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être
hétéroclyte, ayant pour sujet la faune sauvage et
toute
information pouvant s'y rapporter
Le bois du cerf
Les
bois du cerf 
(d'après
les annales de médecine vétérinaire)
INTRODUCTION
Les
cervidés, hormis l'hydropote et le cerf porte-musc, sont les
seuls mammifères à posséder des bois
et cette
caractéristique définit leur famille.
Les
bois sont
des organes annuellement caduques constitués d'os et dont
les
caractéristiques anatomiques, histologiques et
physiologiques
sont
particulières. Le but de cet article est de
regrouper
les connaissances scientifiques sur les bois de cerf. Dans le premier
chapitre, les acquis de la littérature concernant les bois
de
cerf en général sont
présentés. Dans le
deuxième chapitre, le cycle de croissance et son
contrôle
ainsi que l'aspect histologique de la croissance des bois de cerf sont
décrits. Enfin, dans le troisième chapitre, les
diverses
utilisations
du bois de cerf par l'homme sont
présentées.
GENERALITES SUR LES BOIS DE
CERF
Le cerf dans l'histoire
Il
existe de nombreuses représentations du cerf au cours des
âges. Drouard (1980), dans une thèse
intitulée
“Les bois du cerf élaphe”, a
décrit
les
œuvres maîtresses des différentes
époques et
en a tiré une évolution globale. Il a
classé ces
œuvres en deux grandes catégories. La
première
regroupe les représentations à
caractère
essentiellement informatif comme les scènes de chasse des
grottes préhistoriques, les peintures animalières
et les
photographies du XXe siècle. La deuxième
rassemble les
œuvres à caractère symbolique
où la
présence du cerf est souvent liée à
une
légende. Depuis les temps préhistoriques et de
manière différente selon les époques,
les hommes
n’ont cessé de dessiner le cerf, de le graver, de
le
sculpter dans la pierre ou dans le bronze, de le peindre, de le dresser
aux portes des châteaux, de l'inclure dans les objets de
décoration et d'en illuminer des manuscrits.
Les
scientifiques se sont intéressé très
rapidement
aux bois de cerf. Il y a 2300 ans, Aristote décrivit leurs
propriétés dans Historia Animalum et
d'anciens
textes
chinois les décrivent en détail. En 1576,
Turbevile
édita un livre sur la chasse “ The noble art of
venerie or
hunting ” dans lequel figure un large chapitre
consacré
aux bois de cerfs. De multiples observations anecdotiques et
scientifiques à propos de la croissance des bois et de son
contrôle apparaissent dans la littérature.
Taxonomie
Le
cerf est un mammifère appartenant à l'ordre des
ongulés, sous-ordre des ruminants et famille des
cervidés. Il existe 17 genres et 41 espèces de
mammifères
apparentés au cerf. La famille est définie par la
présence de bois, protubérances osseuses
annuellement
caduques. Seuls les mâles
portent ces bois.
Cependant, les
mâles chez l'hydropote et le cerf porte-musc en sont
dépourvus et chez le renne, les femelles
possèdent ces
appendices
(Lincon, 1992). Il arrive que des femelles d’une
espèce
autre que le renne possèdent des bois. Elles ont, le plus
souvent, des anomalies
chromosomiques ou endocriniennes, ou
alors,
subi un traumatisme au niveau du crâne (Haigh et Hudson,
1993).
S’il existe une absence des
bois chez le
mâle, celle-ci
a souvent pour cause une sous-alimentation (Li et Suttie, 1994) ou un
taux de testostérone anormal au cours du jeune âge.
La
ramure (Legendre, 1980)
L'apparition
des bois chez le cerf, selon les observations, serait
corrélée

à la
régression des importantes canines du Dicroceros
(ancêtre des
cervidés). Chez le cerf
élaphe, lequel possède des bois au maximum de leur
complexité ,
ces canines subsistent sous forme abortive, et son appelées
“crocs”.
La morphologie des bois
étant déterminée par le patrimoine
génétique, il
apparaît
très improbable de rencontrer deux cerfs aux ramures
identiques.
Néanmoins, il nous est possible de
décrire un bois de cerf par une série
d'éléments
constants :
- le
merrain compose l'axe des bois et est directement en
prolongement avec
la protubérance osseuse frontale
(pivot).
- la
meule est la jonction entre le pivot et le bois.
-
les andouillers,
ou cors, se
détachent le long du merrain, ont une disposition
constante
et se dirigent généralement vers l'avant. A
l'extrémité supérieure,
le
bois peut présenter plusieurs types d'andouillers: soit une
en grande pointe,
soit deux formant une enfourchure,
soit au moins trois cors qui forment ainsi une empaumure.
Les
cors sont alors nommés épois.
La forme de l'empaumure contribue à la
beauté
du trophée, symbolisant la “ poussée
vers le haut ”. Cette forme
varie beaucoup selon la
disposition des épois qui se placent en “ U
”, en
“ V ” ou en cœur.
L’aspect
extérieur du bois est également sujet
à des variations qui portent
également
sur les différentes “ têtes ”
successives du même animal au cours
de sa vie. Les
granulations qui parsèment sa surface (ou grain) et sa
couleur
permettent de caractériser un bois, et en
font également sa valeur et
sa beauté.
Le
poids du trophée (la ramure) arrivant à
maturité,
sur un bon animal, représente 4 à 5 % du poids
total de
l’animal, soit 4 à 6 kg par bois pour
une
longueur de
0,80 à 1 mètre. L'accroissement annuel de la
ramure se
poursuit alors que la croissance du cerf est terminée. Elle
ralentit vers 8-
10 ans et se stabilise vers 12 ans.
Les velours
Les
bois sont des organes particuliers constitués d'un tissu
osseux
recouvert, au cours de leur croissance, d'un tégument
appelé “velours”. Les
velours
sont
constitués d’un épiderme et
d’un derme
possédant, entre autres, des glandes
sébacées, des
poils, des vaisseaux sanguins et des nerfs. Ils
sont
séparés du tissu osseux en croissance par un
tissu apparenté à un périoste.
Il
n'existe pas de tissu souscutané lâche (hypoderme).
Vascularisation et innervation
Les
bois en croissance ont une vascularisation et une innervation riche. La
vascularisation superficielle des bois, située dans les
velours,
provient des
artères et des veines temporales
superficielles.
Celles-ci possèdent des branches qui fournissent la
vascularisation des parties médiales et latérales
des
bois (Adams, 1979). La vascularisation interne se fait au travers du
pivot. Le drainage lymphatique se réalise en
périphérie, des bois vers le ganglion parotidien
puis les
ganglions rétropharyngés (Barrel et al., 1990).
