autorités compétentes doivent faire en sorte que tout le personnel soit convenablement immunisé.

- chez toutes les autres personnes soumises à un risque permanent d'exposition à la rage on pratiquera chaque année un titrage sur un échantillon de sérum des anticorps neutralisants dirigés contre le virus rabique; si le titrage tombe en dessous de 0,5 UI/ml un rappel sera administré. Un certificat de vaccination antirabique avant exposition sera livré et remis à la personne vaccinée, en précisant le type de vaccin utilisé, le fabricant, le numéro du lot, le protocole de vaccination utilisé, le titre en anticorps ( si la sérologie a été faite) et la survenue éventuelle de réactions allergiques.


C)Traitement de l'homme après exposition


GÉNÉRALITÉS

     En cas d’exposition grave à la rage (catégorie III), il est recommandé d’associer le traitement local de la plaie, l’immunisation passive par des immunoglobulines antirabiques et la vaccination. Un nettoyage soigneux et immédiat de la plaie, associé à l’administration d’immunoglobulines antirabiques purifiées d’origine équine ou humaine et à l’injection d’un vaccin antirabique préparé sur culture cellulaire, immédiatement après l’exposition, garantit pratiquement une protection complète, et le risque de complications dues au traitement après exposition est bien moindre qu’avec les vaccins préparés sur tissu cérébral. La grossesse et le jeune âge ne sont jamais des contre-indications à la vaccination antirabique après exposition. Vu que la période d’incubation peut être longue, le sujet qui se présente tardivement pour une évaluation et un traitement, même plusieurs mois après avoir été mordu, doit être traité exactement comme si le contact venait d’avoir lieu.

     Un certain nombre d’éléments doivent être envis agés pour prendre la décision d’administrer ou non un traitement après exposition :
- la nature du contact ;
- la présence de la rage dans la région où le contact a eu lieu ou dans la région d’où vient l’animal ;
- l’espèce animale en cause ;
- l’état clinique de l’animal et s’il est ou non vacciné, le type de vaccin utilisé et la possibilité de placer l’animal en observation ;
- les résultats des tests de laboratoire concernant la recherche de la rage chez l’animal s’ils sont disponibles.

     Une morsure par un chien ou un chat apparemment en bonne santé peut justifier ou non la mise en route du traitement en fonction du risque perçu. Si l’animal impliqué est un vecteur de rage reconnu dans la zone où le contact à eu lieu, le traitement sera mis en route sans jamais attendre les résultats du diagnostic du laboratoire. Si l’animal est présumé enragé, il sera immédiatement euthanasié et son cerveau examiné au laboratoire. La plaie doit être parfaitement traitée et la sérothérapie et la vaccination instituées le plus tôt possible après l’exposition. Si l’espèce impliquée a peu de chances d’être contaminée par la rage, le traitement peut être différé en attendant le résultat des examens de laboratoire à condition que le diagnostic puisse être porté dans les 48 heures. La notification d’un résultat négatif par un laboratoire fiable justifie en général l’arrêt du traitement. Si l’animal impliqué est un chat ou un chien, il doit être placé en observation pendant 10 jours, de préférence sous le contrôle d’un vétérinaire. Le traitement peut être interrompu si l’animal reste en bonne santé pendant cette période. Le Comité estime toutefois que dans le cas d’un contact avec un animal autre qu’un chat ou un chien et qui est présumé enragé, la personne doit recevoir un traitement après exposition complet si l’animal n’est pas disponible et ne peut pas être euthanasié et examiné immédiatement pour la recherche de la rage dans un laboratoire fiable.

TRAITEMENT LOCAL DES PLAIES

     Il importe de traiter localement et rapidement toutes les plaies par morsure et griffure qui pourraient être contaminées par le virus rabique, même si la personne se présente après un certain temps. Les premiers soins recommandés consistent à laver et à nettoyer soigneusement et immédiatement la plaie à l’eau et au savon, ou avec un détergent ou avec d’autres substances ayant une action létale prouvée sur le virus rabique. Les personnes habitant dans des zones infectées par la rage doivent être informées et savoir comment traiter simplement et localement une blessure, et mises en garde contre tout geste qui pourrait contaminer davantage la plaie. On évitera, si possible, de suturer les plaies ; si la suture est nécessaire, on procédera tout autour de la plaie à des infiltrations d’immunoglobulines antirabiques. Si indiqué, ce traitement local sera suivi d’autres traitements comme l’administration d’antibiotiques ou la prévention du tétanos.