L'innervation provient principalement des branches
infratrochléaire et zygomaticotemporale du nerf trijumeau.
Il
peut cependant y avoir une innervation secondaire provenant de la
branche dorsale du nerf auriculopalpébral (Adams, 1979;
Woodbury
et Haigh, 1996). Rayner et Ewen (1981) ont montré
qu'iln'existe
pas d'innervation sympathique.
Composition
Les
bois de cerf sont constitués d'un tissu osseux recouvert de
velours au cours de leur croissance. Ce tissu osseux est
décrit
dans la littérature
comme étant
formé d'os spongieux au centre et d'os compact en
périphérie
Rolf et Enderle (1999) ont
défini quatre zones histologiques
différentes
sur une coupe transversale,
organisées de la
périphérie
vers le centre. Une première zone,
sous les velours,
faite d' “ ostéoïde
”; une deuxième
zone appelée “ os ostéonique
” faite d'os compact lamellaire; une
troisième zone dite de “ transition
” entre
l'os ostéonique et l'os trabeculaire; et enfin, une
quatrième zone, centrale, constituée d'os
trabéculaire.La deuxième zone,
également
appelée zone corticale compacte, est majoritairement
décrite dans la littérature
comme étant
formée d'os haversien (présence de remodelage et
description d'ostéons haversiens; Rolf et Enderle,
1999; Lees S, 1982; Rajaram et Ramanathan, 1982).
Lees S (1987) a
mesuré la densité et
le contenu minéral et organique de l’os
des bois de
cerf. Il se
caractérise par sa faible
densité par rapport aux autres tissus
minéralisés
du règne animal. Les mesures de
densité du bois de cerf varient selon les études
d'environ 0.96 à 1.44 g/ml (Hyvärinen et al., 1977)
à 1,74 g/cm3 (Lees S,
1982). Ces variations sont dues aux espèces, âges
et
statuts nutritifs différents des animaux
étudiés.Le contenu minéral
est principalement
constitué par de l'hydroxyapatite (Sayegh et al., 1974).
Propriétés
biomécaniques
Plusieurs
auteurs ont étudié les
propriétés
biomécaniques du tissu osseux compact des bois de cerf.
Seules
les propriétés matérielles (par
opposition aux
propriétés structurelles) ont
été
testées. Ils ont réalisé des tests
monotoniques en
tension et
en flexion, des tests de fluage et des tests de
fatigue
(Currey, 1987;Rajaram et Ramanathan, 1982;Currey, 1989; Brear et al.,
1990; Mauch et al., 1992; Zioupos P et al., 1994 et 1996; Spatz et al.,
1996).
La comparaison des propriétés
biomécaniques des différents os compacts du
règne
animal montre qu'elles varient en fonction du taux de
minéralisation des tissus, de leur porosité et de
leur
organisation. Les bois de cerf sont constitués d'une
abondante
matrice faiblement minéralisée. Les
études ont
montré que les bois de cerf ont un faible module
d'élasticité et une zone de
déformation plastique
large. Les
tests en tension montrent que la
déformation
plastique au moment de la fracture (déformation maximale)
est de
2.5-5 %, ce qui représente une
valeur
élevée en
comparaison aux autres tissus hautement
minéralisés qui
se déforment de 1-3 %. Ces mêmes tests montrent
que la
contrainte exercée au point de déformation
maximale est
de deux tiers supérieure à celle qui est
exercée
pour atteindre la limite d'élasticité. Elle
n'est
que
de 10 % supérieure pour les tissus hautement
minéralisés. Le bois de cerf
posséderait la
capacité de limiter l'extension des microfractures
apparaissant
dans la zone de déformation plastique et de retarder la
fracture
finale. Ce matériau est donc capable d'absorber une grande
quantité d'énergie avant rupture. Il est
très
résistant aux chocs et possède une
résilience
élevée.
Fonction
des bois
La
fonction des bois est sujette à de nombreuses
spéculations. Ils servent principalement à
l'expression
du statut social, aux combats (entre les
cerfs mâles
ou contre les prédateurs) et comme organe dissipateur des
phéromones.
Ils
sont accessoirement utilisés pour faire tomber les fruits
des
arbres et se gratter le dos par exemple. Le rôle potentiel de
laramure dans le contrôle de la température
corporelle a
été démenti par plusieurs
études (Hove et
Steen, 1978; Rayner et Ewen, 1981).
CYCLE, CONTROLE ET HISTOLOGIE
DE LA CROISSANCE DES BOIS DE CERF
Cycle
de la croissance
Chez
les mammifères, les bois de cervidés
représentent
le seul organe capable de se régénérer
entièrement. Dans les pays tempérés
où les
différentes saisons sont bien distinctes, les bois tombent
et se
régénèrent une fois par an. Pendant la
croissance,
il est remarquable que le tissu osseux ainsi que les
différents
tissus constituant les velours, et notamment les nerfs, croissent
à une vitesse de plus d'un centimètre par jour
Plusieurs étapes majeures se
distinguent dans le cycle de 
croissance
:
la
croissance du pivot chez le jeune cerf, la croissance des
premiers bois, la perte des velours, la perte des premiers bois et la
régénération des bois suivants.
La
croissance annuelle de la ramure résulte d'une
régénération
des bois
à partir de leur base.
Deux années sont
nécessaires au jeune cerf pour que le cycle devienne
régulier.
Le
pivot ou protubérance frontale
Les
bois, chez le jeune mâle comme chez l'adulte, croissent
à
partir des pivots qui sont des excroissances osseuses permanentes au
niveau de l'os frontal. Ces pivots ont pour origine un
périoste
particulier qui
recouvre l'os frontal dans la
région de
croissance des bois. Le pivot est présent chez le
mâle et
chez la femelle et fait partie de la croissance de la crête
frontale latérale. Cette croissance commence au cours de la
vie
fœtale.
Les pivots deviennent palpables 3
à 5 mois
après la naissance chez le mâle et 14 mois chez la
femelle. Chez le mâle, au fur et à mesure de la
croissance
des bois, le pivot s’élargit chaque
année par une
apposition régulière d'os concentrique, mais sa
hauteur
diminue. La croissance du pivot dépend de facteurs de
croissance
locaux et d’hormones. Le statut nutritif de l'animal est
important car la sous-alimentation et la maladie entraînent
un
retard de croissance (Li et Suttie, 1994).
La
croissance et l'élongation des premiers bois.