ADMINISTRATION D’IMMUNOGLOBULINES ANTIRABIQUES

     Les immunoglobulines antirabiques seront administrées devant toute exposition de catégorie III, et quel que soit le temps écoulé entre l’exposition et le début du traitement. Il existe deux types de préparation d’anticorps antirabiques susceptibles d’être utilisées :
     les immunoglobulines antirabiques humaines et les immunoglobulines antirabiques équines. Avant l’administration d’immunoglobulines d’origine équine, pratiquer un test cutané. La dose recommandée est de 20 UI/kg de poids corporel pour les immunoglobulines humaines et de 40 UI/kg de poids corporel pour les immunoglobulines équines. La plus grande quantité possible sera administrée en infiltration autour des blessures, si l’administration est anatomiquement faisable. Le reste sera administré par voie intramusculaire (région fessière) en une seule dose, qui sera suivie d’une vaccination complète.
Les immunoglobulines antirabiques d’origine équine sont disponibles dans de nombreux pays et sont beaucoup moins coûteuses que celles d’origine humaine. La plupart des préparations d’immunoglobulines équines actuellement disponibles sont hautement purifiées et relativement sûres ; un test cutané doit néanmoins toujours être réalisé préalablement.

ADMINISTRATION DU VACCIN

     Le protocole vaccinal recommandé dans une situation donnée dépend du type et de l’activité du vaccin disponible.

- Un contact avec des rongeurs, des lapins ou des lièvres n’exige pour ainsi dire jamais de traitement antirabique spécifique.
- S’il s’agit d’un chat ou d’un chien apparemment en bonne santé résidant dans un secteur à faible risque ou en provenant, et qu’il est placé en observation, on pourra alors retarder la mise en route du traitement.
- Cette durée d’observation ne s’applique qu’aux chats et aux chiens. A l’exception des espèces en voie de disparition ou menacée, les animaux domestiques et les animaux sauvages présumés enragés seront euthanasiés et leurs tissus examinés par les techniques de laboratoire appropriées.
Zoonoses/Sept. 2001

VACCINS ANTIRABIQUES PRÉPARÉS SUR CULTURES DE TISSUS OU VACCIN PURIFIÉ PRÉPARÉ SUR EMBRYON DE CANARD

L’activité de ces vaccins doit être au moins de 2,5 UI par dose unique humaine. Tous ces vaccins sont
considérés comme également sans danger et efficaces s’ils sont utilisés convenablement. Ils doivent être administrés conformément au calendrier suivant.

- Protocole d’administration par voie intramusculaire
Administrer une dose de vaccin aux jours 0, 3, 7, 14 et 30. Toutes les injections intramusculaires doivent être pratiquées dans le deltoïde ou, chez le petit enfant, dans la face antérolatérale du muscle de la cuisse. Le vaccin ne doit jamais être administré dans la région fessière.
Dans le protocole multisite court, dit protocole 2-1-1, on administre une dose dans le bras droit et une dose dans le bras gauche au jour 0, puis une dose par voie intramusculaire dans le deltoïde aux jours 7 et 21. Le protocole 2-1-1 suscite une réponse précoce en anticorps et peut être particulièrement efficace quand le traitement après exposition ne comporte pas l’administration d’immunoglobulines antirabiques.

- Protocole d’administration par voie intradermique
Administrer une dose (0,1 ml) de chaque côté, soit à l’avant-bras soit au bras, aux jours 0, 3 et 7 et une dose d’un seul côté , aux jours 30 et 90. L’emploi de ce protocole diminue considérablement le coût de la vaccination antirabique, vu que le volume total du  vaccin nécessaire est bien inférieur à celui qui est requis avec les protocoles intramusculaires. Chaque dose sera administrée avec une seringue et une aiguille différentes. Les injections intradermiques ne seront pratiquées que par du personnel qui a été formé à cette technique. Après reconstitution, les flacons de vaccin seront conservés entre 4°C et 8°C et tout le contenu doit être utilisé le plus rapidement possible.



TRAITEMENT APRÈS EXPOSITION DE PERSONNES DÉJÀ VACCINÉES .

- Immunoglobulines antirabiques
Il est apparu que des immunoglobulines antirabiques d’origine équine provoquent des réactions indésirables chez 1 à 6 % des personnes vaccinées, même quand un test de sensibilité a été réalisé avant de les administrer. Le sérum antirabique non purifié sera chaque fois que possible évité.
- Vaccins préparés sur cultures de cellules et vaccin purifié préparé sur embryon de canard Aucune association causale n’a été établie entre ces vaccins et des effets indésirables graves. Une maladie sérique bénigne et des réactions urticariennes ont pu être observées après les rappels de certains de ces vaccins.

PROPHYLAXIE SANITAIRE

     La lutte contre la rage humaine passe obligatoirement par la lutte contre la rage animale puisque cette maladie est une zoonose « exclusive ». Indépendamment du respect des mesures générales de prophylaxie sanitaire (cf. polycopié correspondant), on peut recommander un certain nombre de précautions pour les personnes se trouvant en zone d’enzootie rabique. Il faut désormais distinguer trois situations épidémiologiques : rage des carnivores sauvages terrestres (la moins dangereuse pour l’homme, car la contamination se fait presque toujours dans un contexte « extraordinaire »), la rage canine (la contamination peut être insidieuse, car l’excrétion du virus peut précéder de beaucoup l’apparition des symptômes), la rage des chiroptères (la contamination semble pouvoir être fréquemment insidieuse, l’épidémiologie est mal connue, les voies de transmissions à l’homme restent en partie mal expliquées). En France métropolitaine, aujourd’hui, seul le risque de contamination par une chauve souris reste possible dans l’état actuel des connaissances, mais à ce jour le risque semble infime, ce qui n’est pas le cas aux Etats-Unis.