Quand
le cerf arrive à sa maturité sexuelle et que les
pivots
atteignent une taille de 5 à 6 cm, la croissance des bois
débute par le biais d'une transition histologique graduelle
de
leur région apicale. Cette transition, d'une structure
osseuse
permanente vers une structure osseuse déciduale est un
phénomène unique chez les mammifères.
Contrairement
aux ramures adultes, chez le jeune cerf, les premiers bois ne peuvent
être considéréscomme une structure en
régénération
puisqu'ils
apparaissent pour la
première fois. Le début de la croissance des bois
correspond à l'âge de la maturité chez
le jeune
cerf car leur initiation nécessite une stimulation
androgène suffisante (Wislocki et al., 1947; Bubenik, 1982 ;
Jaweczwski, 1982).
Cette observation explique l'absence de
bois chez
la femelle. Une fois l'ébauche des bois établie,
leur
élongation commence. La première ramure
est
souvent
petite et les bois ne possèdent pas de couronne
(communément appelée meule) à leur
base. En raison
de la forte demande en calcium,
la croissance des bois
(premiers
bois ainsi que les bois suivants) s'accompagne d'une forme
d'ostéoporose physiologique réversible au niveau
des
os du squelette. Ce phénomène s'observe
également chez la femelle du renne (Baksi et Newbrey, 1989).
En
effet, certains auteurs ont étudié les
changements des
caractéristiques du tissu osseux cortical squelettique
(Hillman
et al., 1973 ; Banks et al.,1968 ; Brown et al., 1978
;Brockstedt-Rasmunsen et al., 1987) notamment à
l’aide de
marqueurs du remodelage osseux (Van der Eems et
al., 1988)
pendant
la croissance des bois chez l'adulte. Baxter et al. (1999) ont
établi une corrélation entre les changements
observés au niveau du squelette et les phases de croissance
des
bois. Ils ont défini deux périodes :
- une première de croissance osseuse spongieuse et
d'élongation des bois et
- une
deuxième de formation d'os compact et de fin de
minéralisation de la ramure.
Ils
ont observé une phase d'ostéoporose
réversible au
niveau des os du squelette pendant la première
période de
croissance des bois, et une
phase de
dépôt osseux
simultané au niveau de la ramure et du squelette au cours de
la
deuxième période.
La
perte des velours
A la
fin de la croissance des bois (juillet-août parfois jusqu'en
octobre en fonction de l'âge de l'animal), l'augmentation du
taux
de testostérone
entraîne un
arrêt de la vascularisation de la ramure et la perte des
velours (Rolf et Fischer, 1996).
L’arrêt
de la vascularisation survient suite à la constriction des
artères. Celle-ci serait due soit à une baisse
préalable du métabolisme tissulaire,
soit
à un
mécanisme direct de constriction des artères
irriguant
les bois qui possèdent des parois musculaires
particulièrement larges apparemment adaptées au
phénomène.
Dès que les
velours commencent
à se dessécher, les cerfs frottent leur ramure
contre des
troncs d’arbres pour s'en débarrasser.
Les
bois sans les velours
La
période pendant laquelle le cerf porte ses bois
débarrassés des velours correspond à
la
période hivernale (septembre à mars). Le
mâle se
sert
de ses bois comme arme en particulier pendant le rut
(septembre-octobre).
Pendant
de nombreuses années, les scientifiques ont
considéré qu’après la
nécrose
spontanée des bois, marquée par la chute des
velours, il
restait sur la tête des cerfs une structure morte (Wislocki,
1942
; Goss et al., 1992, Goss, 1995). Il semblait, en effet, que la
majorité de la vascularisation de la ramure venait des
velours
et non pas de la vascularisation interne des bois (Wislocki, 1942).
Pourtant, Cowan et
al. (1968) et Brown et al. (1975) ont mis
en
évidence l'existence d'un dépôt
minéral dans
la ramure après la perte des velours. Ils supposaient,
alors,
qu'il subsistait une vascularisation interne pendant cette
période. En 1999, Rolf et Fischer ont montré, par
une
étude histologique, qu'il existe une vascularisation bien
développée au centre de la ramure (tissu osseux
spongieux) par des vaisseaux sanguins venant de la base. Ils ont mis en
évidence la présence d'ostéocytes et
d'ostéoblastes actifs déposant une matrice
ostéoïde, ainsi que la formation de microcals
trabéculaires à un stade peu avancé,
ce qui
indiquerait l’existence d'un remodelage osseux selon ces
auteurs.
La
perte des bois
Les
cerfs perdent leurs bois peu avant l'équinoxe de printemps
(mars-avril) quand la testostérone atteint son taux le plus
bas.
De manière générale, le jeune cerf
perd ses bois
plus tard que l'adulte. La perte des bois résulte d'une
érosion ostéoclastique de l'apex du pivot osseux.
Celui-ci devient plus vascularisé et des sinus de
résorption osseuse apparaissent et tendent à
fusionner.
La peau du pivot devient enflammée et
œdémateuse
juste avant la chute. L'ancrage des bois reste cependant
très
ferme jusqu'à peine quelques jours avant celle-ci. Quand les
bois tombent, un bref épisode hémorragique se
produit,
suivi de la cicatrisation de la plaie qui permet la
régénération des bois suivants.
La
croissance des bois suivants
La
croissance des bois suivants se fait à partir des pivots en
adoptant le même type de croissance osseuse que les premiers
bois
et selon un cycle qui devient régulier. Les ramures sont de
plus
en plus longues et massives. La croissance des bois chez l'adulte se
réalise en 120 à 150 jours en fonction des
espèces. Quand le cerf atteint un âge
avancé, la
ramure commence à perdre de l'ampleur, on dit que
“ le
cerf ravale ”.
Contrôle
de la croissance
L'initiation
de la croissance et le cycle des bois est sous l’influence de
plusieurs facteurs . Il est directement en relation avec les
variations
hormonales sexuelles chez le cerf. Dans les espèces vivant
au
niveau des régions
tempérées, le cycle est
directement influencé par les variations
photopériodiques
qui agissent
sur la sécrétion des hormones
stéroïdiennes sexuelles et de l’hormone
de croissance.
La
croissance du pivot et l'initiation de la croissance des bois
La croissance du pivot et des
bois passe par 4 types d'ossification: 
-
intramembrannaire (IMO),
- transitionnelle (OPC),
-
endochondrale du pivot (pECO)
- endochondrale des bois
(aECO).