Pour ces animaux, qui sont protégés en raison du risque de disparition de certaines espèces, aucune mesure de prophylaxie par contrôle des populations n’est actuellement envisagée par les autorités. Dans l’état actuel des connaissances, la présence d’une colonie de chauves-souris comportant des individus enragés ne constitue pas nécessairement un risque pour les riverains. Toutefois, on manque de recul pour proposer une attitude logique dans le cas où une telle situation se présenterait.
En zone d’enzootie, il importe tout spécialement de ne jamais recueillir, caresser ou transporter un animal sauvage, et surtout un renard. Plusieurs exemples ont déjà été signalés en France de personnes ayant dû suivre un traitement antirabique à la suite de contact qu’elles auraient fort bien pu éviter. Les mêmes précautions devront être respectées vis -à-vis des cadavres d’animaux sauvages en zone d’enzootie.
En cas de morsure par un animal d’origine inconnue, il est primordial d’essayer de l’identifier pour qu’il soit soumis à un examen vétérinaire et à la surveillance prévue. En cas de doute, ne jamais hésiter à consulter les services de l’Institut Pasteur ou d’un centre de traitement antirabique du pays, ou si le voyage à l’étranger est court, dès son retour.
L’application de mesures complémentaires médicales et sanitaires dans un pays à structure sanitaire correcte, permet d’éviter l’apparition de la rage chez l’Homme.
Ceci correspond cependant à un minimum. La disparition de la rage animale est le véritable objectif.
























            .                                               L'Ascaridiose                                    .




L'ascaridiose du chien est une parasitose due à la présence et au développement dans l'organisme puis à l'installation dans l'intestin grêle du chien de nématode de grande taille, de l'ordre Ascaridida du genre Toxocara ou Toxascaris.


1)  Généralités



Les ascarides font partie des helminthes les plus fréquents chez les chiots et les femelles. Environ 10 à 20 % des chiens en milieu urbain ou rural sont parasités par des helminthes, cette fréquence atteint environ 60% en chenil.
Les ascarides se trouvent chez les femelles d'une part et chez les jeunes d'autre part, où ils sont responsables de divers troubles cliniques ( toux, diarrhée, vomissements, ballonnement, douleurs abdominales) ou subcliniques ( retard de croissance, fragilité osseuse).
La lutte fait appel à des mesures hygiéniques mais surtout aux traitements réguliers des reproducteurs et des jeunes.
La toxocarose présente une importance en santé publique puisque l'homme peut être infesté par ingestion des oeufs larvés de Toxocara canis.


  -  Morphologie -




Deux espèces d'acarides parasitent le chien : Toxocara canis et Toxocara leonina.

-  La toxocarose due à T.canis, est de loin la plus importante, de par sa fréquence et ses conséquences
chez les chiots.
Toxocara canis est le plus gros des nématodes digestifs du chien. La taille de ces vers est souvent de
l'ordre d'une dizaine de centimètres ( 8 à 15 cm et jusqu'à 10 cm pour le mâle et 18 cm pour la femelle).
Ces vers ont une coloration blanc jaunâtre et possèdent en partie antérieure deux  élargissements cuticulaires,
de forme allongée appelés " ailes céphaliques". L'extrémié antérieure est pourvue de 3 lèvres denticulées permettant
la fixation temporaire du parasite à la paroi digestive.
La présence d'un ventricule glandulaire à l'extrémité de l'oesophage permet de regrouper les parasites du genre toxocara dans la familledes toxocaridae. L'extrémité postérieure des mâles porte un petit appendice.



       Les toxocara sont localisés à l'intestin grêle au satde adulte. Toutefois, 
 du fait de leur musculature, ils sont capables  de se déplacer; on peut alors
 les retrouver dans le duodeum et l'estomac ( d'où ils peuvent être vomis), l
 les canaux    biliaires ou le foie, ou la cavité abdominale s'il y a eu perforation
 du tube digestif. Les formes larvaires présentent des migrations complexes
 dans divers viscères ou organes;
     







     - Cycle du parasite-

Les ascarides ne sont pas hématophages mais consomment une grande quantité de glucose, acides aminés, vitamines, oligo-éléments et de minéraux tels que le calcium et le  phosphore..
Cette spoliation  peut expliquer les troubles osseux constatés chez les chiots fortement infestés et la possiblité de crises convulsives liées à des hypoglycémies.
Les vers peuvent obstruer l'intestin grêle des jeunes carnivores en se mettant en pelotes, d'où des signes d'obstruction ( diarrhée et constipation).
L'irritation digestive qui y est liée peut se traduire par une perforation intestinale et l'apparition d'une péritonite rapidement mortelle.

Les ascarides sont des parasites n'ayant qu'un seul hôte: cycle monoxène.

La prolificité est  très importante, de 20000 à 200000 oeufs par jour et par femelle. Lors
d'une infestation importante, un animal pourra rejeter plusieurs millions d'oeufs par jour. 
Les oeufs de toxocara canis mesurent environ 75 x 90 µm.                     
 Ils sont globuleux et posèdent une coque épaisse, jaunâtre
 et ponctuée. Ils contiennet, au moment de leur émisision, une
seule cellule remplissant la quasi-totalité de l'oeuf.

Les oeufs éliminés avec les selles par les jeunes ou les femelles infestés évoluent dans le milieu extérieur en
3 à 4 semaines pour devenir infestants. Ils sont extrêmement  résistants et survivent à des températures comprises
 entre 10 °C et 45 °C. Ils ne craignent pas la sécheresse ni le milieu liquide. Ils peuvent demeurer infestants
pour les chien  plusieurs années ( 2 à 5 ans).

Lorsque ces oeufs contenant une larve sont ingérés par un jeune carnivore de moins de 6 mois, ils évoluent jusqu'à donner des adultes intestinaux. Les larves libérées dans l'intestin traversent la paroi intestinale, gagnent le foie, puis le coeur par le système circulatoire. Elles atteignent ensuite les poumons via les artères pulmonaires, elles sortent alors des vaisseuax pour entrer dans les alvéoles pulmonaires.
Elles remontent ensuite jusqu'aux bronches puis à la trachée, avant d'être dégluties et de revenir à l'intestin où elles deviennent enfin des adultes et s'accouplent.
Cette migration, dite entéro-pneumo-trachéo-entérale prend 5 semaines. Le passage par les poumons explique les symptômes respiratoires ( toux sans hyperthermie) qui précèdent ou accompagnent les troubles digestifs. Seul ce cycle existe pour Toxocara leonina, tandis que des variations existent pour toxocara canis.

Lorsque les oeufs larvés sont ingérés par des chiens de plus de 6 mois, les larves ont une migration semblables jusqu'aux poumons, mais ne rentrent pas dans les alvéoles et repartent vers le coeur via les veines pulmonaires. Elles sont ensuite distribuées dans tout l'organisme par le système circulatoire.
Elles vont s'enkyster dans de nombreux organes tout en demeurant vivantes. Elles finiront par y mourir, généralement en 1 an environ pour le mâle. Les larves enkystées demeurent  vivantes et infestantes durant plusieurs années ches les femelles.

      - Chez les chiennes -

  Les larves de Toxocara canis sont susceptibles de se "réveiller" lors de la  période d'oestrus ou avant et après la mise-bas. Cette activité parasitaire dépend du cycle hormonal des chiens.
Il s'agit essentiellement des larves enkystées ( en diapause) dans la mamelle, l'utérus ou le tissu musculaire. Les larves qui reprennent leur activité aux alentours de l'oestrus vont gagner les poumons pour reprendre un cycle évolutif classique et donner des vers adultes intestinaux 5 semaines après. Les larves qui se réactivent dans les 15 jours avant et après la mise-bas vont donner des vers adultes d'une part, mais vont surtout infester les chiots soit directement dans l'utérus, avant la naissance, soit après la naissance par l'intermédiaire du colostrum puis du lait.

     - Chez les chiots -

Les larves ayant pénétré avant la naissance ont un cycle classique et aboutissent à la présence d'adultes dès l'âge de 10 jours ( puisque le cycle évolutif à commencé avant la naissance). Les larves ingérées par colostrum ou le lait migrent par le système circulatoire et les poumons avant de donner des adultes intestinaux.

Si un rongeur vient a ingérer un oeuf larvé ( contenant une L2), il hébergera dans ses tissus des larves quiescentes. Il se comporte comme un hôte paraténique. Ce rôle est très important dans l'ascaridose à Toxocara leonina.


                                                                               Cycle de Toxocara canis chez le chien








2)  Epidémiologie

      -  Sources de parasites -

Elles sont constituées du milieu dans lequel se trouvent les oeufs, très résistants, et des chiennes elles-mêmes qui hébergent dans leurs tissus des alrves capables de reprendre leur évolution et d'infester les jeunes carnivores.
La longévité des ascarides est relativement faible. Ils disparaissent naturellement en 4 à 6 mois. Les parasites sont très prolifiques, d'où une importante contamination du milieu.

      - Mode d'infestation -

La connaissance du cycle évolutif de T.canis permet d'identifier les 3 
modalités d'infestation des chiots. Ces derniers peuvent être contaminés
avant même leur naissance par les larves qui étaient enkystées chez leur
mère. Une femelle peut contaminer plusieurs portées successives. Ils
présentent une toxocarose dès la fin de leur première semaine de vie.
Les chiots peuvent s'infester juste après leur naissance et durant environ
10 jours par l'intermédiaire du colostrum puis de lait.
Ils peuvent  enfin s'infester en ingérant des oeufs larvés présents dans leur
environnement. Ces oeufs proviennent des vers formés chez d'autres jeunes
ou de ceux éliminés par des femelles.