Le
mécanisme précis par lequel les hormones
androgènes et les facteurs de croissance
contrôlent la
croissance du pivot et des bois n'est pas
précisément
connu, malgré les études
déjà
réalisées sur l'influence de la
testostérone
(Jaczewski, 1982; Goss 1983;
Suttie et al., 1985 et 1995a).
Pourtant, Li et al. (1999) ont réalisé
une
étude qui montre que le facteurde croissance IGF-1
(Insulin-Like
Growth
factor 1) stimule la croissance osseuse des 4 types d'ossification. Il
montre également qu'en présence d'IGF-1, la
testostérone permet la phase de transition et donc
l'initiation
de la croissance des premiers bois chez le jeune
cerf, alors qu'elle joue
un rôle
régulateur négatif au cours du cycle de
croissance des bois suivants.
Li
et al. (1990) ont montré par ailleurs que le tissu en
croissance
de l'apex du pivot osseux est sensible à la
testostérone.
La
croissance des bois
●
La lumière joue un rôle crucial dans le
contrôle du
cycle de croissance des bois. La variation photopériodique
annuelle entraîne deux phases de 6 mois dans ce cycle. Si on
double la fréquence du rythme annuel, on double le cycle et
il
résulte une croissance de deux ramures par an. Si on triple
ou
quadruple la fréquence, il résulte une croissance
(incomplète) de 3 et 4 ramures respectivement. Si la
fréquence devient supérieure à 4 par
an, le cycle
de croissance revient à un rythme annuel. Si par contre le
rythme s’étend sur deux années, les
adultes gardent
un cycle annuel, mais les jeunes cerfs allongent leur cycle de
croissance.
● L'étude du dosage des
profils hormonaux,
des effets de la castration et des effets d’implants de
testostérone prouvent la relation entre les
taux de
testostérone et le cycle de croissance des bois de cerf. Des
hormones sexuelles, seule la testostérone
présente des
variations saisonnières
significatives (Bubenik et
al.,
1991). Chez le jeune cerf, la testostérone est indispensable
à l’initiation de la croissance des bois
à partir
du pivot osseux. Chez la femelle, qui possède le
même
pivot, mais qui ne développe pas de ramure, une
administration
expérimentale de testostérone
entraîne
cette
même initiation. Chez le mâle adulte, le cycle de
croissance des bois commence quand il perd la ramure
précédente.
L’étude
des profils hormonaux
a montré que lorsque que le taux de testostérone
est au
plus bas, aux alentours de l’équinoxe de printemps
(mars-avril),
les bois tombent et une nouvelle ramure se développe
immédiatement (Wisloski et al., 1947 ; Goss, 1983).
Contrairement
à l'initiation de la croissance chez le jeune, la croissance
et
l'élongation de la ramure ont lieu quand le taux de
testostérone est bas. Celui-ci reste bas
jusqu’à la
fin du printemps, voire le début de
l’été,
et permet la croissance rapide et complète de la ramure
(Muir et
al., 1988). Après le solstice
d’été
(mai-juin), le taux de testostérone commence à
augmenter
et entraîne un dépôt d'os cortical en
périphérie de la ramure (Muir et al., 1988). Peu
avant le
rut (juillet-août), le taux atteint presque son
apogée et
la minéralisation se complète (Goss, 1983 ;
Muir
et
al., 1988). Ce changement de statut hormonal entraîne un
arrêt de la vascularisation des bois, les tissus mous se
nécrosent et les
velours tombent. Le cerf garde ses
bois débarrassés des velours jusqu’au
printemps.
La
castration inhibe toute influence de la testostérone sur le
cycle de croissance des bois. La castration d’un jeune cerf
avant
sa maturité supprime la croissance des bois car elle
supprime le
stimulus nécessaire à l'initiation de la
croissance. La
castration chez l’adulte portant des bois en velours
entraîne la rétention d’une ramure en
velours. En
effet, c'est un taux bas en testostérone qui permet la
croissance de la ramure (de mars à juillet-août)
et son
augmentation qui déterminera l'arrêt de la
croissance et
la perte des velours. La castration chez l’adulte portant des
bois “ morts ” entraîne la chute de la
ramure et la
croissance de la suivante qui ne cessera de grandir. Quand elle
atteint
sa taille normale, elle s’épaissit, produit des
nodules et prend une forme anormale.
●
L'oestradiol est l'hormone stéroïdienne responsable
de la
croissance des bois et de leur contrôle chez la femelle du
Renne
(Lincoln et
Tyler, 1999). Le cycle de croissance des bois chez
la
femelle est le même que celui du mâle. Les
variations
saisonnières de l'oestradiol
suivent celle de la
testostérone.
Ainsi,
le mâle et la femelle possèdent leur ramure,
débarrassée des velours, comme, entre autres, une
arme
pendant les périodes de
reproduction et hivernale
au cours desquelles la compétition entre individus est
grande.
●
Autres hormones et facteurs de stimulation
généraux et
locaux Les dosages (Ingram et al., 1999) du taux de cortisol circulant
montrent
que l'activité de la glande
adrénergique
change selon un rythme ultradien, circadien et saisonnier. La
sensibilité de la réponse de cette glande
aux
stimulations de l'ACTH varie au cours de l'année. Pendant la
période de croissance des bois, contrairement à
la
période de reproduction, le taux de cortisol est
à son
taux le plus élevé et la glande
surrénale est plus
sensible aux stimulations de l'ACTH.
Suttie et al. (1985) ont
montré que le taux circulant d'IGF-1 (Insulin-like Growth
Factor-1) est significativement élevé au cours de
la
croissance
des bois adultes. Ce taux est supérieur
aux taux
dosés au cours de la croissance du pivot et des premiers
bois.
Ils montrent également qu'il existe une
corrélation
positive entre la vitesse de croissance des bois et le taux circulant
d'IGF-1. Francis et Suttie (1998) ont, de leur
côté,
démontré
la présence de multiples facteurs de stimulation (IGF-1,
IGF- 2,
TGF beta 2, c-fos, c-myc et betaactin) dans les bois de cerf en
croissance.
Ils confortent l'hypothèse que la
stimulation
paracrine et autocrine joue un rôle important dans le
contrôle de la croissance des bois. Il existe
également
une production locale de 1,25-(OH)2D qui contribue à
l'élévation du taux sanguin en 1,25-(OH)2D au
cours de la
croissance des bois
(Sempere et al., 1989). Très
peu
d'auteurs ont réalisé jusqu'à
présent des
études concernant les Bone Morphogenetic Proteins (Jortikka
et
al.,1993; Feng et al., 1997). Il n'existe pas d'informations sur leurs
caractéristiques et leur rôle éventuel
particulier
dans la stimulation osseuse de la croissance des bois de cerf.