      - Existence d'hôtes paraténiques -

Les oeufs présents dans le milieu peuvent être ingérés par d'autres animaux que les chiens et notamment les rongeurs ( rats,souris). Chez ces derniers, les larves gagnent divers organes et s'y enkystent.  Des jeunes chiens chassant et consommant des rongeurs peuvent s'infester.
Ce mode de transmission est la principale modalité évolutice de toxocara leonina.


       - Animaux réceptifs -

Les jeunes carnivores de moins de 6 mois et les femelles hébergent des ascarides adultes. Les chiens mâles de plus de 6 mois sont rarement infestés mais peuvent l'être à l'occasion d'immunodépression passagères. Cette limite de 6 mois est en fait très progressive. En ce qui concerne Toxocara leonina, la facteur âge est moins important et les infestations s'observent à tout âge.


3)  Etude clinique


     -  La toxocarose à T. canis se caractérise par :


. des troubles respiratoires:  toux, avant les autres signes d'appel ( ces signes correspondent au passage des larves des artères pulmonaires dans les alvéoles).
. une atteinte générale: croisance ralentie des chiots, appétit irrégulier, maigreur, pelage terne, piqué, douleurs articulaires ( avec rachitisme et déformations osseuses, surtout chez les grandes races)
. des troubles digestifs: diarrhée ( alternant avec des phases de constipation), mais surtout un ballonement, parfois très marqué et accompagné par des vomissements de paquets de vers. Une élimination des vers dans les matières fécales est possible.
La toxocarose favorise l'apparition d'autres maladies, notamment digestives, telles que les coccidioses. Elle diminue également l'efficacité des vacinations par un effet immunodépresseur.
. Evolution: sont alors possibles : troubles diarrhéiques marqués, choc allergique avec détresse respiratoire Elle peut être fatale pour les animaux lors d' infestations massives. Les pelotes ascaridiennes entraînent l'obstruction de l'intestin accompagné de météorisme, de désordres bactériens ( autointoxication), et parfois d'unedéchirure intestinale conduisant à une péritonite mortelle .Lors de réinfestations successives, des phénomènes d'hypersensiblité peuvent se traduire par la mort de larves en migration pulmonaire avac apparition de signes respiratoires ( toux asthmatiforme). Dans ce cas, il n'y a pas d'adultes intestinaux et les examens coproscopiques restent négatifs. Dans certains cas, lors d'infestations masives, la lyse brutale des ascarides après traitement se solde par la libération de nombreux antigènes au pouvoir allergène important. Des phénomènes d' hypersensiblités. Pour cette raison, il est parfois recommandé de ne traiter une première fois les animaux qu'à demi-dose, avant d'employer la posologie adéquate une semaine plus tard.

       - Lésions -

L'infestation ascaridienne induit localement des lésions d'entérite congestivo-hémorragique. De nombreux vers sont visibles dans l'intestin grêle. Des granulomes d'origine parasitaire peuvent être retrouvés dans divers organes dont les poumons.

      - Diagnostic-

La suspicion clinique est aisée sur des jeunes carnivores venant d'être achetés. Elle doit être confirmée par le diagnostic expérimentale. Au terme de la période prépatente, des oeufs sont éliminés en grande quantité. Un examen coproscopique microscopique permet en général de mettre en évidence les oeufs d'ascarides et de distinguer l'espèce. ( Toxocara ou Toxocaris).



4 )  Méthode de lutte.

      -  Prophylaxie en élevage -

           Mesures défensives en milieu sain ( cas des élevages)

A l'introduction d'un animal, il faut éviter d'introduire un porteur de parasites. Un dépistage coprologique est nécessaire. S'il est positif, un traitement approprié sera mis en oeuvre.

           Circulation dans l'élevage.

Les personnes qui circulent dans un chenil sont susceptibles d'entraîner avec elles des éléments infestants ( par exemple avec de la boue des chaussures). Elles peuvent ainsi les apporter de l'extérieur, ou au contraire les emporter et les véhiculer d'un enclos à l'autre. Ceci explique l'intérêt d'installer un ou plusieurs pédiluves entre les enclos et à l'entrée du chenil. Les désibfectants actifs sur les oeufs sont peu nombreux: formol à 3%, crésyl à 2% ou mélange formol à 3% + CuSO4 à 2 %. L'eau de Javel, les dérivés phénoliques, les iodophores et les ammoniums sont peu actifs.


      - Prophylaxie sanitaire-

Il s'agit de l'hygiène générale de l'élevage. Les oeufs de parasites sont résistants  plusieurs années ( pour les oefs d'ascarides et de trichures).

            Limiter le contamination du milieu.

Eviter le surpeuplement, isoler les jeunes des mères dès que possible et n'amener les mères que pour les tétées.

           Nettoyer le milieu.

- sol ou parcours en terre, terre battue, sable: gravillonner. Le gros gravier laisse passer les oeufs qui évolueront mais seront  inaccessibles aux chiens. Il est possible de retourner la terre pour enfouir les oeufs.