Zhou
et al. (1999) ont démontré la présence
de
polypeptides dans les velours des bois de cerf en croissance. Ces
polypeptides purifiés et
injectés comme
facteurs de
stimulation dans un modèle animal expérimental
(rat)
accélèrent la
régénération osseuse.
Ces peptides auraient
un rôle de facteur de
stimulation de la croissance osseuse.
Sunwoo
et al. (1998) rapportent que les protéoglycans
(glycoaminoglycans, GAGs, liés à une
protéine)
agiraient au niveau de la régulation et de
la
prolifération des chondrocytes. Les protéoglycans
sont un
ensemble majeur de protéines non-collagéniques
dans le
tissu cartilagineux des
bois. Ces auteurs ont
étudié
la présence de GAGs au niveau de la ramure en croissance et
concluent à la présence de chondroïtine
sulfate (90%
de
l'ensemble des acides uroniques) ainsi que de kératan
Sulfate et
d'acide hyaluronique. Cette étude pourtant ne permet pas de
comprendre leur
rôle dans la croissance des bois.
Kierdorf U.
et Kierdorf H (1998) ainsi que Kierdorf U et Bartos (1999) ont
étudié l'injection locale d'acide
rétinoïque
au niveau d'un pivot en croissance. Ils ont montré que
l'injection de ce facteur altère la séquence
spatiale de
croissance du pivot et des premiers bois. Ils supposent qu'il
entraîne une modification de l'information au niveau des
cellules
responsables de la croissance des bois de cerf. Garcia et al. (1997)
ont étudié l'expression de la neurotrophin-3
(NT-3)
à différents niveaux de la ramure en croissance.
La NT-3
est un polypeptide nécessaire à la survie et
à la
différenciation des neurones sensitifs de type
myélinisé proprioceptif.
L'expression la
plus
élevée de ce polypeptide a
été
détectée dans les couches épidermique
et dermique
des velours, là où l'innervation est la plus
dense,
et
particulièrement dans la région apicale de
croissance des
bois. L'existence d'une production de EGF (Epidermal Growth Factor) au
niveau des velours pendant cette même période a
été montrée par Ko et al. (1986).
●
De
toute évidence, la croissance des bois est
également sous
contrôle nerveux. L’inhibition de
l’innervation
autonome parasympathique
(les bois ne possèdent pas
d'innervation sympathique (Rayner et Ewen, 1981)) altère la
forme des bois mais pas leur croissance.
La suppression de
l'innervation périphérique n'inhibe pas la
croissance des
bois, mais influence leur taille. Une étude de
transplantation
du périoste de la région de croissance des bois
vers un
autre endroit du corps montre la croissance d'un tissu osseux difforme
à cet endroit (Goss et powel, 1985; Goss, 1985).
Contrairement
à celle des bois, la croissance du pivot chez le jeune peut
avoir lieu en l'absence d'innervation
périphérique et
autonome sympathique (Suttie et al., 1995b).
● Effet
d’un
traumatisme: Si le pivot ou les bois, à un stade
précoce
de la croissance, subissent un traumatisme, les bois peuvent prendre des
formes
anormales. De même, il apparaît des anomalies
particulières quand un membre ou une partie du corps est
blessé. Marburger et al.
(1972) ont
observé que
lorsqu'une blessure est en voie de cicatrisation et que les bois sont
en croissance, il peut apparaître une anomalie sur le
bois
contralatéral. Cette observation est sûrement en
relation
avec les nerfs sensitifs qui se croisent au niveau de la moelle
épinière. Si le
traumatisme a lieu au
niveau du crâne, l'anomalie se développe sur le
bois ipsilatéral.
●
Lake et al. (1978) ont testé l'application d'un courant
électrique continu de faible intensité pendant la
croissance des bois de cerf. Ils ont observé la
croissance
d'appendices normalement inexistants et grandissant dans des directions
aberrantes. Les bois soumis aux courants électriques avaient
une
taille significativement plus petite par rapport aux
contrôles.
Il
paraît évident que d’autres facteurs
interviennent
dans la croissance des bois de cerf mais ils restent actuellement non
identifiés.
Histologie
de la croissance des bois de cerf
La
croissance du pivot et des premiers bois se déroule par une
succession d'événements histologiques qui sont
répartis en différentes phases
distinctes
classées en deux divisions majeures : les changements
internes
(non perceptibles de l'extérieur) et les changements
externes
(changements palpables et visibles).
Le périoste de
la région de croissance des bois
La
crête latérale de l'os frontal,
inférieure à
5 mm chez le tout jeune cerf, est constituée d'un os
spongieux
recouvert d'un périoste. Ce périoste
de
la
région de croissance des pivots et des bois est particulier.
Des
expériences de délétion et de
transplantations ont
montré qu'il possède, de
manière
exclusive, le
potentiel de croissance du pivot et des bois (Goss et al.., 1964;
Chapman et al., 1975 ; Goss et Powel, 1985; Goss, 1985 ).
En
référence au nom anglais “ antlers
”
traduisant les “ bois ”, les scientifiques (Li et
al.,
1998), ont décidé d'appeler ce
périoste “
Antlerogenic
Periostum ” ou périoste
antlérogénique.
L'adjectif qualificatif antlérogénique remplace
l'adjectif ostéogénique dans la description de la
croissance des bois de cerf.
La femelle possède le
même
périoste. Celui-ci est à l'origine de la
croissance du
pivot. Mais la femelle ne développe pas de bois, car elle ne
possède pas la stimulation androgène
nécessaire
à l'initiation de leur croissance (Wislocki et al., 1947 ;
Jaczewski, 1982).
Le périoste
antlerogénique est
constitué d'une couche fibreuse externe et d'une couche
cellulaire interne (Goss et Pauwel, 1985). Bien qu'étant de
même apparence histologique et de même
densité
cellulaire, ces deux couches sont plus épaisses au niveau de
la
région de croissance des bois
par rapport aux
couches du
périoste de la région faciale (Li et Suttie,
1994).
Ainsi, pour une même surface, le périoste
antlérogénique possède
une
capacité
supérieure de formation osseuse que le périoste
facial.
Ce périoste est largement vascularisé.
Le
potentiel antlérogénique du périoste
réside dans la couche cellulaire.
Au
cours de la croissance du pivot et des bois, de nombreuses cellules en
mitose ont été exclusivement observées
dans cette
zone (Banks et
Newbrey, 1982a). Ces cellules ont
été
identifiées et nommées par Li et Suttie (1998)
“
Initial Antlerogenic
Cells ” (IACs)
c'est-à-dire les cellules
antlérogéniques initiales.
Le
stade pré-pivot
La
croissance du pivot commence au cours de la vie fœtale. Elle
fait
partie de la croissance de la crête frontale
latérale chez
le mâle et la femelle (Li et Suttie, 1994). Le
périoste de
la région de croissance du pivot recouvre de l'os spongieux
contrairement au périoste de la région faciale
qui
recouvre de l'os compact. Ce périoste
antlérogénique, au moment de la croissance du
pivot, est
hyperplasié alors que le périoste de la
région
faciale est au repos. Les cellules
antlérogéniques se
différencient en ostéoblastes et forment
directement
l'os. Cet os, spongieux, se forme en
région apicale
par une
croissance intramembranaire (IMO) typique (Banks et al., 1983 a, b). La
zone du périoste en contact avec l'os formé se
distingue
de celui-ci par la présence majoritaire de cellules de type
pré-ostéoblaste. Les auteurs observent l'absence
d'ostéoclastes dans l'os spongieux ainsi que
l’absence de
fibres élastiques et de cartilage.
Le
pré-pivot est
donc composé de trois parties, (figure 6) : le
revêtement
cutané (épiderme et derme), le
périoste
fibrillaire et cellulaire, et l'os spongieux.
Le
pivot et la transition de la croissance osseuse intramembrannaire vers
une croissance osseuse endochondrale du pivot
Au
cours de la croissance du pivot, quand sa hauteur atteint 5
à 15
mm et qu'il devient palpable, des groupes isogéniques de
chondrocytes matures apparaissent au niveau des trabécules
osseuses dans leur zone distale. En effet, certaines cellules souches se
trouvant
à l'extrémité de ces
trabécules,se
transforment en chondroblastes plutôt qu'en
ostéoblastes.
Li et al. (1995) ont montré par des expériences
de
culture de cellules en chambre de diffusion, que les cellules souches
ont tendance à se différencier en
ostéoblastes et
à former du tissu osseux spongieux. Ils postulent que la
voie de
différenciation cellulaire par laquelle les cellules souches
se
transforment en chondroblastes plutôt qu'en
ostéoblates,
apparaît suite à un stimulus
extrinsèque. La
pression locale faible en oxygène et la tension
mécanique
seraient en partie responsables du changement dans la voie de
différenciation des cellules souches.
Un tel
phénomène s'observe dans le cas de la
cicatrisation des
fractures où l'interruption de la vascularisation favorise
l'apparition de cellules cartilagineuses par rapport aux cellules
osseuses. Au niveau du pivot, l'étude histologique montre
que
l'apparition des chondroblastes se fait dans une région
apicale
de forte croissance osseuse. La zone apicale des trabécules
est
séparée par des espaces constitués de
tissu
fibreux dans
laquelle les auteurs notent l'absence de cellules
sanguines. En effet, à ce stade de la croissance, le tissu
osseux croît plus vite que les vaisseaux sanguins.
Ce
tissu
osseux, situé en zone distale du pivot, est alors
appeléostéocartilagineux. L'apparition du tissu
ostéocartilagineux marque le
début de la
transition
d'une croissance osseuse intramembrannaire vers une croissance osseuse
endochondrale (Endochondral ossification : ECO). C’est la
phase
d’OPC (Ossification Pattern Change). Suttie et al. (1991) ont
démontré que la phase d'OPC est induite par la
testostérone dès l'âge de la
maturité chez
le jeune cerf. Chez la femelle, la croissance du pivot
s'arrête
avant cette phase par manque de stimulation androgènique. Li
et
al. (1990) ont montré que le tissu en croissance de l'apex
du
pivot osseux est un organe cible de la testostérone
(cf
chap. Contrôle de la croissance).
Le pivot est alors
formé de 4 parties
:
le revêtement cutané, le
périoste, le tissu
ostéocartilagineux et le tissu osseux spongieux.
Quand
le pivot devient visible (20 mm de hauteur), la région
ostéocartilagineuse s’élargit et se
divise en deux
parties superposées : une zone distale
ostéocartilagineuse et une zone proximale osseuse.
Quand
le
pivot atteint 25 à 40 mm de hauteur, la région
ostéocartilagineuse s’agrandit encore et il
apparaît
une région apicale cartilagineuse qui s’organise
en
travées parallèles au grand
axe
(colonnes
cartilagineuses) sous la couche cellulaire du périoste. Les
cellules cartilagineuses proviennent des cellules IACs en division du
périoste.
Elles ne subissent plus, elles
mêmes, de division par la suite mais
seulement
une hypertrophie, contrairement au cartilage somatique. Ainsi, les
cellules en division du périoste donnent naissance
à des
chondroblastes qui s'organisent en colonnes et s'hypertrophient en
chondrocytes. Ceux-ci sécrètent une matrice
cartilagineuse
intercellulaire qui se calcifie très
vite. Quand les chondrocytes
dégénèrent,
ils laissent les travées calcifiées
(trabécules)
qui se couvrent d'ostéoblastes (Rönning et al.,
1990) qui
déposent un tissu osseux spongieux.
Ce tissu
spongieux
possède une orientation longitudinale. Les cellules en
division
du périoste de la région apicale sont
responsables de
l'élongation
du pivot et des bois (ECO), alors que celles du périoste
périphérique sont responsables de leur croissance
(moins
importante) en
largeur (IMO).
Le pivot est alors
formé de
cinq parties: le revêtement cutané, le
périoste, le
tissu cartilagineux, le tissu ostéocartilagineux et le tissu
osseux.
Szuwart
et al. (1995) a divisé le pivot en croissance d'une
manière encore plus précise :
le
revêtement cutané,
le
périoste,
la zone de formation du
cartilage,
la zone d'hypertrophie du cartilage,
la
zone de minéralisation du cartilage,
la zone de
dégénérescence du cartilage,
la
zone primaire d'os spongieux
et la zone secondaire d'os
spongieux
(avec dépôt d'os lamellaire).
A
ce stade, les études histologiques montrent que la
croissance du
pivot, celle des premiers bois ainsi que l'élongation de
ceux-ci, se réalisent
par une croissance osseuse de
type
endochondral (ECO : Endochondral ossification). Tous les changements du
type de croissance osseuse ne se
remarquent pas de
l'extérieur car le revêtement cutané de
la
région de croissance des bois est le même que
celui du
crâne.