- sol dur ( béton, ciment), niches et cages: le lavage au jet d'eau de façon quotidienne ou biquotidienne est essentiel. Il élimine les matières fécales et un grand nombre d'éléments parasitaires. Le Karcher ou jet d'eau sous pression est plus efficace qu'un simple jet. Il est intéressant d'associer un brossage du sol et des anfractuosités une fois apr semaine.

           Désinfecter le milieu.

Cette désinfection est inutile si elle n'est pas précédée d'un nettoyage.


       - Prophylaxie médicale -

En milieu contaminé, il est nécessaire d'associer des mesures médicales aux actions sanitaires. Ceci contribue à diminuer le taux d'infestation  des animaux.

       - Vermifugation des femelles après la mise bas -

       - Vermifugation des femelles en période de reproduction et début de gestation.


Les femelles sont vermifugées lors des chaleurs, ce qui permet la destruction des vers adultes et une destruction partielles des larves somatiques. Les anthelmintiques nématoticides classiques sont employés dans un but de destruction des adultes, en revanche une activité sur des larves en réveil ou en migration n'est obtenue qu'avec des vermifuges diffusant dans les tissus ( fenbendazole, flubendazole, oxfendazole, lévamisole) et administées plusieurs jours de suite.
Les chiennes et les chattes ont traitées 15 jours après la mise bas puis toutes les 2 semaines jusqu'au sevrage des jeunes ( 8ième semaine).

       - Vermifugation en élevage et chez le propriétaire -

           Traitement des chiots.

Les chiots sont vermifugés dès l'âge de 15 jours ( parfois 10 jours lors de problèmes sévères d'ascaridose), puis tous les 15 jours jusqu'au sevrage. La vermifugation est ensuite mensuelle jusqu'à 6 mois. Loes d'infestation massive, il est possible de traiter en plusieurs fois en commençant à demi_dose durant 2 jours, puis une dose pleine 2-3 jours après , de façon à éviter tout phénomène allergique.
Le rythme de vermifugation des chiots est lié à la présence supposée de larves d'ascarides en migration à divers stades, d'où la possibilité d'apparition de vers dès l'arrêt des traitements. Les vermifugations débutent avant le sevrage du fait des contaminations par le lait maternel.
En milieu sain, la fraquence des traitements peut être allégée avec une vermifugation à 8 semaines, puis une à 12 semaines ( au même moment que les vaccinations).

         Traitements des chiens adultes.

Une vermifugation semestrielle est recommandée en l'absence de dépistage coproscopique.


           - Risques pour l'homme -


Toxocara canis et T. cati ont un potentiel zoonotique, à l'inverse de T. leonina.
D'après les études sérologiques menées chez l'homme T.cati aurait un caractère zoonosique semblable à celui de T. canis: il serait responsable d'un tiers des larva migrans, contre deux tiers pour T. canis. Les oeufs larvés infestants, s'ils sont consommés par un être humain, libèrent une larve qui va migrer un certain temps avant de mourir ( lava migrans ascaridienne). Il s'agit d'une zoonose incomplète ( le parasite meurt) mais qui peut être grave médicalement, notamment lors de migration dans l'encéphale ou au niveau de l'oeil. Les enfants sont les sujets à risque, car des oeufs se trouvent dans leur environnement: jardins publics, bacs à sable, jardins particuliers lors d'achat d'un chiot ou d'un chaton.


5 )  Toxocarose zoonose.

           
                      C'est en 1952 que toxocara canis est identifié chez l'enfant, puis qu'est définie la notion de larva migrans viscérale.
L'homme joue dans la toxocarose le rôle d'un hôte paraténique. Il constitue pour le parasite un cul-de-sac évolutif.

     - Fréquence -

De 1,9 à 4,3 % aux Etats-Unis, 2,6% en Angleterre, 8% dans le sud de la France. Les taux observés dans les pays en voie de développement sont nettement plus élevés, ainsi qu'en milieu rural par rapport  aux zones urbaines.
La proximité des chiens dans l'entourage des enfants est un facteur de risque important. Les enfants sont les plus exposés à l'infestation. Le taux le plus important est observé dans la classe d'âge de 6 à 12 ans.


    - Clinique -

L'infestation se faisant par ingestion d'oeufs (contenant des L2) présents sur le sol, le contact direct avec un chien parasité n'est pas obligatoire.
L'affection se déclare surtout chez  des enfants de 1 à 4 ans ( commémoratifs de pica). Elle prend souvent la forme de petites épidémies.
L'homme ne constitue pas un bon hôte pour les larves qui ne peuvent se développer, mais peuvent néanmoins survivrent 2 ans environ avant de dégénérer.. On tend aujourd'hui à différencier plusieurs types selon les manifestations cliniques et peut être la pathogénie;
- les manifestation de larva migrans viscérales
- les manifestations de larva migrans oculaire
- d'autres manifestations.
Les symptômes sont liés à la migration préférentielle des larves vers le foie, les poumons, le coeur, les yeux et le système nerveux central.