Quand le pivot atteint 60 mm de hauteur, la
peau prend l'aspect typique des velours des bois. Cette
transformation se voit de l’extérieur et signale
le
début de la croissance des bois (changement externe). Or, du
point de vue des changements internes, à ce stade, les
changements histologiques
du type de croissance osseuse se
sont déjà opérés.
En
résumé, l'histogénèse du
pivot osseux et
des premiers bois a pour origine les cellules
antlérogéniques du périoste de la
région de
croissance
des bois, et se caractérise par deux
phases distinctes :
-
une phase interne au cours de laquelle le pivot se forme (avec
successivement les phases de croissance osseuse intramembrannaire
(IMO), transitionnelle (OPC) et endochondrale du pivot (pECO)
et
-
une phase externe de croissance osseuse endochondrale des bois qui
signale le début de leur croissance (aECO).
La
croissance osseuse endochondrale et la croissance des bois La
croissance du pivot, l'élongation des premiers bois (Li et
Suttie, 1994),
ainsi que la croissance des bois suivants
(Banks et
al., 1983a,b) semble être, selon les études
histologiques,
de type endochondrale. À l'origine,
certains
auteurs
s'interrogeaient sur l'existence réelle d'une zone de tissu
cartilagineux étant donné la forte
vascularisation de la
zone “cartilagineuse et
ostéocartilagineuse”.
Kuhlman et al., (1963), Frazier et al., (1975) et Banks et al.
(1983a,b) ont très vite démontré par
des
études histologiques ultrastructurales et histochimiques sa
nature cartilagineuse.
D'autres études
histochimiques, plus
récentes (Szuwart et al., 1994, Szuwart et al., 1995;
Barling et
al., 1999), ont démontré la similarité
de
la
croissance osseuse des bois à celle des os du squelette.
L'activité de la phosphatase alcaline (ALKPase) et de la
phosphodiesterase I (PDE I),
sources de phosphate pour le
processus
de minéralisation, augmente dans les zones en
minéralisation et reflète ainsi la formation et
la
maturation du tissu osseux. Ils ont également
montré que
d'autres phosphohydrolases (5'-nucleotidase et nucleoside triphosphate
pyrophosphohydrolase) sont
associées à ce processus de
minéralisation en
étant particulièrement actives. Ces
études
histochimiques ont montré en outre que l'activité
de la
phosphatase alcaline est largement supérieure à
celle qui
est dosée au niveau des plaques de croissance des os du
squelette. Ce qui prouve que la formation osseuse est intense au niveau
des bois. Malgré cette similarité à la
croissance
osseuse endochondrale certaines caractéristiques de la
croissance des bois, comme la vascularisation riche du tissu
cartillagineux, mettent en évidence le caractère
particulier de cette croissance osseuse. Rucklidge et al. (1997)
prétendent que les études biochimiques
déjà
réalisées (Banks et al., 1983; Newbrey et Banks,
1983;
Price et al.,1996) prouvent la nature cartilagineuse de la croissance
des bois de cerf mais ne convainquent pas de la similarité
à la croissance endochondrale. Ils ont
réalisé une
immunoidentification des différents types de
collagène et
ils affirment qu'il ne s'agit pas d'une croissance osseuse
endochondrale typique. En effet, contrairement aux plaques de
croissance, il ne leur a pas été possible de
localiser
les différents types de collagène (I, II, IX, X
et XII)
en fonction des zones de croissance bien qu'ils soient tous
présents dans les tissus. En contraste avec le type de
croissance osseuse endochondrale somatique, Banks et Newbrey et banks
(1983) ont nommé la croissance osseuse des bois de cerf :
croissance osseuse endochondrale modifiée des
mammifères
(modified mammalian endochondral ossification). Rucklidge et al. (1997)
la caractériseraient de “autrement
modifiée”.
Concernant la vascularisation, Li et Suttie (1994) émettent
l'hypothèse que cette croissance osseuse endochondrale
modifiée aurait probablement évolué
pour permettre
une croissance rapide des bois. En effet, si le cartilage, qui
connaît une forte croissance, n'était pas
hautement
vascularisé, les cellules cartilagineuses du centre
manqueraient
de nutriments et le tissu ne pourrait croître.
Ce
chapitre
rend bien compte de l'originalité du tissu osseux des bois
de
cerf par rapport aux os du squelette. Les bois ont un cycle de
croissance
annuel unique et les aspects histologiques de leur
croissance sont originaux.
UTILISATION DU BOIS DE CERF
Objet
de nombreuses études, les bois de cerf ont trouvé
de
multiples usages. La médecine traditionnelle orientale en
consomme de grandes quantités. Les scientifiques se sont
servi
des ramures et de leur cycle annuel particulier comme marqueur de la
pollution de l'environnement.
Ils se sont également
servis de
ce tissu osseux et de cette croissance particulière pour
élaborer de nouveaux modèles d'études.
Enfin, la
géométrie,
les propriétés mécaniques et la
composition en
font un matériau exploitable en médecine humaine
et
vétérinaire.
Médecine
traditionnelle
Dans
de nombreux pays comme la nouvelle Zélande,
l'Amérique du
Nord, la Russie et la Chine, les bois de cerf sont
récoltés pendant leur
pleine croissance
au moment
où l'innervation et la vascularisation sont abondantes et
que la
quantité d'os compact est minime. Ces bois en
velours
fournissent une substance très prisée en
pharmacologie
chinoise et coréenne depuis des siècles et leur
popularité croît dans les pays occidentaux. Elle
est
vendue principalement comme aphrodisiaque, mais également
comme
remède à de nombreux troubles du corps humain tels
que
la “sciatique”, les douleurs aux
épaules,
l'infertilité féminine, les maladies
hépatiques,
les varices, l'eczéma, l'hypertension et bien d'autres
encore…
(Dalefield et Oehme, 1999). Quelques rapports existent (Suh et al.,
1999) sur les extraits de bois de cerf comme ayant des effets
antivieillissement, androgène/gonadotrophique,
prostaglandin-like, hématopoiétique,
régulateur de
l'immunité, protecteur vis à vis des radiations
et
régulateur du taux de glucose sanguin. Pourtant, il existe
un
manque évident d'informations dans la littérature
scientifique internationale pour confirmer leurs effets, ainsi que pour
évaluer les risques toxicologiques.
Ces risques
sont, entre
autres, la présence de résidus, les effets
délétères androgéniques sur
les fœtus
et les nouveau-nés, ainsi que les réactions
allergiques
des substances administrées (Dalefield et Oehme, 1999).