           Larva migrans viscérales

Elles se traduisent par des symptômes généraux: asthénie, courbatures et douleurs musculaires, des troubles de la croissance qu'accompagne un syndrome fébrile.
La gravité des symptômes est liée à la réaction de l'hôte ( granulomes éosinophiles) et au degré de l'infestation.
Un symptôme majeur est l'éosinophilie qui peut atteindre 50 à 80 % de la formule, parfois seul signe marquant l'infestation. Elle s'accompagne souvent d'une leucocytose et d'une hypergammaglobulinémie.
Une hépatomégalie est souvent notée, accompagnée d'une douleur à la palpation.
Des manifestations respiratoires avec l'apparition d'une toux quinteuse et de manifestations asthmatiformes.
L'infestation ascaridienne peut s'accompagner de signes cutanés sous forme d'urticaire prurigineuse. L'évolution se fait en général vers une amélioration spontanée en quelques semaines à quelques mois. Des cas mortels ont été signalés.

            Larva migrans oculaires

La migration oculaire de slarves de T.canis n'est pas rare, avec atteinte de l'oeil par l'artère rétinienne. La toxocarose oculaire représente 7% des uvéites postérieures et 37% de la pathologie rétinienne infantile. Elle peut n'apparaître que plusieurs années après l'infestation. L'affection se manifeste parfois chez des adolescents ou des adultes. En général, l'atteinte est unilatérale.
La lésion la plus fraquente est un granulome rétinien situé à proximité de la tache aveugle souvent confondu avec une tumeur ( rétinoblastome). Le diagnostic est alors posé a postériori par analyse histologique.
On décrit également des affections rétiniennes chroniques et des glaucomes pouvant conduite à la cécité.

          Autres manifestations.

D'autres manifestations, encore mal définies, sont signalées.
Les larves de toxocara canis peuvent coloniser rapidement le système nerveux central.
La présence des parasites dans l'organisme et en particulier dans les poumons, peut entraîner des manifestations de type allergique à tropisme respiratoire ( asthme).




    - Conditions et modes d'infestation -




    Ce sont surtout les très jeunes enfants
de 1 à 4 ans, qui s'infestent en ingérant des oeufs contenant des larves L2. Les oeufs peuvent être retrouvés en de nombreux endroits dont certains sont les plus propices à leur accumulation ou à leur ingestion par les enfants en particulier
les bacs à sable des jardins publics ou divers types de sols.
D'une manière générale, la contamination de l'environnement n'est pas très importante, sauf aux endroits où se produisent de nombreuses défécations canines.
Les oeufs de toxocara canis sont retrouvés beaucoup plus fréquemment sur les zones de promenade des chiens ou dans les élevages.
Ils sont souvent localisés à proximité des excréments, neanmoins la pluie, le ruisellement, les souliers, les pattes des
chiens, les insectes permettent leur dissémination.
Les oeufs de Toxocara canis sont très résistants. En milieu tempéré, ils peuvent rester viables au moins un an et jusqu'à 3 ans et plus dans la terre ou sur l'herbe. De plus, la texture de leur coque les rend très adhérents aux surfaces. Ils sont insensibles  aux procédés habituels de traitement des eaux d'égouts ( 6 mois à 1 an).
Ils résistent 30 minutes à des températures de 65-70 degrés et ne sont que lentement détruits par les fermentations. Ils résistent facilement sous la neige hivernale.
Les oeufs de toxocara canis peuvent donc s'accumuler et se conserver aisément dans les bacs à sable et sur le sol des jardins publics.










L'échinococcose

L'échinococcose alvéolaire est une zoonose provoquée par un taenia: Echinococcus multilocularis.  La forme adulte de ce taenia parasite l'intestin grêle du renard ( et d'autres canidés). Sa larve peut se développer chez l'homme entraînant cette echinococcose alvéolaire.

 

                Cycle du parasite


L'adulte d'echinococcus multilocularis vit dans l'intestin grêle de l'hôte définitif, ai niveau des
glandes de Libekühn, ses crochets étant insérés à la base des villosités. Il mesure 2 à 3 mm
de long.
Le segment ovigère contient plusieurs centaines d'oeufs ellipsoïdes, libérés dans le milieu
extérieur. L'oeuf, dont le diamètre est d'environ 200 µm, contient un embryon hexacanthe
( muni de 6 crochets).
Cet oeuf, ingéré par l'hôte intermédiaire, éclôt dans le tube digestif, la paroi étant détruite
par l'acidité gastrique, franchit la paroi intestinale et migre dans l'organisme via le sang ou la
lymphe. Dans la plupart des cas, l'embryon rejoint la veine porte et se fixe dans le foie. Son développement larvaire va entrainer la formation d'alvéoles qui donnent leur nom à la maladie.
Ces alvéoles sont entourées par une réaction granulomateuses importante.
Plus rarement, des migrations encéphaliques, pulmonaires ou spléniques peuvent se produire.
Une fois la fixation effectuée, le parasite atteint le stade larvaire qui correspond au kyste hydatiques metacestode Ce kyste est muni d'une menbrane interne appelée proligère, à l'origine d'un bourgeonnement (multiplication asexuée) qui donnera naissance à des milliers de protoscolex qui, ingérés par l'hôte définitif, se fixeront à l'intestin grêle de ce dernier pour accomplir le cycle. Les hôtes définitifs d' Échinococcus multilocularis sont avant tout les renards mais aussi le chien et le chat qui ingèrent des proies infestées.
 Le cycle le plus répandu est appelé le cycle sylvatique qui fait intervenir les renards et les petits rongeurs sauvages. On parle de cycle domestique quand un chien ou un chat interviennent.
 Enfin, le cycle erratique fait référence à la contamination humain , l'homme étant une impasse pour le parasite.
La contamination humaine se fait à la faveur de la manipulation de renards, d'ingestion de fruits ou de légumes souillés et, beaucoup plus rarement, en manipulant des carnivores domestiques.