Seulement quelques études scientifiques ont
été
réalisées, mais elles n'offrent pas de
réponse aux
observations effectuées.
L'activité
biologique de
l'extrait bois de cerf a été décrite
comme
provenant des gangliosides qu'ils contiennent.
La
médecine
traditionnelle orientale considère que la qualité
de
l'extrait de bois de cerf dépend de son contenu en
gangliosides.
Les gangliosides sont
des
glycosphingolipides contenant de l'acide sialique. Certains auteurs
supposent qu'ils jouent un rôle important dans la croissance,
la
différenciation et la transformation maligne cellulaire.
Très peu de données scientifiques sont
disponibles, mais
certaines équipes travaillent sur le sujet. Yoo et al.
(1993)
ont élaboré une méthode de
détection des
gangliosides dans différents tissus, y compris dans celui
des
bois de cerf. Jhon et al. (1999) ont déterminé la
structure de cinq gangliosides contenus dans des extraits de bois.
Les
bois de cerfs ont été décrits comme
pouvant
améliorer l'immunité cellulaire et humorale en
stimulant
la production d'anticorps ou en inhibant la croissance des hyphes de
Candida albicans. Pour tester une hypothétique action sur le
système immunitaire, Suh et al. (1999) ont
étudié
l'effet de l'extrait alcoolique de bois de cerf sur
l'activité
phagocytaire des macrophages péritonéaux de
souris.
Ils
ont montré l'augmentation de l'activité
phagocytaire via
la suppression de la production d'oxyde nitrique et l'augmentation de
la concentration intracellulaire en Ca 2+. Zhao et al. (1992) ont
isolé un protéoglycan et ont
démontré sont
activité anti-complément. Kim et Lim (1999) et
Kim et al.
(1999) ont montré que l'extrait aqueux des velours
possède une activité anti-narcotique. Ils
suggèrent son utilisation pour prévenir et
traiter les
effets secondaires de la morphine, particulièrement dans les
cas
d'utilisations thérapeutiques
répétées.
Huang et al. (1991) ont mis au point un modèle
d'étude de
l’activité cellulaire myocardique et ont
montré que
certains extraits de bois de cerf entraînent une modification
des
contractions cellulaires.
Enfin, Huo et al. (1997) ont
étudié le cartilage en croissance des bois pour
leur
contenu en facteurs de croissance. Ils ont
démontré une
stimulation de la croissance des fibres nerveuses et des inductions de
la différenciation neuronale, similaire à celles
induites
par le facteur de croissance NGF (Nerve Growth Factor). D'autres
études ont révélé la
présence de
facteurs dans les bois de cerf activant la croissance osseuse. Elles
ont été décrites dans le chapitre sur
le
contrôle de la croissance. Marqueurs de l'environnement Les
bois
de cerf croissent et tombent
tous les ans aux mêmes
périodes, Plusieurs auteurs (Tataruch, 1995; Kierdorf U et
al.,
1997; Kierdorf H et Kierdorf U, 2000; Kierdorf U et
Kierdorf
H, 2000; Kierdorf U et al., 2000)
ont démontré que leur récolte
systématique
et leur analyse représentent un moyen intéressant
d'étude
de la pollution de l'environnement par la
détection du fluor et du plomb. Schönhofer et al.
(1994),
malgré la complexité du modèle, ont
montré
que
le dosage du strontium-90 dans les bois de cerf
récoltés
au cours du siècle dernier en Autriche a donné
une
estimation des cas de contaminations sévères de
l'environnement. Modèles d'Etudes Le bois de cerf est
souvent
utilisé dans les études comparatives entre les
différents tissus minéralisés du
règne
animal. Ces études permettent d'une part,
d'accroître les
connaissances sur ces tissus et d'autre part, de mettre au
point
de nouvelles techniques d'analyses.
Kierdorf
U et al. (1997), Kierdorf U et al. (2000), Kierdorf H et Kierdorf U
(2000) ont élaboré un modèle
intéressant
qui permet d'étudier
les effets du fluor sur la
croissance
osseuse. Sayegh et al. (1974) ont valorisé les bois de cerf
comme modèle biologique pour l'étude des
processus de
minéralisation intracellulaires et en ont décrit
les
particularités. Lees et Prostak (1987) ont mis au point un
“modèle général”
pour l'étude
de l'organisation spatiale du collagène. Ils ont
comparé
leurs résultats aux études
réalisées par
diffraction aux rayons-x (densité tissulaire et espacement
par
diffraction du collagène) et ont
déterminé les
valeurs particulières (contenu en minéraux,
matière organique et eau)de divers tissus
minéralisés et notamment celui des bois de cerf.
Dans une
autre étude (Lees, 1982), ils ont
étudié les
propriétés élastiques du
collagène
des
tissus minéralisés par une méthode
utilisant la
propagation des sons au travers de ces tissus. Cette même
équipe, en 1988, a déterminé,
par
microscopie
électronique à transmission, la localisation des
cristaux
de minéraux par rapport au collagène toujours
dans les
différents tissus
minéralisés
du règne
animal. Skalak et al. (1997) ont développé un
modèle mathématique d'étude de la
cinétique
de croissance des surfaces. Ils
expliquent leur
modèle en prenant, entre autres, pour exemple, les mesures
réalisées sur les bois de cerf.
Enfin,
Auerbach et al. (1976) ont utilisé, par
intérêt
pour leur potentiel élevé de
développement,
des cellules souches responsables de la croissance des bois de cerf,
afin d'essayer de comprendre certains processus
d'angiogenèse.
Matériau
/ Biomatériau
La
géométrie et les propriétés
mécaniques des bois de cerf en font un matériau
apprécié par l’artisanat. Comme il est
facile
à produire et aisé
à
façonner, il
devrait permettre un usage en tant que biomatériau en
orthopédie; rappelons que sa composition et sa structure
sont
proches de
celles de l’os.
CONCLUSION
Les
bois de cerf sont un organe fascinant notamment pour les scientifiques
qui en étudient toutes les caractéristiques. Nous
retiendrons
l'originalité de ce tissu osseux tant
sur le plan
du cycle de croissance, de son contrôle et de son histologie
particulière que sur le plan de la vitesse de croissance
incomparable à tout autre tissu
minéralisé du
règne animal.
Bien que de nombreuses recherches
aient
déjà été
réalisées, les
sujets pour de futures études ne manquent pas (Goss, 1995).
L'évolution des techniques d'investigation permettra aux
scientifiques de faire progresser plus avant les connaissances, ouvrant
de nouveaux horizons dans l’usage de ce remarquable
matériau.
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