         Echinococcose alvéolaire et zoonose.

L' échinococcose se contracte par la consommation de fruits rouges mais aussi par la manipulation de la terre souillée par des œufs de parasites (provenant des déjections de renards).
Le chien a également un rôle dans la contamination de l'homme bien que son importance soit difficile à quantifier .
La plupart des spécialistes de l'échinococcose considèrent que le chat aurait un rôle très marginal car il est loin d'être un hôte favorable au développement et E. multilocularis.

Une étude publiée en Allemagne en 2004 montre que le risque de contamination par échinococcus est multiplié par 4,2. Le chiffre est de 18 quant il s'agit d'un chien de chassede 6,1 quand l'animal est en liberté dans le jardin, de 5,6 lorsque les animaux ne sont pas vermifugés correctement.  Les agriculteurs ont un risque relatif multiplié par 4,4.
Concernant les chiens citadins le risque est très faible bien que théoriquement existant (si ces animaux capturent un petit rongeur par exemple.)
La vermifugation mensuelle de l'animal supprime le risque de échinococcose et de toxocarose. Un vermifuge contenant du praziquantel sera utilisé.  Sans oublier les simples règles de bon sens comme se laver les mains après avoir caressé un animal.
L' échinococcose demeure une maladie rare mais vu la gravité de cette affection chez l'homme et la proximité de celui-ci avec les chiens, la mise en place de mesures sanitaires est importante.


        Echinococcose humaine


Le nombre de cas d' échinococcose alveolaire est de 15 nouveaux cas parleur . Ce nombre est cependant sous-estimé car , grâce à nos défenses immunitaires , de nombreuses contaminations ne se traduisent pas par une sérologie positive.
Il existe aussi des lésions, dites abortives, qui régressent spontanément.
 Le risque est très dépendant de la présence des renards et à des conditions climatiques (hiver froid et humide ) propres au "berceau" de l'échinococcose ; le Doubs, la Savoie, les Ardennes , le Massif Central et les Alpes.  Le risque n' étant cependant pas totalement absent dans d' autres régions françaises (nord de la France, Normandie...)

L'échinococcose alvéolaire atteint presque exclusivement  le foie ( il est atteint dans 97 % des cas). D'autres localisations sont cependant décrites : péritoine , poumons ainsi que d' autres organes. On parle alors d' extension régionale au de métastases comme dans le cas de un cancer. L' incubation de la maladie est très longue (5 à 10 ans).
Son diagnostic est très difficile et est souvent obtenu après de multiples examens complémentaires. 95 % des patient présentent ou moins trois des facteurs de risques suivants : résidence en zone d'endémie , pratique du jardinage,  profession en rapport avec l' agriculture ou la forêt ,la consommation de salades sauvages (pissenlit), de fruits des bois et possession d'un chien .
Les œufs ingérés se transforment en larves qui vont coloniser le foie et former une pseudo-tumeur au bout de plusieurs années. Les larves peuvent exceptionnellement également atteindre d'autres organes comme les poumons ou le cerveau. Curieusement les enfants semblent épargnés par cette maladie alors que ce sont ceux qui portent le plus les mains à la bouche et se font lécher par les chiens et chats. Leur système immunitaire semble facilement se débarrasser des échinocoques.

L'échinococcose alvéolaire est  donc une maladie grave qui se développe lentement et de manière asymptomatique, autrefois souvent confondues aveccirrhose ou cancer du foie : douleurs abdominales, jaunisse, fièvre, avec augmentation du volume du foie. Le seul traitement curatif existant peut être une intervention chirurgicale avec une éventuelle greffe du foie ( de moins en moins pratiquée). La chirurgie peut être curative, dans le cas de lésions bien délimitées, ou palliative quand celles-ci se localisent à proximité du pédicule hépatique, entraînant des troubles d'excrétion de la bile. L' albendazoleest le seul traitement oral disponible en France pour cette maladie. Il ne fait que ralentir la progression de la maladie, sans l'éradiquer.